Enquête — La loi, l’appareil judiciaire et l’instrumentalisation de la justice sous Félix Tshisekedi

Par Jean-Pierre la loi — Journaliste d’investigation

Il y a peu, nous avons appris, non sans étonnement et suspicion, à ce jour fondée, la présence à Lubumbashi de Monsieur Raphaël KATEBE KATOTO, grand frère de l’opposant Moïse KATUMBI CHAPWE.

Personne ne comprenait la nature de la mission politique qu’il prétendait avoir reçue du Chef de l’État.

En effet, il était paradoxal, si pas insolite, de l’entendre dire qu’il venait de la part du Chef de l’État uniquement pour s’enquérir des problèmes communautaires qu’il y aurait au Katanga.

Pourquoi lui ? Pourquoi confier pareille mission à celui qui n’a qu’un simple parti politique de mallette, sans siège, dont le nom est même inconnu et qui, après avoir apparemment réussi en affaires à une époque, n’aurait gardé de son ancienne gloire que des souvenirs qui ne lui sont plus rentables ?

Autant de questions qui ont marqué son très bref séjour pour une mission présentée comme grandiose, si l’on s’en tient à ses propres déclarations.

Mais, pour peu qu’on le connaisse et au regard de sa situation actuelle, une autre hypothèse s’est rapidement imposée : Raphaël KATEBE n’était-il pas descendu à Lubumbashi pour tenter de faire main basse sur le patrimoine de son jeune frère Moïse KATUMBI en manipulant l’appareil judiciaire que le pouvoir politique mettrait à sa disposition ?

Le tout, en contrepartie notamment du soutien qu’il apporterait au pouvoir dans sa lutte acharnée pour le changement de la Constitution.

Sans froid aux yeux, comme il sait toujours le faire, Monsieur Raphaël KATEBE a juré par tous les dieux et tous les ancêtres que son rapprochement avec le pouvoir n’aurait rien à voir avec un conflit qui l’opposerait à son frère.

Il a dit bien des choses pour rassurer la communauté qui le suspectait d’une démarche ignoble et fratricide, ou simplement sorcière comme diraient les Bantous.

Ceux qui ne le connaissent pas pouvaient même commettre l’erreur d’accorder quelque crédit à ses propos.

Hélas ! Il n’a pas fallu longtemps pour que les interrogations prennent une autre dimension.

Nous apprenons ce jour, et Monsieur Raphaël KATEBE le dit et en est tout fier, qu’il a pu obtenir, le jour même de l’annonce du semblant de dialogue national, que le Parquet près la Cassation saisisse dans la précipitation et en toute irrégularité la Cour de Cassation contre Monsieur Moïse KATUMBI, sous prétexte qu’il aurait spolié ses biens.

Parmi les propriétés concernées figureraient la résidence de Mulonde, la parcelle de Mahenge, la Ferme Futuka, la résidence Lofoi numéro 22, la ferme de Munguzi et la résidence de Kashobwe.

Cette procédure follement cavalière ne manquera pas de s’ajouter au sombre registre des graves scandales judiciaires pilotés, selon nous, sans la moindre éthique par le pouvoir en place, qui semble faire totalement fi des règles de droit les plus élémentaires censées régenter une nation moderne.

Une procédure qui soulève des questions

Qu’est-ce qui justifierait la compétence de la Cour de Cassation si l’on sait que Monsieur Moïse KATUMBI n’est pas justiciable de cette cour ?

Si l’on croit trouver une explicitation dans son ancienne qualité de gouverneur, il est important de noter qu’à l’époque des transactions ayant donné lieu aux faits qui lui sont incriminés, il ne l’était pas.

À ce jour, il ne l’est même plus et, plus important, ce ne sont pas les faits commis dans l’exercice de ses fonctions de gouverneur.

Autre interrogation : comment peut-on envoyer un dossier en fixation sans avoir entendu la personne accusée ?

Monsieur Moïse KATUMBI n’a jamais été entendu et, depuis le dépôt de la plainte, il était déjà contraint à l’exil.

Après son exil, il a même procédé à un changement d’adresse notifié en bonne et due forme auprès de l’autorité compétente.

Peut-on saisir une juridiction sans instruction préjuridictionnelle, notamment sans audition du prévenu ?

Plus de vingt ans après, les accusations ressurgissent

Après vérifications, même aux services des conservations et cadastres, toutes les allégations de Monsieur Raphaël KATEBE ne sont nullement fondées.

Bien plus, pour toutes les propriétés dont il prétend avoir été spolié par son frère Moïse KATUMBI, il a été totalement désintéressé et a perçu de ce dernier bien plus qu’il ne lui doit.

