Le dossier du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO) continue de révéler de nouvelles zones d’ombre. Cette fois, un contrat lié à la réhabilitation du jardin zoologique et botanique de Kisangani place une nouvelle fois la gestion de ce fonds public sous les projecteurs de la justice.
Dans une instruction adressée au Procureur général près la Cour de cassation, le ministre d’État en charge de la Justice a ordonné l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, concussion et autres infractions connexes. Les investigations visent un contrat conclu entre le FRIVAO et l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).
Un projet de réparation devenu source de soupçons
Au cœur de cette affaire figure le projet de réhabilitation du jardin zoologique et botanique de Kisangani, dans la province de la Tshopo. Ce chantier, présenté comme une initiative destinée à soutenir la réparation collective des préjudices subis par les populations affectées par la guerre de six jours, était censé symboliser la reconstruction d’un patrimoine public détruit par les conflits.
Mais les premiers éléments disponibles dressent un tableau préoccupant de la gestion de ce projet.
Selon les informations officielles, un écart financier jugé significatif de 3,3 millions de dollars américains aurait été constaté entre le montant initialement sollicité, estimé à environ 700.000 dollars, et les fonds effectivement décaissés, évalués à 4 millions de dollars.
Des travaux contestés et des contrôles jugés insuffisants
Au-delà de cet écart financier, les constats effectués sur le terrain feraient apparaître une discordance manifeste entre l’état réel d’avancement des travaux et les montants engagés. Des lacunes importantes auraient également été relevées dans la traçabilité des dépenses, la supervision technique et les mécanismes de contrôle interne.
Ces éléments, appuyés notamment par des observations issues des services d’audit public, relancent les interrogations sur les conditions d’attribution et de suivi des marchés financés par le FRIVAO.
Pour plusieurs observateurs, cette situation met en lumière des failles persistantes dans la gouvernance des projets financés par des fonds destinés aux victimes, censés pourtant être soumis à une vigilance renforcée.
Une gestion du FRIVAO de plus en plus contestée
Cette nouvelle procédure intervient alors que la gestion du FRIVAO fait déjà l’objet d’autres contentieux judiciaires impliquant son ancien coordonnateur. Plusieurs contrats attribués dans le cadre des projets de réparation collective ont été pointés du doigt ces derniers mois, alimentant un climat de suspicion autour de l’utilisation des ressources destinées aux victimes de guerre.
Créé pour gérer les fonds issus des réparations liées aux exactions commises lors des affrontements armés, le FRIVAO avait pour mission d’indemniser et de soutenir les communautés touchées, notamment à Kisangani. Toutefois, la succession d’irrégularités présumées risque d’entamer davantage la confiance des populations censées bénéficier de ces ressources.
Une affaire aux implications politiques et judiciaires
L’ouverture de nouvelles enquêtes dans ce dossier laisse entrevoir la possibilité de plusieurs procédures judiciaires distinctes, chacune susceptible de viser des responsables administratifs ou techniques impliqués dans la chaîne de gestion des fonds.
Au-delà des responsabilités individuelles qui pourraient être établies, cette affaire soulève une question plus large : celle de la gestion des fonds publics destinés à réparer les conséquences d’un conflit armé, dans un contexte où les attentes des victimes restent particulièrement élevées.
Si les soupçons se confirment, ce nouveau volet du dossier FRIVAO pourrait devenir l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles liés à la gestion des fonds publics en République démocratique du Congo, avec des conséquences potentielles sur la crédibilité des institutions chargées de garantir la transparence et la redevabilité.
