Alors que le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise, Justine Kasa-Vubu M’poyo, fille du père de l’indépendance et premier président de la République démocratique du Congo, Joseph Kasa-Vubu, a exprimé son opposition à toute modification de la Constitution motivée par des intérêts politiques. Invitée de l’émission Décrypta, sur Télé Shaba, elle a plaidé pour le respect de la Loi fondamentale, qu’elle considère comme le socle de la stabilité institutionnelle et démocratique de la République démocratique du Congo.

Dans son intervention, Justine Kasa-Vubu M’Poyo a tenu à mettre en garde contre les conséquences que pourraient entraîner des révisions répétées de la Constitution.

« On ne doit pas toujours jouer avec le feu. La Constitution est quelque chose de sacré. Chaque fois vouloir la changer est dangereux », a-t-elle déclaré, estimant que la stabilité d’un État repose notamment sur le respect des règles fondamentales qui organisent la vie politique et institutionnelle.

Pour l’ancienne diplomate, la Constitution ne peut être perçue comme un simple texte adaptable aux circonstances politiques du moment. Elle constitue, selon elle, un pacte républicain qui lie les générations entre elles et garantit la continuité de l’État.

« On ne change pas les règles du jeu en plein parcours, parce que c’est l’acte fondateur qui nous relie à ceux qui nous ont précédés et qui nous relie aussi à ceux qui nous succéderont », a-t-elle soutenu.

Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par des discussions autour de l’opportunité d’une réforme constitutionnelle en RDC. Si certains acteurs politiques estiment qu’une adaptation du texte fondamental pourrait permettre de répondre à de nouveaux défis institutionnels, d’autres considèrent qu’une telle démarche risque d’ouvrir la voie à des tensions politiques et à une remise en cause de certains acquis démocratiques.

Justine Kasa-Vubu M’Poyo s’inscrit clairement dans cette seconde approche. Pour elle, une Constitution ne doit pas être modifiée simplement parce qu’elle ne correspond plus aux intérêts du pouvoir en place. Elle estime qu’un tel précédent pourrait fragiliser durablement les institutions du pays et encourager une instabilité permanente.

« Changer la Constitution parce que ça ne vous plaît pas ? Demain vous quittez le pouvoir ou on vous en écarte, un autre arrive et puis on va encore changer la Constitution ? », s’est-elle interrogée.

À travers cette réflexion, elle souligne la nécessité d’inscrire la gouvernance dans une logique de continuité institutionnelle plutôt que dans une succession de réformes dictées par les rapports de force politiques. Selon elle, les dirigeants doivent s’adapter au cadre constitutionnel existant plutôt que de chercher à modifier ce dernier en fonction de leurs objectifs du moment.

Pour illustrer son propos, Justine Kasa-Vubu M’Poyo a évoqué l’exemple de plusieurs démocraties considérées comme stables. Elle cite notamment la Belgique et les États-Unis, où les Constitutions ont traversé les décennies, voire les siècles, tout en conservant leur architecture fondamentale.

« Les pays stables comme la Belgique, voire même les États-Unis, combien de fois ils changent la Constitution ? De temps en temps, il y a de petits amendements, mais l’acte fondateur demeure », a-t-elle expliqué.

Selon elle, la force de ces États réside précisément dans leur capacité à préserver leurs fondements institutionnels tout en procédant, lorsque cela s’avère nécessaire, à des ajustements limités et consensuels. Cette stabilité juridique permettrait de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions et de garantir une meilleure prévisibilité de l’action publique.

Interrogée également sur la question de la loi référendaire et sur les priorités actuelles du pays, Justine Kasa-Vubu M’Poyo a estimé que les préoccupations de la population devraient occuper une place bien plus importante dans l’agenda politique national. À ses yeux, les autorités devraient concentrer leurs efforts sur l’amélioration des conditions de vie des Congolais plutôt que sur des débats institutionnels susceptibles de diviser davantage la société.

« Les priorités, c’est d’abord le bien-être de la population et c’est ce à quoi toute la gouvernance d’un pays doit se concentrer », a-t-elle affirmé.

Cette déclaration rejoint les préoccupations exprimées par une partie de l’opinion publique, confrontée à de nombreux défis socio-économiques, notamment en matière d’emploi, d’accès aux services sociaux de base, de sécurité et de pouvoir d’achat. Pour Justine Kasa-Vubu, la légitimité de l’action publique se mesure avant tout à sa capacité à répondre aux besoins quotidiens des citoyens.

À travers son intervention dans Décrypta, sur Télé Shaba, elle réaffirme ainsi son attachement à la stabilité institutionnelle et à la préservation de l’esprit de la Constitution. Un message qui intervient à un moment où la question de la réforme constitutionnelle demeure l’un des sujets les plus sensibles du débat politique en République démocratique du Congo.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *