Le ton est grave et la mise au point sans ambiguïté. Dans une longue déclaration politique diffusée ce mardi, Olivier Kamitatu, haut cadre d’Ensemble pour la République, est sorti de son silence pour clarifier sa position après la main tendue de Christian Mwando à André Mbata, autour de la candidature de Clotilde Mutita à l’élection au poste du rapporteur adjoint de l’Assemblée nationale.

« Si je prends la parole aujourd’hui, ce n’est ni pour contester l’honorable Christian Mwando ni pour commenter une tempête passagère, mais parce qu’un acte politique a été posé, un acte public, aux implications profondes », a-t-il déclaré d’emblée, avant de structurer son propos autour de trois questions fondatrices : “Qui sommes-nous ? Où en sommes-nous ? Où allons-nous ?”

“Notre ADN n’est pas la participation, il est la résistance”

Dans un passage empreint de mémoire et de conviction, Kamitatu est revenu sur l’histoire du mouvement Ensemble, né selon lui d’« un sursaut moral » et d’« un acte de rupture ».

« Nous sommes les enfants d’une décision, celle du G7 », a-t-il rappelé, citant les figures fondatrices Charles Mwando, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, Pierre Lumbi et José Endundo, qui avaient, en 2015, quitté la majorité présidentielle pour s’opposer à la dérive autoritaire de Joseph Kabila.

Évoquant « l’exil de Moïse Katumbi », les arrestations arbitraires et les assassinats politiques de figures comme Chérubin Okende et Dido Kakissinghi, Kamitatu a souligné que ces sacrifices constituent « le socle et la fierté » d’Ensemble.

« Notre langue n’est pas l’acquiescement, elle est l’insoumission. Notre vocation n’est pas d’accompagner le pouvoir, elle est de le défier lorsqu’il trompe le pays », a-t-il insisté.

Un avertissement à Christian Mwando et à la direction parlementaire du parti

Le cadre d’Ensemble a ensuite abordé frontalement la démarche de Christian Mwando, chef du groupe parlementaire de l’opposition, accusé d’avoir sollicité le soutien de l’Union sacrée pour présenter la candidature de Clotilde Mutita au poste de rapporteur adjoint de l’Assemblée nationale.

S’il reconnaît le droit du groupe à une « autonomie tactique », Kamitatu estime que cette démarche vers le pouvoir viole la ligne politique du parti.

« Ce n’est pas le poste qui interroge. Ce n’est pas la personne. Ce qui interroge, c’est le lieu, l’interlocuteur, le symbole et le message envoyé au pays », a-t-il déclaré, dénonçant un « glissement d’un cadre institutionnel vers un cadre partisan ».

Et d’ajouter, dans une formule cinglante :

« On ne refuse pas d’être le wagon de Kabila pour devenir le wagon de Tshisekedi. On ne combat pas un système pour ensuite le légitimer par nos démarches. »

La mise au point de Christian Mwando

Joint par Top Congo FM, Christian Mwando a reconnu une erreur de jugement, tout en assumant la démarche entreprise.

« Je pense que ce n’était pas bien réfléchi », a-t-il concédé, regrettant sa visite au siège de l’Union sacrée.

Mais il maintient avoir voulu « rencontrer André Mbata, le chef de la majorité parlementaire », pour discuter de la candidature d’Ensemble pour la République au poste de rapporteur adjoint de l’Assemblée nationale.

Une position qui illustre la volonté du député de privilégier le dialogue institutionnel, même si celle-ci a ravivé le débat interne sur la ligne politique du parti.

“Un parti qui renonce à sa clarté devient ambigu”

Pour Olivier Kamitatu, le moment est décisif pour l’avenir d’Ensemble. Il invite ses pairs à choisir entre fidélité à l’histoire de rupture du mouvement ou normalisation politique au sein du pouvoir en place.

« Un parti qui renonce à son identité n’accède jamais au pouvoir, il accède à l’oubli. Un parti qui renonce à la clarté ne devient pas stratégique, il devient ambigu », a-t-il prévenu.

La sortie de Kamitatu intervient alors qu’Ensemble pour la République, dirigé par Moïse Katumbi, traverse une phase de tension interne, entre tenants d’une opposition intransigeante et partisans d’une approche plus pragmatique dans les institutions.

Un appel à la cohérence et à la résistance

En conclusion, l’ancien ministre du Plan a réaffirmé la vocation d’Ensemble :

« Notre mandat moral devant le peuple, c’est la résistance. Si nous troquons la lutte contre des postes, nous perdrons notre âme. »

Dans un paysage politique congolais en recomposition, cette prise de parole d’Olivier Kamitatu sonne comme un rappel à l’ordre idéologique, mais aussi comme un signal de fermeté à l’intérieur du camp Katumbi, à l’heure où les calculs politiques risquent de diluer l’identité du mouvement.

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