Une fois de plus, les grandes puissances reviennent en Afrique avec le même visage, le même mépris et les mêmes méthodes. Hier, c’était la colonisation militaire. Aujourd’hui, c’est la domination diplomatique, économique et financière. Le langage a changé, mais l’objectif reste identique : contrôler les richesses africaines et décider à la place des peuples africains.
La proposition de loi déposée aux États-Unis pour sanctionner les prétendus “saboteurs” des accords de Washington est une insulte à la souveraineté de la République démocratique du Congo et, au-delà, une humiliation pour toute l’Afrique.
Qui sont-ils pour décider du destin du Congo ?
Qui leur a donné le droit de distribuer des sanctions à des dirigeants africains comme des gouverneurs coloniaux distribuaient autrefois des punitions aux indigènes ?
Le peuple congolais n’a jamais mandaté Washington pour arbitrer sa vie politique. Pourtant, les États-Unis veulent désormais choisir qui est fréquentable, qui doit être sanctionné, qui peut parler et qui doit disparaître du jeu politique.
Et le premier symbole de cette offensive est Joseph Kabila.
Qu’on l’aime ou qu’on le critique, une vérité demeure : seul le peuple congolais a le droit de juger ses dirigeants. Pas le Trésor américain. Pas le Congrès américain. Pas les intérêts miniers occidentaux cachés derrière les discours sur la paix.
Mais il faut aussi nommer les responsabilités internes. Car cette humiliation du Congo n’aurait jamais été possible sans Félix Tshisekedi et sa politique de soumission aux intérêts étrangers.
Oui, il faut le dire clairement : pour préserver son pouvoir et obtenir l’appui des puissances occidentales, Tshisekedi a ouvert la porte à une ingérence étrangère sans précédent dans les affaires congolaises. Sous son régime, le Congo donne l’image d’un pays dont les décisions stratégiques se négocient davantage à Washington qu’à Kinshasa.
Au lieu de défendre la souveraineté nationale, il a accepté des accords qui exposent les ressources congolaises aux appétits étrangers et permettent aux puissances occidentales de devenir les arbitres de notre vie politique. C’est un abandon historique.
Pendant que le peuple souffre, pendant que l’Est du pays saigne, le pouvoir cherche avant tout la protection internationale pour consolider sa survie politique. Le Congo est traité comme une carte géopolitique à échanger contre du soutien diplomatique.
Car il faut arrêter l’hypocrisie.
Les États-Unis ne pleurent pas sur les souffrances du Kivu. Ils ne découvrent pas soudainement la douleur du peuple congolais après trente ans de massacres, de pillages et de guerres soutenues dans le silence international. Là où des millions de Congolais mouraient, les grandes puissances regardaient ailleurs tant que leurs intérêts économiques étaient préservés.
Pourquoi cet empressement aujourd’hui ?
Parce que le cobalt, le coltan, le lithium et les minerais stratégiques du Congo sont devenus le carburant du XXIe siècle. Parce que l’Afrique est au cœur de la nouvelle guerre économique mondiale. Parce que Washington veut sécuriser ses intérêts face à la Chine. Voilà la vérité.
Les accords de Washington ne sont pas un acte d’amour pour le Congo. Ce sont des accords de sécurisation des ressources africaines au profit des puissances étrangères.
Et pour imposer ce projet, on utilise désormais l’arme des sanctions.
Une arme politique destinée à terroriser les voix dissidentes africaines. Une arme destinée à faire comprendre aux élites africaines qu’aucune opposition à l’ordre occidental ne sera tolérée.
Aujourd’hui, on sanctionne Joseph Kabila. Demain, ce sera quel président africain ? Quel opposant ? Quel journaliste ? Quel intellectuel panafricaniste ? Toute personnalité refusant la soumission pourra être accusée de “menacer la stabilité”.
C’est une recolonisation moderne.
Une recolonisation sans drapeau militaire, mais avec des banques, des sanctions, des accords imposés et des multinationales minières.
Le plus tragique, c’est que certains dirigeants africains applaudissent eux-mêmes cette mise sous tutelle du continent. Ils signent des accords qui engagent les générations futures sans consulter leurs peuples. Ils échangent la souveraineté contre une protection politique étrangère.
Mais l’Afrique doit se réveiller.
Le Congo doit se réveiller.
Aucun peuple libre ne peut accepter que ses ressources soient négociées dans des capitales étrangères pendant que ses enfants vivent dans la pauvreté sur une terre immensément riche. Aucun patriote africain ne peut accepter que les décisions politiques africaines soient validées ou punies depuis Washington, Paris ou Bruxelles.
Le combat du Congo dépasse aujourd’hui les frontières congolaises. C’est le combat de toute une Afrique qui refuse d’être éternellement traitée comme une réserve de minerais et un territoire sous surveillance internationale.
Le XXIe siècle ne doit pas être celui de la recolonisation sophistiquée de l’Afrique.
Il doit être celui de la reconquête de notre souveraineté.
