Nouvelle alerte dans le secteur minier au Sud-Kivu. La société civile de Kitutu dénonce, ce samedi 29 août 2026, la présence persistante de militaires et de combattants Wazalendo dans plusieurs sites miniers du territoire de Mwenga. Un mois après l’instruction présidentielle ordonnant leur retrait, les acteurs locaux affirment que la mesure n’aurait pas produit les effets escomptés. Une situation qui relance la question du contrôle des minerais dans une province où exploitation minière, sécurité et conflit restent étroitement liés.

L’ordre présidentiel peine-t-il à se traduire dans les faits ? C’est la question qui se pose désormais dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu.

La société civile de Kitutu a lancé ce samedi 29 août une nouvelle alerte sur la présence persistante d’hommes en uniforme et de combattants Wazalendo dans des sites miniers de la région.

Cette dénonciation intervient environ un mois après l’instruction donnée par le président Félix Tshisekedi en faveur du retrait des militaires et autres éléments armés des sites d’exploitation minière.

Sur le terrain, les acteurs de la société civile affirment pourtant constater le maintien de cette présence.

Pour Félicien Myaka, président de la société civile de Kitutu, des militaires et des Wazalendo continueraient d’être présents dans plusieurs sites miniers. Il dénonce également leur implication présumée dans le commerce des minerais.

Une situation qui soulève une interrogation centrale : que devient une décision présidentielle lorsqu’elle ne parvient pas à s’imposer sur le terrain ?

Le Code minier invoqué

La dénonciation ne se limite pas à la question de la sécurité.

Les acteurs de la société civile rappellent également les dispositions du Code minier congolais, notamment celles encadrant la présence des forces de défense et de sécurité dans les zones d’exploitation.

Ils estiment que la présence de militaires et de combattants dans les sites miniers pose un problème de conformité avec les règles qui régissent la chaîne d’approvisionnement des minerais.

Dans une province comme le Sud-Kivu, cette question est particulièrement sensible.

Depuis plusieurs années, l’exploitation des ressources naturelles est au centre de nombreux débats sur la gouvernance, la traçabilité des minerais et le financement des acteurs armés.

Le maintien d’hommes armés dans les zones d’exploitation risque ainsi de compliquer les efforts visant à garantir une chaîne minière transparente et débarrassée de toute influence militaire.

Une question de contrôle des ressources

Derrière l’alerte de Kitutu se profile donc une question beaucoup plus large : qui contrôle réellement les ressources minières du Sud-Kivu ?

Le territoire de Mwenga est connu pour son potentiel aurifère. L’exploitation de l’or y fait intervenir une multitude d’acteurs, dans un environnement où les structures étatiques peinent parfois à exercer un contrôle effectif.

Lorsque des hommes armés sont présents dans les zones d’exploitation, la frontière entre sécurité, contrôle territorial et activité économique devient particulièrement difficile à établir.

Pour les acteurs locaux, il ne suffit donc pas de proclamer le retrait des militaires. Il faut également vérifier que cette décision est effectivement appliquée et déterminer les responsabilités en cas de non-respect.

Cette question est d’autant plus importante que le gouvernement congolais cherche à renforcer le contrôle de l’État sur les ressources naturelles et à améliorer la traçabilité des minerais issus des zones affectées par les conflits.

L’ordre présidentiel face à la réalité du terrain

La nouvelle alerte de la société civile de Kitutu met également à l’épreuve la capacité de l’administration congolaise à faire appliquer les décisions prises au sommet de l’État.

L’instruction présidentielle constitue une orientation politique claire. Mais sa mise en œuvre dépend des autorités militaires, administratives et minières présentes sur le terrain.

Si la présence d’hommes armés dans les sites miniers est confirmée, plusieurs questions devront alors être posées : pourquoi sont-ils toujours présents ? Qui les autorise à rester ? Quelles missions exercent-ils ? Et quelles mesures ont été prises pour assurer leur retrait ?

Pour l’heure, les acteurs de la société civile réclament surtout une application effective des décisions prises par les autorités.

Ils considèrent que les sites miniers doivent être sécurisés sans que cette sécurisation ne se transforme en occupation permanente des zones d’exploitation par des hommes armés.

Des accusations d’intimidations

La société civile de Kitutu avance également une accusation particulièrement préoccupante : les personnes qui dénoncent la situation seraient exposées à des intimidations.

Selon les acteurs locaux, certaines voix critiques seraient réduites au silence, parfois par la violence.

Si ces accusations venaient à être confirmées, le dossier prendrait une dimension supplémentaire, celle de la protection des défenseurs des droits humains et des acteurs communautaires qui dénoncent les abus dans les zones minières.

Une telle situation pourrait également décourager les communautés locales de signaler les irrégularités observées dans l’exploitation des ressources naturelles.

Dans un environnement déjà marqué par l’insécurité, la peur et la présence de groupes armés, la protection des lanceurs d’alerte et des organisations citoyennes devient donc un enjeu important.

Mwenga, territoire sous tension

Cette alerte intervient alors que le territoire de Mwenga reste confronté à une situation sécuritaire fragile.

Les tensions armées dans différentes zones du Sud-Kivu continuent de peser sur les populations civiles et sur les activités économiques.

Dans ce contexte, la présence d’hommes armés dans les sites miniers peut contribuer à renforcer le sentiment d’une économie fonctionnant sous pression sécuritaire.

Or, pour les populations locales, les minerais représentent également une source importante de revenus et de survie.

Le défi pour les autorités consiste donc à restaurer l’ordre et à garantir l’exploitation légale des ressources sans permettre que les populations soient privées de leurs moyens de subsistance.

Une bataille qui dépasse Mwenga

L’affaire de Kitutu dépasse finalement les frontières de ce territoire.

Elle touche à l’un des dossiers les plus sensibles de la RDC : le lien entre minerais, groupes armés, gouvernance et sécurité dans l’Est du pays.

Depuis des années, la question de l’or et d’autres ressources naturelles du Sud-Kivu alimente les inquiétudes sur la traçabilité des minerais et leur éventuelle utilisation pour financer les conflits.

La présence persistante de militaires ou d’autres hommes armés dans les zones d’exploitation, si elle est confirmée, risque donc de fragiliser les efforts de normalisation du secteur.

Elle pourrait également nuire aux ambitions de Kinshasa de renforcer la transparence et le contrôle de la chaîne minière congolaise.

L’État face à ses propres décisions

La nouvelle dénonciation de la société civile de Kitutu pose surtout une question d’autorité publique.

Un ordre présidentiel ne peut produire des effets que s’il est effectivement exécuté.

Si les hommes armés restent dans les mines malgré les instructions données au plus haut niveau, le problème n’est plus uniquement minier. Il devient institutionnel.

Il s’agit de savoir si l’État dispose réellement des moyens nécessaires pour faire respecter ses propres décisions dans les zones où son autorité demeure fragile.

Pour les acteurs de Kitutu, la réponse passe par le retrait effectif des militaires et des combattants des sites miniers, le respect du Code minier, la sécurisation des activités économiques et la protection des personnes qui dénoncent les irrégularités.

L’alerte lancée ce samedi 29 août remet ainsi sur la table une question devenue incontournable au Sud-Kivu : après les années de conflit, qui contrôlera réellement les minerais de Mwenga ?

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