Dans un message adressé au peuple congolais daté du 11 juin 2026, l’ancien président de la République et président honoraire, Joseph Kabila, livre une déclaration au ton particulièrement grave contre la gouvernance actuelle en République démocratique du Congo. Présenté comme un appel à la vigilance nationale, son texte s’articule autour d’une dénonciation ferme de la gestion du pays et d’une opposition assumée à toute initiative visant à modifier la Constitution.
Dès les premières lignes, Joseph Kabila rappelle qu’il avait déjà, dans une précédente intervention, alerté sur l’état des institutions nationales. Il affirme que la situation qu’il décrivait alors ne s’est pas améliorée, mais qu’elle se serait au contraire aggravée.
Selon lui, le pays connaît une dégradation continue du fonctionnement des institutions, accompagnée d’une fragilisation de la cohésion nationale et de la paix sociale. Il rappelle avoir proposé ce qu’il qualifie de « thérapie de choc en douze points » afin d’éviter une détérioration plus profonde de l’État.
L’un des passages les plus marquants du message est son avertissement sur ce qu’il appelle le risque de « soudanisation » du pays. À travers cette formule forte, Joseph Kabila évoque le danger d’une implosion de l’État si, selon ses mots, aucune correction rapide n’est apportée à la manière dont le pays est gouverné aujourd’hui.
Dans ses critiques les plus sévères, l’ancien chef de l’État décrit une gouvernance qu’il qualifie d’« arrogante, liberticide, prédatrice et profondément discriminatoire ».
Il estime que plusieurs catégories de citoyens seraient marginalisées et va jusqu’à affirmer que le pouvoir exercerait ses responsabilités en violation des règles établies.
Joseph Kabila affirme également avoir souvent été incompris ou volontairement caricaturé par ses adversaires politiques. Il accuse certains acteurs de privilégier leurs intérêts personnels ou partisans au détriment de l’intérêt général et d’utiliser, selon lui, des mécanismes de manipulation pour détourner le sens de ses prises de position.
Mais le cœur politique de son message concerne surtout le débat constitutionnel.
L’ancien président estime que les initiatives récemment engagées autour de la loi référendaire traduisent désormais clairement, selon son interprétation, une volonté du pouvoir de modifier la Constitution. Pour lui, il ne s’agirait plus d’hypothèses ni de soupçons, mais d’un choix politique assumé.
Dans l’un des passages les plus durs du document, Joseph Kabila écrit que « la forfaiture est manifeste », avant d’accuser les dirigeants actuels d’avoir trahi leur serment constitutionnel.
Poursuivant son raisonnement, il avertit contre ce qu’il présente comme un risque de concentration excessive du pouvoir, susceptible d’affaiblir l’alternance démocratique.
L’image qu’il emploie ensuite est particulièrement forte : celle d’un pays transformé progressivement en « cocotte-minute prête à exploser », faute d’un espace démocratique suffisamment ouvert pour absorber les tensions politiques et sociales.
Dans son message, Joseph Kabila dépasse le cadre strict des formations politiques et appelle directement les citoyens à considérer l’enjeu comme existentiel pour la Nation.
Selon lui, « ce qui est en jeu, c’est la survie même du Congo ».
Il affirme également que l’avenir des générations futures dépendra des choix actuels.
L’ancien président rappelle ensuite l’article 64 de la Constitution, qui prévoit le devoir pour tout citoyen de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir contraire aux dispositions constitutionnelles. Il insiste sur le fait qu’il ne considère pas cette disposition comme un simple droit mais comme un devoir patriotique.
Dans cette logique, Joseph Kabila appelle à une mobilisation nationale dépassant les clivages politiques, religieux, sociaux ou régionaux.
Il exhorte les Congolais à soutenir toutes les initiatives qu’il présente comme destinées à défendre la Constitution, les libertés publiques et les acquis démocratiques.
Enfin, dans une formule qui se veut mobilisatrice, il invite chaque famille, chaque quartier, chaque ville et chaque village à devenir un espace de vigilance citoyenne pour détecter et dénoncer toute atteinte aux libertés et aux principes de bonne gouvernance.
Cette déclaration intervient dans un contexte de fortes tensions autour du débat constitutionnel en RDC. En parallèle, une proposition de loi portant organisation du référendum a récemment été adoptée à l’Assemblée nationale et transmise au Sénat pour examen. Dans le même temps, des forces de l’opposition ont appelé à un sit-in prévu ce vendredi 12 juin devant le Palais du peuple afin d’exprimer leur opposition à tout projet de changement de la Constitution.
Par ce message, Joseph Kabila signe l’une de ses prises de position publiques les plus directes contre le pouvoir en place et réaffirme son retour au centre du débat politique national.
