Le décès du Dr Dibu Nawej Emmanuel, Médecin Directeur de l’hôpital de Mupandja (CNOM 11409), survenu dans la nuit du 9 au 10 novembre 2025, continue de susciter de vives interrogations au Lualaba et d’alimenter la colère du corps médical.
Selon des informations exclusives recueillies par actu26, le médecin aurait trouvé la mort dans les locaux du Centre de Coordination de la sécurité de Kolwezi (CCO), où il avait été amené après son interpellation par un commandant de la police.
Un accident mineur qui tourne au drame
D’après la même source, tout serait parti d’un léger accident de circulation survenu dans le parking du supermarché SK, sur l’avenue Laurent-Désiré Kabila.
Le véhicule du Dr Dibu, une Toyota Crown grise immatriculée 9713 AB/05 et portant le caducée médical, aurait heurté une jeep Harrier noire (2588 AX/05) appartenant à Christian Benatard, secrétaire au commissariat provincial de la Police nationale congolaise (DPS/Comprov Lualaba).
Mais plusieurs témoins affirment que les deux véhicules ne présentaient aucun impact visible, ce qui laisse planer le doute sur la gravité réelle de l’incident et sur la nécessité même de l’interpellation.
Une version officielle contestée
Le rapport du CCO sur la situation sécuritaire de la nuit du 9 au 10 novembre mentionne un simple « accident de circulation » :
« Vers 20h16, nous avons reçu un appel signalant un accident à hauteur du supermarché SK (…). Les deux conducteurs ont été conduits au CCO. Dégâts matériels légers, dégâts corporels : néant », peut-on y lire.
Le rapport précise ensuite que le Dr Dibu, « en attendant le retour de l’OPJ instructeur », aurait eu un malaise alors qu’il se trouvait au repos dans les locaux du CCO, avant d’être transporté à l’hôpital Mwangeji où il aurait rendu l’âme peu après.
Pour la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH/Lualaba), cette version ne tient pas. Dans un communiqué signé par Arthur Kabulo, son coordonnateur provincial, l’institution juge le rapport officiel « loin de refléter la réalité » et dénonce des conditions de décès non élucidées.
« À voir le contexte des faits, le rapport du CCO est loin de refléter la réalité. Nous sollicitons l’implication de la justice militaire afin d’élucider les faits et d’établir les responsabilités », a déclaré Arthur Kabulo.
La colère des médecins descend dans la rue
Ce mardi 11 novembre, la tension est montée d’un cran à Kolwezi.
Plusieurs dizaines de médecins et membres du personnel soignant ont organisé une marche pacifique pour dénoncer la mort de leur collègue et réclamer la vérité.
Mais la manifestation a rapidement dégénéré en affrontements avec la police, notamment autour de 10 heures au niveau du rond-point Mwangeji.
Selon des témoins sur place, les forces de l’ordre ont tiré des projectiles pour disperser les manifestants, provoquant des accrochages avec les médecins.
Ces derniers accusent les autorités d’avoir laissé mourir le Dr Dibu au cachot de la PNC, et annoncent leur intention de déposer un mémorandum au gouvernorat du Lualaba pour exiger une enquête indépendante.
« Nous voulons que justice soit faite pour notre collègue. Nous ne pouvons pas accepter qu’un médecin meure dans les mains de ceux censés assurer sa sécurité », a déclaré un médecin participant à la marche.
Une affaire désormais politique et judiciaire
Alors que la CNDH/Lualaba demande l’ouverture d’une enquête militaire, les organisations de la société civile appellent également à la transparence et à la reddition des comptes.
La situation reste tendue à Kolwezi, où un important dispositif policier a été déployé autour des institutions provinciales.
« La vie humaine est sacrée. Nul ne peut être privé de la sienne sans que justice ne s’en saisisse », a rappelé Arthur Kabulo, réitérant la détermination de la CNDH à faire éclater la vérité.
