L’exercice médiatique de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka sur TV5 Monde était attendu. Il aura finalement laissé une impression persistante : celle d’un pouvoir qui parle beaucoup, mais qui peine encore à convaincre sur l’essentiel.
Pour une cheffe de gouvernement, certaines hésitations ne sont pas anodines. Elles interrogent la maîtrise des dossiers et, plus grave encore, la capacité de l’État à assumer ses engagements devant la nation.
La première interrogation était pourtant simple : de quels pays proviennent exactement ces migrants accueillis en RDC ? La réponse s’est limitée à évoquer « trois pays d’Amérique latine », sans précision sur les États concernés. Dans un contexte où la souveraineté et la sécurité nationale sont des préoccupations majeures, une telle approximation laisse perplexe. Un pays qui accueille des migrants sur son sol devrait, à tout le moins, être capable d’indiquer clairement leur origine.
La deuxième question portait sur la durée précise de leur séjour. Là encore, la réponse s’est diluée dans une formule vague : un accueil « temporaire », « le temps de trouver d’autres alternatives ». Mais temporaire pour combien de temps ? Quelques semaines ? Plusieurs mois ? Des années ? Sur un sujet aussi sensible, l’imprécision nourrit inévitablement le doute.
La troisième interrogation soulevait une question de bon sens : qu’a déjà obtenu la RDC en contrepartie de cet accueil, puisque ces migrants sont à la charge des États-Unis ? La Première ministre a évoqué un « service rendu » aux États-Unis, parlant d’accords entre Kinshasa et Washington, sans toutefois en détailler la substance ni les bénéfices concrets pour le pays. Or, dans toute relation internationale, un service rendu sans visibilité sur les contreparties s’apparente davantage à un pari qu’à une stratégie.
Sur le plan sécuritaire, les réponses n’ont guère dissipé les inquiétudes. Malgré les sanctions visant le Rwanda, la situation sur le terrain reste fragile face aux menaces liées à l’AFC-M23. Pourtant, la cheffe du gouvernement a évoqué une « victoire diplomatique » et la poursuite des discussions initialement menées à Doha, désormais déplacées en Suisse. Une victoire diplomatique, sans amélioration tangible sur le terrain, ressemble davantage à une promesse qu’à un résultat.
Autre interrogation majeure : comment expliquer que près de 30 % du budget national soit consacré à la défense, alors que l’armée peine toujours à se repositionner efficacement ? La réponse invoquant la « traîtrise » au sein des forces armées soulève une autre question : si des trahisons existent, pourquoi tardent-elles à être neutralisées de manière décisive ? L’argument, à lui seul, ne saurait suffire à expliquer les difficultés persistantes.
Enfin, sur la polémique liée aux récompenses offertes aux Équipe nationale de football de la RDC après leur qualification à la Coupe du Monde de la FIFA 2026, la justification gouvernementale s’appuie sur l’élan populaire et la reconnaissance nationale. Mais dans un pays confronté à de multiples urgences sociales, la symbolique des priorités reste un sujet hautement sensible.
Au-delà des mots, c’est la cohérence globale qui interroge. Gouverner, ce n’est pas seulement répondre aux questions : c’est rassurer, convaincre et démontrer une parfaite maîtrise des enjeux.
Or, face à des interrogations fondamentales sur la souveraineté, la sécurité et la gestion des ressources publiques, les hésitations perçues lors de cette intervention télévisée risquent d’alimenter un doute déjà présent dans l’opinion.
Pour une cheffe de gouvernement, ce n’est pas simplement un exercice médiatique manqué. C’est un signal politique qui mérite réflexion.
La rédaction
