Réunis en Suisse du 17 au 21 août, Kinshasa et l’AFC/M23 ont adopté une nouvelle feuille de route pour poursuivre les négociations de Doha. Le Qatar salue les avancées, Washington parle de « progrès supplémentaires ». Mais sur le terrain, le cessez-le-feu reste fragile et les combats se poursuivent.
Le processus de Doha veut franchir une nouvelle étape. Du 17 au 21 août 2026, les représentants du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et ceux de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) se sont réunis en Suisse afin d’évaluer les progrès réalisés, d’identifier les difficultés persistantes et de définir la suite des négociations.
Autour de la table figuraient également le Qatar, les États-Unis, la République du Togo, en qualité de médiateur de l’Union africaine, la Commission de l’Union africaine et la Suisse.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du Cadre de Doha pour un accord de paix global, signé entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 le 15 novembre 2025.
Le Qatar confirme les avancées
Dans un communiqué publié le 22 août, le ministère qatari des Affaires étrangères a confirmé la tenue des discussions et détaillé les principaux résultats obtenus.
Selon Doha, les deux parties ont évalué les progrès accomplis ainsi que les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du processus. Elles ont également examiné la poursuite des engagements déjà pris et la négociation des protocoles qui restent à finaliser.
Le Qatar souligne notamment les progrès réalisés dans l’opérationnalisation de l’Expanded Joint Verification Mechanism Plus (EJVM+), destiné à vérifier les éventuelles violations du cessez-le-feu.
Son secrétariat a été établi et une mission de reconnaissance a été conduite le 20 août avec le soutien logistique de la MONUSCO.
Les parties ont également reconnu la nécessité de disposer d’une méthode standardisée pour signaler les allégations de violations du cessez-le-feu.
Minembwe, premier test grandeur nature
Le prochain rendez-vous est fixé au 24 août à Minembwe.
Une mission de vérification du cessez-le-feu de l’EJVM+ doit y être menée. Cette mission constituera un premier test grandeur nature pour le mécanisme de vérification.
L’enjeu est particulièrement sensible. Car si le processus diplomatique avance, la réalité militaire reste beaucoup plus préoccupante.
Le cessez-le-feu censé accompagner le processus de Doha n’a, dans les faits, jamais véritablement réussi à s’imposer sur le terrain. Les combats et les accusations de violations se sont poursuivis, alimentant la défiance entre les protagonistes.
L’EJVM+ devra donc démontrer sa capacité à établir les faits de manière crédible, à documenter les éventuelles violations et à produire des conclusions susceptibles d’être acceptées par les parties.
La mission de Minembwe pourrait ainsi devenir un premier indicateur concret de la crédibilité du dispositif de Doha.
Un mécanisme pour surveiller les engagements
Les discussions de Suisse ne se sont pas limitées au cessez-le-feu.
Kinshasa et l’AFC/M23 ont également convenu d’établir un mécanisme chargé d’examiner les progrès réalisés et de traiter les difficultés liées à la mise en œuvre des obligations et engagements prévus par le Cadre de Doha.
L’objectif est d’éviter que les engagements négociés restent au stade des déclarations.
Les deux parties ont également partagé avec les facilitateurs des recommandations sur la voie à suivre pour mener des négociations constructives et favoriser la mise en œuvre des engagements pris.
Dans une région marquée par une succession d’accords de paix dont l’application a souvent été incomplète, ce dispositif de suivi pourrait jouer un rôle déterminant.
Une nouvelle feuille de route
À l’issue de leur évaluation, les deux parties ont élaboré une feuille de route définissant les étapes et le calendrier des prochaines négociations.
Kinshasa et l’AFC/M23 se sont engagés à faire preuve de flexibilité et de créativité dans le cadre existant.
Une précision importante a également été actée : l’ordre dans lequel les protocoles seront négociés ne déterminera pas nécessairement l’ordre dans lequel ils seront mis en œuvre.
Cette disposition laisse une marge de manœuvre aux négociateurs et pourrait permettre l’application de certains engagements avant la conclusion de l’ensemble des protocoles.
Les deux camps ont réaffirmé leur volonté de poursuivre les négociations en vue d’une paix globale et d’une résolution du conflit.
Massad Boulos salue les « progrès supplémentaires »

Les conclusions de la réunion de Suisse ont également été accueillies favorablement par Washington.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Massad Boulos s’est dit « ravi de constater des progrès supplémentaires » issus des réunions du 17 au 21 août en Suisse visant à faire avancer le Cadre de Doha pour un accord de paix global entre le gouvernement de la RDC et l’AFC/M23.
« Les États-Unis continueront de promouvoir la paix et la stabilité dans l’est de la RDC et dans la région des Grands Lacs dans son ensemble », a-t-il ajouté.
Boulos a également souligné le rôle du Qatar, de la République du Togo en tant que médiateur de l’Union africaine, de la Suisse, de la Commission de l’Union africaine et des autres partenaires.
Mais la guerre ne faiblit pas
Derrière les communiqués diplomatiques et les annonces de progrès, une réalité demeure : la guerre continue dans l’Est.
Le cessez-le-feu censé accompagner le processus de Doha reste extrêmement fragile. Sur le terrain, les combats se poursuivent et l’AFC/M23 continue de prendre le contrôle de certaines localités et de certains villages.
Cette dynamique militaire contraste fortement avec le langage diplomatique employé autour de la table des négociations.
D’un côté, Kinshasa et l’AFC/M23 annoncent une nouvelle feuille de route, renforcent les mécanismes de vérification et réaffirment leur engagement en faveur de la paix. De l’autre, les populations de l’Est continuent de subir les conséquences du conflit, tandis que la situation militaire évolue.
Cette contradiction constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du processus de Doha.
Car un accord de paix ne peut durablement tenir si les engagements sécuritaires restent sans effet sur le terrain.
Le pari de Doha face à la réalité du terrain
La réunion de Suisse constitue une avancée diplomatique. Mais elle ne saurait, à elle seule, être considérée comme un tournant décisif.
Le véritable test sera celui de la mise en œuvre.
La mission de l’EJVM+ prévue le 24 août à Minembwe sera donc particulièrement observée. Elle devra démontrer qu’un mécanisme de vérification peut fonctionner alors même que la dynamique militaire reste active.
Si l’EJVM+ parvient à établir les faits de manière crédible et à obtenir l’adhésion des parties à ses conclusions, il pourrait contribuer à restaurer un minimum de confiance.
Dans le cas contraire, le fossé entre les engagements diplomatiques et la réalité militaire risque de continuer à se creuser.
Après cinq jours de discussions en Suisse, Doha dispose désormais d’une nouvelle feuille de route. Mais dans l’Est de la RDC, la paix ne se mesure pas encore aux communiqués.
À Doha, la paix se négocie. Sur le terrain, la guerre continue.
