Alors que le président Félix Tshisekedi a annoncé son intention d’engager un dialogue national pour tenter de répondre à la crise politique, sécuritaire et institutionnelle que traverse la République démocratique du Congo (RDC), les réactions se dessinent au sein de l’opposition. Parmi elles, celle de José Makila Sumanda, ancien vice-Premier ministre, cofondateur de la plateforme Sauvons la RDC et figure de l’opposition, qui appelle à la prudence avant toute prise de position.

Dans une déclaration publiée sur le réseau social X, José Makila ne rejette pas d’emblée l’initiative du chef de l’État. Il refuse cependant de s’engager sans garanties et invite les forces politiques de l’opposition ainsi que la société civile à examiner les contours du processus avant de décider d’y participer ou non.

« Avant de prendre position sur le dialogue annoncé, je nous invite tous à nous poser, en toute responsabilité, trois questions essentielles. Chacun de nous doit prendre le temps d’y répondre honnêtement »,

écrit-il.

Pour l’ancien dirigeant politique, l’enjeu dépasse la simple tenue d’une rencontre entre acteurs politiques. C’est la crédibilité même du processus qui est en jeu.

La première question qu’il soulève concerne l’inclusivité du dialogue.

Cette préoccupation fait écho aux critiques qui ont accompagné plusieurs dialogues organisés dans le passé en RDC. Nombre d’entre eux avaient été accusés de ne pas réunir l’ensemble des parties concernées, limitant ainsi leur portée politique. Pour José Makila, un dialogue ne peut produire des solutions durables si des acteurs essentiels du paysage politique ou de la crise nationale sont exclus dès le départ.

« Le dialogue sera-t-il réellement inclusif ? Ou certains acteurs majeurs de la crise nationale seront-ils volontairement écartés ? »,

interroge-t-il.

La deuxième interrogation porte sur les règles qui encadreront cette future concertation.

« Qui fixera son ordre du jour et ses règles ? Serons-nous de véritables parties prenantes à la définition du cadre, ou devrons-nous simplement nous conformer à un format déjà arrêté ? »,

poursuit-il.

À travers cette question, José Makila met l’accent sur la gouvernance du processus. Il estime que les participants doivent être associés à la définition de l’agenda et des modalités du dialogue. À défaut, celui-ci pourrait être perçu comme un exercice dont les conclusions seraient largement déterminées à l’avance.

La troisième condition concerne la finalité même de l’initiative annoncée par Félix Tshisekedi.

Cette interrogation intervient dans un contexte où plusieurs débats traversent la scène politique congolaise, notamment sur les réformes institutionnelles et les priorités nationales. Sans viser explicitement un projet particulier, José Makila estime qu’un dialogue ne saurait être crédible si son objectif réel n’est pas clairement défini et partagé par l’ensemble des participants.

« Quel sera réellement l’objectif de ce dialogue ? Cherchera-t-il à résoudre en profondeur la crise nationale, ou servira-t-il à accompagner un agenda institutionnel déjà déterminé ? »,

demande-t-il.

Au-delà de ces trois questions, le cofondateur de Sauvons la RDC appelle à éviter les réactions impulsives.

« Ne nous précipitons ni dans l’enthousiasme ni dans le rejet. Réfléchissons d’abord. Car lorsqu’on entre dans un dialogue, il faut savoir pourquoi on y va, avec qui, pour discuter de quoi et surtout pour obtenir quoi », écrit-il.

Par cette mise en garde, José Makila invite l’opposition à adopter une stratégie commune fondée sur des principes plutôt que sur des considérations conjoncturelles. Selon lui, accepter ou refuser le dialogue sans connaître ses contours reviendrait à prendre une décision sans disposer de tous les éléments nécessaires.

Il conclut son message par un appel à la responsabilité collective.

« La responsabilité historique nous impose de ne pas nous tromper de combat »,

affirme-t-il.

Cette déclaration intervient à un moment où le débat autour du dialogue voulu par Félix Tshisekedi continue de susciter des interrogations au sein de la classe politique congolaise. Si certains y voient une opportunité d’apaiser les tensions politiques et de rechercher un consensus face aux défis sécuritaires auxquels le pays est confronté, d’autres estiment que les conditions de cette concertation devront être clairement établies avant toute participation.

La prise de position de José Makila pourrait ainsi trouver un écho auprès d’autres responsables de l’opposition qui attendent davantage de précisions sur les contours de l’initiative présidentielle. Sans fermer la porte au dialogue, l’ancien vice-Premier ministre fixe trois exigences qu’il considère comme incontournables : un processus véritablement inclusif, des règles définies de manière consensuelle et un objectif exclusivement orienté vers la résolution de la crise nationale.

En choisissant de poser ces trois questions plutôt que de se prononcer immédiatement pour ou contre le dialogue, José Makila entend replacer le débat sur le terrain des garanties politiques. Pour lui, la réussite d’une telle initiative dépendra moins de son annonce que de la confiance qu’elle sera capable d’inspirer à l’ensemble des acteurs appelés à y participer.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *