Félix Tshisekedi est attendu ce samedi 29 août à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-central, au lendemain de son annonce d’un dialogue national consacré à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État. Officiellement, le déplacement est placé sous le signe de la religion et des infrastructures. Mais dans son fief politique, cette visite intervient à un moment où le chef de l’État cherche à reprendre l’initiative sur une scène nationale dominée par les interrogations autour du dialogue. Entre mobilisation populaire, inaugurations religieuses et attentes sociales, le séjour présidentiel sera difficile à dissocier de la nouvelle bataille politique qui s’ouvre.

Mbuji-Mayi se prépare à accueillir Félix Tshisekedi. Le gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, a appelé la population à se mobiliser pour réserver un accueil au chef de l’État. Plusieurs délégations politiques sont déjà annoncées dans la capitale provinciale, tandis que le dispositif sécuritaire a été renforcé.

Mais le contexte donne à cette visite une dimension particulière.

Le président de la République arrive dans l’une de ses principales bases politiques au lendemain d’une annonce majeure : celle de l’ouverture prochaine d’un dialogue national. Une coïncidence de calendrier qui ne signifie pas nécessairement que le déplacement a été conçu autour de cette question, mais qui lui confère inévitablement une portée politique.

Car après le discours présidentiel, le véritable débat ne porte plus seulement sur l’existence d’un dialogue. Il porte désormais sur ses contours, ses participants, ses garanties et surtout sur sa finalité.

Des inaugurations religieuses au cœur du séjour

Le programme annoncé comporte d’abord une importante séquence religieuse.

Félix Tshisekedi doit participer aux activités liées à la Paroisse universitaire Notre-Dame de l’Espérance (PUNDE). La visite doit notamment être marquée par l’inauguration de la basilique de la PUNDE, du presbytère Félix-Antoine-Tshisekedi et du sanctuaire Notre-Dame du Balai.

La cérémonie religieuse principale est annoncée pour dimanche 30 août.

Ces infrastructures constituent donc le volet le plus clairement établi des inaugurations prévues durant le séjour présidentiel.

Le caractère religieux de ces activités ne pose évidemment aucune difficulté en soi. Mais dans le contexte actuel, leur forte visibilité dans le programme présidentiel contraste avec l’ampleur des attentes économiques et sociales qui persistent dans la province.

À Mbuji-Mayi, la population attend aussi des réponses sur les routes, l’accès à l’électricité et à l’eau, l’emploi, les infrastructures sanitaires et scolaires ainsi que sur la capacité des investissements publics à produire des effets durables.

La question qui se pose est donc simple : au-delà des cérémonies, quelles réponses concrètes le président apportera-t-il à une population qui attend encore des résultats sur son quotidien ?

Des chantiers à inspecter, mais pas encore des inaugurations

Le séjour présidentiel devrait également être l’occasion de s’intéresser à plusieurs projets d’infrastructures.

Des informations locales évoquent notamment le suivi des travaux de la RN1, des voiries urbaines, ainsi que d’autres chantiers dans et autour de Mbuji-Mayi.

L’aéroport de Bipemba figure également parmi les infrastructures importantes du Kasaï-Oriental. Les travaux de modernisation de ses installations font l’objet d’un suivi depuis plusieurs mois.

Mais une précision s’impose : ces projets ne doivent pas être présentés comme des infrastructures déjà inaugurées par Félix Tshisekedi. Les informations disponibles font plutôt état d’inspections, de suivi ou d’évaluation de travaux.

Cette distinction est importante.

Car une visite présidentielle peut facilement devenir une vitrine politique des réalisations du pouvoir. Pourtant, entre l’annonce d’un projet, le lancement des travaux, leur état d’avancement et leur livraison effective à la population, il existe une différence considérable.

À Mbuji-Mayi, le président sera donc attendu autant sur les images de chantiers que sur leur concrétisation.

Pourquoi cette visite tombe-t-elle maintenant ?

C’est probablement l’un des principaux enjeux politiques du déplacement.

Jeudi 28 août, Félix Tshisekedi annonçait un dialogue national. Deux jours plus tard, il se retrouve dans une province qui constitue un important réservoir électoral pour l’UDPS et pour sa famille politique.

Le président devrait donc retrouver un public largement favorable.