Quand bien même les exigences de preuve étaient peut-être allégées dans la mesure où le tout se faisait dans un cadre de confiance familiale avec le respect dû à un aîné, Monsieur Moïse KATUMBI détient les documents signés de sa main, sur son papier à en-tête avec sa photo et établissant à suffisance la preuve que tout lui a été payé.

Une question demeure : si les allégations de Monsieur KATEBE KATOTO étaient vraies, pourquoi avoir attendu plus de vingt ans pour commencer à réclamer ses biens ?

Et lorsque Monsieur Moïse KATUMBI était en exil, Monsieur KATEBE a même passé un bon moment au Katanga pour soutenir le président honoraire Joseph KABILA dont il souhaitait devenir le Premier ministre, toujours à la recherche de quoi remplir son grenier.

Comment Moïse KATUMBI, qui n’était plus gouverneur et qui était en exil, l’aurait-il gêné à ce moment-là ?

La justice au cœur du bras de fer politique

C’est ici que cette affaire familiale prend une dimension politique.

Depuis plusieurs années, la justice congolaise se retrouve au centre des affrontements politiques. Le cas de Moïse Katumbi n’est d’ailleurs pas nouveau : en 2016, Raphaël Katebe Katoto avait déjà été au cœur d’une affaire immobilière ayant contribué aux ennuis judiciaires de son frère.

Aujourd’hui, la question est différente mais le mécanisme apparaît, à nos yeux, particulièrement préoccupant : utiliser un différend familial et patrimonial pour ouvrir une nouvelle brèche judiciaire contre un opposant politique.

Le timing interpelle davantage encore.

Le Parquet près la Cour de cassation s’est précipité, enjambant tous les obstacles légaux, pour saisir la Cour de Cassation le 27 août 2026, soit au matin même de l’annonce d’un semblant de dialogue national.

Le même jour, Félix Tshisekedi annonçait officiellement les contours de son « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », un processus devant s’étendre sur trois mois et comprenant des consultations dans les 26 provinces avant des assises nationales à Kinshasa.

Comprenne qui pourra !

La loi au service du pouvoir ?

C’est précisément ici que se pose la question fondamentale : la loi protège-t-elle encore le citoyen congolais ou peut-elle devenir, entre les mains du pouvoir politique, un instrument de neutralisation de ses adversaires ?

Dans le cas présent, les interrogations sont nombreuses.

Pourquoi cette procédure maintenant ?

Pourquoi contre Moïse KATUMBI ?

Pourquoi sur la base d’un conflit familial vieux de plusieurs années ?

Pourquoi sans audition préalable de l’intéressé ?

Et pourquoi précisément au moment où le pouvoir de Félix Tshisekedi annonce un nouveau dialogue national ?

Ces questions ne sont pas anodines.

Elles prennent d’autant plus de poids que le dialogue annoncé par le président intervient dans un contexte de fortes tensions politiques. Des critiques ont notamment porté sur le projet constitutionnel et sur la possibilité qu’il puisse permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.

Dans ce contexte, la justice ne peut pas être perçue comme un simple instrument au service d’une stratégie politique.

Une affaire familiale devenue affaire d’État

Si nécessaire, nous vous reviendrons sous peu avec toutes les preuves qui établissent tout simplement l’intention du grand frère de nuire à son jeune frère.

Pour terminer, on réalise aujourd’hui que les appréhensions de la communauté katangaise sur la prétendue mission confiée par le Chef de l’État au grand frère étaient fondées et tout ce qu’il niait ressort enfin au grand jour.

En effet, Monsieur Raphaël KATEBE, cherchant à remplir son grenier, a eu l’idée pernicieuse de tout essayer, y compris se mettre avec le pouvoir politique qui va lui obtenir l’octroi arbitraire des biens acquis régulièrement par son frère Moïse KATUMBI.

En échange, il offrirait en holocauste ce dernier au pouvoir politique qui écarterait discrètement un opposant de taille par l’instrumentalisation de la justice, en se servant tout simplement du conflit familial comme faux-fuyant ou prétexte pour entacher le casier judiciaire de Monsieur Moïse KATUMBI.

Tout semble donc être planifié comme une conspiration contre Monsieur Moïse KATUMBI.

La question dépasse désormais le seul conflit entre deux frères.

Elle concerne l’usage qui est fait de la loi, de la justice et des institutions de la République.

Car lorsque la justice est utilisée pour régler des comptes politiques, ce n’est plus seulement un homme qui est poursuivi : c’est l’État de droit lui-même qui est mis à l’épreuve.

Ne dit-on pas qu’il n’y a pas de crime parfait mais que la Justice triomphe toujours ?

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