La contestation s’élargit autour de la loi sur le référendum. Dans un mémorandum rendu public le 10 août à Kinshasa, 64 organisations de la société civile, parmi lesquelles Urgence DRC, la LUCHA-RDC, Filimbi, Alert RDC, Ekoki RDC, Biso Peuple, le Groupe Lotus et Génération Z RDC, demandent à Félix Tshisekedi de ne pas promulguer le texte et d’abandonner le processus référendaire. Une adhésion massive qui donne une nouvelle ampleur à la mobilisation contre toute initiative de changement constitutionnel.
Le signal est difficile à ignorer. Soixante-quatre organisations de la société civile congolaise ont choisi de parler d’une seule voix pour interpeller le président Félix Tshisekedi sur la loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République démocratique du Congo.
Parmi elles figure Urgence DRC, qui rejoint une coalition particulièrement hétérogène composée de mouvements citoyens, d’organisations de défense des droits humains, de structures de jeunesse, de collectifs communautaires et d’acteurs engagés sur les questions de gouvernance.
La LUCHA-RDC, Filimbi, Alert RDC, Biso Peuple, Ekoki RDC, la Dynamique « Non au changement de la Constitution », Civil Bridge, Génération Z RDC et le Groupe Lotus figurent notamment sur la liste des signataires. Le document comprend également plusieurs organisations moins connues du grand public, mais actives dans différentes provinces du pays.
Une adhésion qui dépasse les mouvements citoyens traditionnels
Au-delà du chiffre de 64, c’est surtout la diversité des signataires qui retient l’attention.
La mobilisation ne se limite pas aux grandes organisations citoyennes de Kinshasa. La liste comprend des structures venues de différents horizons : défense des droits de l’homme, jeunesse, droits des femmes, développement communautaire, paix, mouvements citoyens et organisations locales.
On retrouve ainsi, outre Urgence DRC, le Collectif Amka Congo/Kisangani, la Ligue des femmes du Nord-Kivu, le Groupe Lotus, les Juristes engagés pour le développement et les droits de l’homme, le Réseau de développement communautaire des Baswagha, Women Acts for Development, ainsi que plusieurs mouvements citoyens.
Cette adhésion massive donne au mémorandum une portée politique particulière. Elle traduit, à tout le moins chez ces organisations, une volonté de faire du débat sur le référendum une question dépassant les seuls clivages partisans.
Urgence DRC au cœur d’un front citoyen

Pour Urgence DRC, la signature intervient dans un contexte où la question constitutionnelle cristallise les inquiétudes d’une partie de la société civile.
Les organisations signataires estiment que le pays traverse déjà suffisamment de crises pour ne pas ouvrir, dans l’immédiat, un nouveau front politique autour de la Constitution.
Guerre dans l’Est, déplacements de populations, difficultés économiques, crise sanitaire, pression sur les finances publiques et affaiblissement de la confiance entre citoyens et institutions : le mémorandum dresse un tableau particulièrement préoccupant de la situation nationale.
Pour les signataires, ces urgences devraient passer avant toute initiative constitutionnelle.
La Cour constitutionnelle également interpellée
Les organisations prennent acte de l’arrêt rendu le 28 juillet 2026 par la Cour constitutionnelle, qui a déclaré la loi conforme à la Constitution.
Mais elles insistent sur un élément qu’elles jugent significatif : 13 des 44 articles du texte ont fait l’objet de réserves d’interprétation. La Cour a également ordonné que son arrêt soit publié en annexe de la loi afin que ces réserves soient prises en compte lors de son application.
Pour les signataires, cette situation justifie des interrogations supplémentaires sur la solidité juridique du texte et sur l’opportunité d’engager un processus référendaire dans le contexte actuel.
Tshisekedi face à sa « responsabilité historique »
Le mémorandum place désormais le chef de l’État devant un choix présenté comme déterminant.
La société civile lui demande de ne pas promulguer la loi et de mettre fin au processus référendaire.
Dans leur argumentaire, les organisations estiment que la promulgation pourrait être perçue comme une étape vers une modification de la Constitution susceptible, selon elles, de remettre en question l’échéance de 2028.
Elles appellent donc Félix Tshisekedi à privilégier « l’intérêt supérieur de la Nation », la paix et la stabilité institutionnelle plutôt que l’ouverture d’un nouveau chantier constitutionnel.
Le dialogue comme alternative
La coalition des 64 ne s’arrête pas au rejet du référendum. Elle propose une alternative : un dialogue national véritablement inclusif.
Celui-ci devrait, selon les signataires, porter sur les priorités immédiates du pays : sécurité, crise humanitaire, retour des déplacés, lutte contre l’impunité, cohésion nationale et préparation des prochaines élections.
Cette proposition donne au mémorandum une dimension politique supplémentaire. Les organisations ne veulent pas seulement bloquer un processus ; elles réclament également un cadre permettant, selon elles, de traiter les crises qui traversent le pays.
Avec Urgence DRC et des dizaines d’autres organisations autour de la table, la société civile entend ainsi peser davantage sur le débat national.
Le chiffre de 64 signataires constitue désormais l’un des principaux faits politiques de cette séquence : rarement une contestation civile autour de la question constitutionnelle aura affiché une telle convergence de structures et de sensibilités. Reste à savoir si cette mobilisation suffira à infléchir la décision présidentielle, alors que la loi se trouve désormais entre les mains du chef de l’État.