Mais cette situation soulève une question politique : Mbuji-Mayi sera-t-elle simplement une étape provinciale du président ou deviendra-t-elle la première grande scène où il cherchera à faire passer son nouveau message politique ?

Pour l’heure, aucun élément suffisamment solide ne permet d’affirmer qu’un meeting consacré au dialogue national est officiellement prévu.

Il serait donc excessif de transformer cette visite en opération politique autour du dialogue.

Mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le contexte.

Après plusieurs mois marqués par les tensions politiques, la crise sécuritaire dans l’Est et les débats sur l’avenir institutionnel du pays, Félix Tshisekedi vient d’annoncer une initiative qui pourrait redessiner les rapports de force entre pouvoir, opposition et société civile.

Son déplacement dans son fief intervient donc au moment où chacun cherche à comprendre comment cette nouvelle séquence va se dérouler.

Le risque d’une mobilisation réduite à la communication

Le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo appelle à une mobilisation générale.

Les délégations politiques affluent. Les préparatifs s’accélèrent. Les autorités provinciales veulent manifestement montrer une province capable d’accueillir le chef de l’État dans de bonnes conditions.

Mais une forte mobilisation populaire ne constitue pas, à elle seule, un indicateur de satisfaction.

Dans une province confrontée à d’importants défis socio-économiques, l’accueil réservé au président ne doit pas masquer les revendications de fond.

Les jeunes attendent notamment des perspectives d’emploi et d’entrepreneuriat. Les populations attendent des routes praticables et des services publics fonctionnels. Les opérateurs économiques, eux, ont besoin d’un environnement permettant à l’activité de se développer.

Le risque serait donc de réduire la visite à une succession de cérémonies officielles, de discours et d’images de foule.

Le dialogue, le véritable sujet politique

C’est finalement sur ce terrain que la visite de Mbuji-Mayi pourrait prendre toute sa dimension.

Félix Tshisekedi a présenté son projet de dialogue comme une réponse à la crise nationale. Mais une partie des acteurs politiques et sociaux attend désormais des clarifications.

Qui sera invité ?

Quelles seront les règles de participation ?

Quelle place sera accordée à l’opposition ?

Quelle sera celle de la société civile ?

Comment éviter que le dialogue ne soit perçu comme un processus contrôlé par le pouvoir ?

Et surtout, quelles décisions pourront réellement en sortir ?

Ces questions pèseront sur la nouvelle séquence politique.

Mbuji-Mayi pourrait ainsi offrir au président un cadre particulièrement favorable pour défendre sa vision. Mais le soutien de son fief ne réglera pas les interrogations qui se posent à Kinshasa et dans les autres provinces.

Entre ferveur et réalité du terrain

La visite de Félix Tshisekedi pourrait donc donner lieu à de belles images : cérémonies religieuses, inaugurations, accueil populaire et visites de chantiers.

Mais derrière cette mise en scène institutionnelle, les réalités du terrain demeurent.

Une basilique inaugurée ne règle pas la question du chômage des jeunes. Un boulevard réhabilité ne suffit pas à résoudre les problèmes structurels de mobilité. Une cérémonie présidentielle ne remplace pas une politique publique durable.

C’est précisément sur ce terrain que la visite sera jugée.

Tshisekedi arrive à Mbuji-Mayi avec une double équation à résoudre : montrer que son pouvoir produit des réalisations concrètes tout en expliquant comment son nouveau projet de dialogue peut répondre à une crise politique qui dépasse largement les frontières du Kasaï-Oriental.

Dans son fief, le président devrait bénéficier d’un accueil favorable.

Mais l’enjeu politique ne sera pas de savoir combien de personnes se rassembleront pour l’accueillir.

Il sera de savoir ce qui restera après les cérémonies.

Car le véritable défi pour Félix Tshisekedi n’est plus seulement de convaincre ses soutiens. Il est désormais de convaincre ceux qui doutent encore de la portée réelle du dialogue qu’il vient d’annoncer.

À Mbuji-Mayi, entre la basilique, les chantiers et les foules mobilisées, c’est donc une autre question qui plane déjà : le président est-il venu inaugurer des infrastructures ou préparer, depuis son propre bastion, la bataille politique qui s’annonce autour du dialogue national ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *