Dans le groupement de Kisimba, en territoire de Walikale, au Nord-Kivu, la multiplication des barrières illégales attribuées à des groupes dits Wazalendo plonge progressivement les populations civiles dans une crise économique silencieuse. Déjà fragilisés par l’insécurité persistante et l’isolement géographique, les habitants dénoncent une pression financière devenue insoutenable.
Selon plusieurs sources locales et acteurs de la société civile, ces groupes d’autodéfense ont érigé des barrières sur plusieurs axes routiers reliant les villages du groupement Kisimba. Les voyageurs, commerçants et transporteurs sont contraints d’y verser des sommes d’argent avant de poursuivre leur route, ce qui entrave la libre circulation des personnes et des biens et accentue la précarité des ménages.
Des témoignages concordants évoquent une situation devenue quotidienne. « Chaque déplacement exige un paiement. À la fin, les marchandises coûtent trop cher et les clients n’achètent plus », confie un commerçant local. Dans une zone où les routes sont rares et souvent impraticables, ces prélèvements illégaux s’ajoutent à des coûts logistiques déjà élevés.
Une pratique ancienne devenue systématique
Le phénomène des barrières illégales n’est pas nouveau dans cette partie du territoire de Walikale. Depuis plusieurs mois, des sources locales signalent l’installation de postes de contrôle dans plusieurs villages du groupement Kisimba, notamment dans les localités de Kabingu, Bukonde, Biriku, Malimingi, Buruko et Misau. À ces points de passage, les habitants doivent s’acquitter de paiements variables, souvent fixés de manière arbitraire par les hommes en armes.
Dans certains cas, des taxes dites « lala salama », littéralement « dormir en paix », ont été imposées aux populations, avec des montants mensuels pouvant atteindre plusieurs milliers de francs congolais par habitant.
Ces pratiques ont un effet direct sur l’économie locale. Les prix des denrées alimentaires, déjà élevés en raison des difficultés d’approvisionnement, connaissent une hausse continue. Sur certains axes du territoire, les frais liés aux multiples barrières peuvent représenter une part importante du coût total du transport, ce qui se répercute sur le prix final des marchandises.
Un territoire marqué par une insécurité persistante
Le territoire de Walikale reste l’un des plus instables du Nord-Kivu, marqué par la présence simultanée de plusieurs groupes armés et par des affrontements récurrents entre forces gouvernementales, groupes d’autodéfense et rébellions armées.
Ces derniers mois, certaines zones du territoire ont été le théâtre d’affrontements entre les rebelles de l’AFC/M23 et les forces gouvernementales appuyées par des groupes Wazalendo, entraînant des déplacements de populations et la perturbation des activités économiques.
Dans ce contexte sécuritaire fragile, la présence des Wazalendo est parfois perçue par une partie de la population comme un facteur de protection contre les incursions rebelles. Cependant, cette perception tend à s’éroder face à la multiplication des pratiques assimilées à des tracasseries.
Une crise économique et humanitaire silencieuse
Au-delà des contraintes sécuritaires, les conséquences économiques de ces pratiques sont visibles dans la vie quotidienne des habitants. La raréfaction des produits alimentaires, la hausse des prix et la baisse des activités commerciales fragilisent davantage des communautés déjà vulnérables.
Selon les acteurs locaux, ces barrières illégales entravent le commerce agricole, principale source de revenus pour de nombreuses familles. Dans certaines zones du territoire, des transporteurs ont même menacé de suspendre leurs activités en raison des coûts excessifs imposés aux différents postes de contrôle.
Cette situation s’inscrit dans un contexte humanitaire déjà critique dans l’est de la République démocratique du Congo, où des millions de personnes vivent dans des conditions précaires en raison des conflits armés et des déplacements massifs de populations.
Des appels pressants à restaurer l’autorité de l’État
Face à cette situation, la société civile et les notabilités locales appellent à une intervention urgente des autorités congolaises afin de démanteler toutes les barrières illégales et restaurer l’autorité de l’État dans le groupement Kisimba.
Plusieurs voix s’élèvent également pour demander un encadrement strict des groupes d’autodéfense, afin d’éviter qu’ils ne se transforment en acteurs de prédation économique au détriment des populations qu’ils sont censés protéger.
Pour les habitants de Kisimba, l’urgence n’est plus seulement sécuritaire : elle est aussi économique. Tant que ces barrières persisteront, préviennent-ils, toute tentative de relance des activités commerciales restera compromise, condamnant la population à une pauvreté croissante et durable.
