Dans le paysage politique congolais, les lignes de fracture semblent de plus en plus floues. La récente sortie d’André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, affirmant qu’il existerait une « convergence de vues » entre Martin Fayulu et le pouvoir dans la lutte contre l’ancien régime de Joseph Kabila, relance un débat sensible : Martin Fayulu peut-il encore être considéré comme un opposant aujourd’hui ?
Depuis l’élection contestée de 2018, le leader de l’ECiDé s’est construit une image d’opposant radical, revendiquant toujours sa « victoire volée ». Son discours a longtemps reposé sur la dénonciation d’un système politique qu’il juge illégitime. Pourtant, ces derniers mois, son positionnement semble évoluer. La rencontre récente entre Martin Fayulu et le président Félix Tshisekedi, saluée par André Mbata comme un signe d’ouverture, illustre une dynamique nouvelle : celle d’un dialogue possible entre deux acteurs longtemps opposés.
Au cœur de cette évolution se trouve la question du dialogue politique. Fayulu ne ferme pas la porte à des discussions organisées dans le pays et sous l’égide des institutions nationales. Une position qui tranche avec celle d’autres figures de l’opposition. Seth Kikuni, par exemple, a immédiatement réagi en posant des conditions claires : pas de dialogue sans cessez-le-feu préalable dans l’Est et sans médiation neutre. Pour lui, un dialogue piloté par les institutions actuelles risquerait d’être perçu comme déséquilibré.
Cette divergence révèle en réalité deux visions de l’opposition.
La première, incarnée par Fayulu dans sa posture actuelle, semble privilégier une stratégie de participation au débat institutionnel, quitte à dialoguer avec le pouvoir en place. La seconde, portée par d’autres opposants, estime que les conditions politiques et sécuritaires ne permettent pas encore un échange équitable.
Le pouvoir, lui, ne cache pas son intérêt à mettre en avant ces signes de rapprochement. En évoquant une « bataille commune » contre l’ancien régime de Joseph Kabila, André Mbata tente de redessiner le clivage politique du pays : le véritable adversaire ne serait plus le pouvoir actuel, mais l’héritage du système Kabila. Une lecture qui, évidemment, arrange la majorité.
Mais la question fondamentale reste entière : dialoguer avec le pouvoir signifie-t-il cesser d’être opposant ? Dans une démocratie, l’opposition n’est pas nécessairement condamnée à la rupture permanente. Elle peut aussi choisir la confrontation politique par la discussion. Encore faut-il que ce dialogue soit perçu comme crédible et équilibré.
Pour Martin Fayulu, l’enjeu est délicat. Trop de proximité avec le pouvoir pourrait brouiller son image auprès d’une base militante construite sur la contestation. À l’inverse, refuser toute discussion risquerait de l’isoler dans un paysage politique en recomposition.
Au fond, la vraie interrogation n’est peut-être pas de savoir si Fayulu est encore un opposant, mais quelle forme d’opposition la RDC est en train de voir émerger : une opposition de rupture ou une opposition de négociation.
Et dans ce jeu d’équilibres, chaque geste, chaque mot, chaque rencontre pèse désormais lourd dans la perception de l’opinion publique.
