Dans une nouvelle montée de tension politique en République démocratique du Congo, le parti d’opposition Ensemble pour la République, dirigé par Moïse Katumbi, a vivement réagi aux récentes déclarations du président Félix Tshisekedi concernant une éventuelle révision de la Constitution de 2006 par voie référendaire. Pour ce parti, cette orientation politique ne relève pas d’un simple débat institutionnel, mais traduit une rupture grave avec les engagements pris devant le peuple congolais.
Dans une déclaration rendue publique ce vendredi 8 mai, Ensemble pour la République affirme que les propos tenus par le chef de l’État lors de sa conférence de presse de mercredi ouvrent la voie à ce que le parti qualifie de tentative de « révision des verrous constitutionnels ». Selon cette formation politique, la démarche présidentielle s’écarterait de l’esprit du serment constitutionnel et mettrait en péril les équilibres fondamentaux issus du texte adopté en 2006.
Le parti de Moïse Katumbi va plus loin en parlant d’un basculement politique dangereux. Dans sa lecture, il ne s’agirait plus d’une simple volonté de réforme, mais d’un « coup d’État institutionnel ». L’un de ses cadres, Olivier Kamitatu, a notamment dénoncé ce qu’il considère comme une logique de concentration du pouvoir, évoquant une « présidence à vie déguisée » qui se construirait progressivement sous couvert de réformes politiques et sécuritaires. Pour Ensemble pour la République, cette dynamique constitue une rupture avec l’ordre démocratique et pourrait être perçue comme une « déclaration de guerre au peuple congolais ».
Le parti insiste également sur le caractère intangible de certaines dispositions de la Constitution, notamment celles relatives à la limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels. À ses yeux, ces clauses ne sauraient être modifiées, même par voie référendaire, car elles représentent le socle du pacte républicain adopté à une large majorité en 2006. Ensemble pour la République rappelle d’ailleurs que cette Constitution avait été approuvée par référendum avec près de 85 % de votes favorables, ce qui, selon lui, en fait l’expression la plus directe de la souveraineté populaire.
Dans cette logique, toute nouvelle consultation populaire visant à modifier ces équilibres serait perçue non pas comme une avancée démocratique, mais comme une tentative de contournement de la volonté déjà exprimée par le peuple congolais. Le parti estime que l’argument du référendum ne peut être utilisé comme un instrument de remise en cause des acquis constitutionnels fondamentaux.
Réagissant aux propos du président Tshisekedi, qui a évoqué la possibilité d’un troisième mandat si le peuple en faisait le choix, Ensemble pour la République rejette catégoriquement cette hypothèse. Le parti rappelle que la limitation des mandats présidentiels est une règle « intangible » et qu’y toucher reviendrait, selon lui, à sortir du cadre légal républicain. Il considère que toute tentative en ce sens constituerait une remise en cause des principes démocratiques les plus élémentaires.
Sur le plan sécuritaire et institutionnel, le parti va plus loin en contestant les justifications avancées par le chef de l’État, qui lie certaines réformes constitutionnelles à la nécessité de renforcer l’efficacité de la gouvernance et de répondre aux défis sécuritaires dans l’Est du pays. Ensemble pour la République estime au contraire que les difficultés actuelles ne proviennent pas du cadre constitutionnel, mais plutôt de la gouvernance elle-même. Le parti pointe notamment des problèmes de chaîne de commandement, de gestion des ressources publiques et de transparence dans l’allocation des moyens destinés aux forces armées.
Dans sa déclaration, il est même affirmé que « la Constitution n’est pas au front », soulignant que ce sont les soldats qui font face aux conflits sans moyens suffisants. Cette phrase illustre la volonté du parti de déplacer le débat du terrain juridique vers celui de la responsabilité politique et administrative.
En parallèle, le contexte parlementaire renforce la tension. Une proposition de loi portée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy vise à encadrer un éventuel mécanisme de référendum constitutionnel en RDC. Le texte est perçu par l’opposition comme une tentative indirecte d’ouvrir la voie à une révision des dispositions les plus protégées de la Constitution, notamment celles relatives aux mandats présidentiels.
Pour Ensemble pour la République, ces évolutions politiques doivent être analysées avec la plus grande prudence. Le parti affirme qu’il ne tolérera aucune dérive institutionnelle et promet une mobilisation politique et citoyenne pour défendre les principes républicains. Il insiste sur la nécessité de préserver l’alternance démocratique prévue en 2028, considérée comme une échéance non négociable.
Enfin, le parti conclut que la stabilité du pays ne dépend pas d’une modification de la Constitution, mais plutôt d’une meilleure gouvernance, d’une gestion rigoureuse des ressources publiques et du respect des engagements républicains. Pour lui, toute tentative de révision motivée par des intérêts politiques risquerait d’ouvrir une crise institutionnelle majeure dans un pays déjà confronté à de nombreux défis sécuritaires et sociaux.
