Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, est attendu ce mercredi 29 avril 2026 devant l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo pour l’examen d’une motion de défiance initiée par le député national Laddy Yangotikala.

Inscrite à l’ordre du jour de la plénière convoquée au Palais du Peuple, cette initiative parlementaire intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la montée des critiques contre la gestion sécuritaire du pays et les conclusions alarmantes d’un récent rapport de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale.

Déposée par le député Laddy Yangotikala, la motion vise principalement la gestion sécuritaire du pays sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur. Les signataires reprochent à Jacquemain Shabani Lukoo plusieurs manquements jugés graves dans l’exercice de ses fonctions, notamment la détérioration persistante de la situation sécuritaire marquée par la recrudescence des actes criminels dans plusieurs villes, particulièrement à Kinshasa, l’insuffisance des mesures de protection des populations face aux braquages, kidnappings et violences urbaines, ainsi que des entraves présumées au bon fonctionnement des institutions provinciales et locales et des accusations d’excès de pouvoir.

Cette démarche parlementaire s’inscrit dans un contexte encore plus large, celui des conclusions jugées alarmantes de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale, qui a dressé un tableau préoccupant de la situation sécuritaire du pays après avoir auditionné plusieurs membres du gouvernement, dont le vice-Premier ministre lui-même.

Lors de cette audition, Jacquemain Shabani Lukoo avait reconnu la gravité de la situation sécuritaire, en particulier dans l’Est du pays. Entre le 4 et le 11 décembre 2025, plus de 413 civils ont été tués dans plusieurs localités du Sud-Kivu, notamment Kamanyola, Katogota, Luvungi, Bwegera, Lubirizi, Sange, Kiliba et Uvira. Dans la même période, plus de 200 000 personnes ont fui vers le Burundi, tandis que le nombre total de déplacés internes dépasse 4,1 millions au Nord-Kivu, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers au Sud-Kivu et en Ituri.

Le ministre avait également alerté sur l’extension progressive des menaces sécuritaires au-delà du seul front de l’Est, évoquant des tensions frontalières et des conflits locaux dans plusieurs provinces. Il avait averti que la situation constituait une menace grave pour la stabilité institutionnelle et l’unité nationale, soulignant le risque d’une crise sécuritaire généralisée si des mesures fortes n’étaient pas prises rapidement.

Devant les députés, il avait aussi reconnu les faiblesses structurelles des forces de sécurité intérieure. Les effectifs actuels de la Police nationale congolaise restent insuffisants pour couvrir efficacement l’ensemble du territoire national. Environ 12 000 recrues attendent encore leur formation, alors que le gouvernement prévoit de former 90 000 policiers sur cinq ans pour un coût estimé à 2,5 milliards de dollars.

Le vice-Premier ministre avait par ailleurs admis que certaines zones du pays échappent encore au contrôle effectif de l’administration civile, notamment dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où la présence de groupes armés continue de fragiliser l’autorité de l’État.

La question des groupes d’autodéfense dits « Wazalendo » constitue un autre point sensible du dossier sécuritaire. Selon les éléments examinés par la Commission, ces groupes bénéficieraient d’un financement estimé à près de 4 millions de dollars par mois, mais leur encadrement demeure problématique. Plusieurs rapports évoquent des structures jugées désorganisées et difficilement contrôlables, ce qui alimente les inquiétudes sur la coordination globale des forces sur le terrain.

Au cours de la séance plénière de ce mercredi, Jacquemain Shabani Lukoo devra répondre aux préoccupations des députés et défendre son bilan devant la représentation nationale. Ce face-à-face s’annonce déterminant dans un climat politique déjà chargé, où les attentes en matière de sécurité et de gouvernance restent particulièrement élevées.

À l’issue des débats, un vote pourrait intervenir pour décider du sort de la motion. En cas d’adoption, conformément aux mécanismes constitutionnels de contrôle parlementaire, le vice-Premier ministre serait contraint de quitter ses fonctions.

Cette motion de défiance place ainsi Jacquemain Shabani Lukoo dans une position politique délicate, alors que la pression monte sur le gouvernement face à la persistance de l’insécurité urbaine et des conflits armés dans l’Est du pays. La plénière de ce mercredi 29 avril apparaît dès lors comme un test politique majeur, dont l’issue pourrait avoir des conséquences significatives sur l’équilibre de l’exécutif et la suite de la gestion sécuritaire nationale.

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