L’annonce d’un dialogue national par Félix Tshisekedi ne convainc pas le Cadre de concertation des forces politiques et sociales. Dans une déclaration rendue publique jeudi 28 août, cette plateforme politique et sociale rejette catégoriquement l’initiative présidentielle, qu’elle considère comme un dialogue de façade destiné, selon elle, à servir les intérêts politiques du pouvoir. Elle accuse le chef de l’État de vouloir utiliser ce processus pour préparer la voie à un référendum constitutionnel et, à terme, prolonger son maintien au pouvoir.
Le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi est déjà au centre d’une nouvelle bataille politique en République démocratique du Congo. À peine le chef de l’État a-t-il annoncé cette initiative que les premières réactions de l’opposition viennent en contester la nature, la méthode et surtout les objectifs.
Dans une déclaration du jeudi 28 août, lue par son coordonnateur Michel Mwika, le Cadre de concertation des forces politiques et sociales dit avoir pris acte de l’annonce du président de la République concernant la convocation d’un congrès de l’Union sacrée, sa plateforme politique.
Mais derrière cette annonce, la plateforme estime reconnaître une stratégie politique bien plus large.
Pour le Cadre de concertation, présenter cette démarche comme un « dialogue national » serait une manière de masquer une initiative qui resterait essentiellement contrôlée par le pouvoir. La plateforme rejette ainsi ce qu’elle qualifie de « simulacre de dialogue », estimant qu’il ne réunit ni les garanties d’inclusivité, ni celles de neutralité et encore moins de crédibilité.
Le dialogue au cœur de la contestation
C’est précisément sur ce terrain que le Cadre de concertation entend mener la bataille.
Selon cette plateforme, un véritable dialogue national ne peut être organisé comme une simple extension de la majorité présidentielle. La référence faite au congrès de l’Union sacrée constitue, à ses yeux, un problème de fond : comment prétendre organiser une concertation nationale crédible lorsque l’initiative apparaît liée à une plateforme politique qui soutient le président ?
Le Cadre de concertation estime donc que le processus annoncé ne serait pas en mesure de répondre aux profondes fractures politiques du pays.
Plus sévère encore, la plateforme accuse Félix Tshisekedi de vouloir instrumentaliser le dialogue afin de conduire la République démocratique du Congo vers un référendum constitutionnel.
Elle parle même d’un « véritable coup d’État constitutionnel », affirmant que l’objectif ultime serait d’ouvrir la voie à une présidence à vie de Félix Tshisekedi.
Il s’agit d’une accusation politique majeure, que la plateforme présente comme sa principale raison de s’opposer au processus annoncé.
La crainte d’un dialogue qui changerait de finalité
Pour le Cadre de concertation, le problème ne réside donc pas uniquement dans la convocation du dialogue, mais dans sa finalité supposée.
La plateforme redoute qu’une concertation présentée comme un moyen de restaurer la paix, la cohésion nationale et la stabilité ne finisse par devenir un instrument permettant de modifier les règles du jeu institutionnel.
Elle met ainsi en garde contre ce qu’elle considère comme une « fuite en avant » du pouvoir.
Cette méfiance intervient dans un contexte politique particulièrement tendu, marqué par la guerre dans l’Est du pays, les tensions entre les différentes forces politiques et les discussions autour de l’avenir institutionnel de la RDC.
Le Cadre de concertation estime qu’au lieu de chercher à réorganiser le système institutionnel, les autorités devraient d’abord s’attaquer aux crises qui affectent directement la population.
Les confessions religieuses citées comme alternative
La plateforme fait également référence aux efforts de paix entrepris par l’Église catholique et l’Église du Christ au Congo.
Pour elle, ces initiatives de médiation constituent une piste qui ne devrait pas être contournée par un processus politique contrôlé par le pouvoir.
Le Cadre de concertation considère que persister dans la voie annoncée reviendrait à tourner le dos à la paix, à la réconciliation et à la cohésion nationale.
En filigrane, le message est clair : pour cette plateforme, le dialogue ne peut être crédible que s’il rassemble réellement les différentes composantes de la société congolaise, y compris celles qui contestent ouvertement le pouvoir.
Insécurité, Ebola et crise sociale : les autres arguments du rejet
Pour étayer son opposition, le Cadre de concertation dresse ensuite un tableau sombre de la situation du pays.
À Kinshasa, il dénonce la recrudescence de l’insécurité, notamment les actes de banditisme, les vols à main armée et les violences contre les citoyens. Il y voit le signe d’une incapacité des autorités à garantir efficacement la sécurité des personnes et de leurs biens.
La situation sanitaire en Ituri figure également parmi ses préoccupations. Le Cadre de concertation s’inquiète de l’évolution de l’épidémie d’Ebola et rend hommage aux équipes engagées dans la riposte, tout en jugeant insuffisante la réponse du gouvernement face à l’ampleur de la crise.
La plateforme évoque également la suspension des activités d’enseignement supérieur et universitaire à Goma et Bukavu. Elle dénonce une décision qu’elle juge disproportionnée et attentatoire aux droits des étudiants.
À cela s’ajoutent les inquiétudes concernant la rentrée scolaire 2026-2027 et les revendications des enseignants. Le Cadre de concertation estime que l’incapacité du gouvernement à trouver un accord avec le personnel enseignant risque de compromettre la rentrée et de pénaliser des millions d’élèves.
« S’éterniser au pouvoir » : l’accusation finale
Mais toutes ces critiques ramènent finalement le Cadre de concertation à son principal sujet : l’avenir politique du pays.
La plateforme accuse Félix Tshisekedi d’avoir, selon elle, abandonné les préoccupations fondamentales de la population au profit d’un projet de conservation du pouvoir.
Elle estime que le dialogue annoncé ne serait donc pas une réponse aux crises congolaises, mais un éventuel passage vers une transformation du cadre constitutionnel.
Le pouvoir n’a pas, dans cette déclaration, répondu aux accusations spécifiques formulées par le Cadre de concertation. Reste que la polémique autour du dialogue ne fait que commencer.
L’opposition appelée à faire front commun
Face à cette perspective, Michel Mwika appelle toutes les forces de l’opposition à dépasser leurs divisions.
Le Cadre de concertation veut une « convergence d’actions fermes et responsables » pour défendre la Constitution et empêcher ce qu’il présente comme une tentative de confiscation du pouvoir.
L’objectif politique fixé est également clairement affiché : préserver l’alternance au sommet de l’État en 2028.
Le dialogue annoncé par Félix Tshisekedi risque donc de devenir lui-même un nouveau champ de confrontation politique. Alors que le président promet une démarche destinée à favoriser la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État, le Cadre de concertation y voit déjà une menace pour l’ordre constitutionnel.
La question centrale n’est désormais plus seulement de savoir si un dialogue aura lieu, mais qui doit y participer, sous quelle médiation, avec quelles garanties et surtout pour quel objectif.
C’est sur ces quatre points que pourrait se jouer la crédibilité du processus annoncé par Félix Tshisekedi. Et au regard de la réaction du Cadre de concertation, le pouvoir devra désormais convaincre au-delà de sa propre majorité que son dialogue ne constitue ni une opération de communication politique, ni un préalable à une modification des règles constitutionnelles.
