C’est un revirement spectaculaire. Le Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) a décidé à l’unanimité, ce jeudi, que la Coupe d’Afrique des Nations se tiendra de nouveau tous les deux ans. Moins d’un an après avoir acté son passage à un cycle quadriennal, l’instance dirigeante du football continental referme la parenthèse.

Un retour annoncé, puis confirmé

La décision n’est pas totalement une surprise. Lors de la Conférence stratégique de la CAF, organisée au Cap-Vert du 7 au 9 octobre 2026, le président Patrice Motsepe avait lui-même ouvert la porte. Il avait indiqué que le Comité exécutif réexaminerait la décision prise l’année dernière.

Le passage à un cycle de quatre ans avait été annoncé en décembre 2025. Devant l’assemblée, Motsepe avait déclaré que la CAF étudiait la possibilité de revenir à une CAN tous les deux ans, ce qui avait suscité les applaudissements de la salle. À l’époque, aucune décision n’était prise. Elle l’est désormais, et à l’unanimité, ce qui est un signal fort envoyé à ceux qui doutaient d’un consensus.

Pourquoi ce demi-tour ?

Le cycle de quatre ans avait été présenté comme une manière d’aligner le calendrier africain sur celui des grandes compétitions mondiales et de laisser plus d’espace aux clubs et aux autres projets de la CAF. Sur le papier, l’argument tenait.

Dans les faits, il a été très contesté. La CAN n’est pas une compétition comme les autres : c’est la grande fête du football africain, un rendez-vous populaire, identitaire, politique aussi. Pour beaucoup de supporters, attendre quatre ans revenait à priver une génération entière de joueurs de sa chance de briller. Un joueur peut passer à côté de sa CAN pour une blessure ou une méforme, et ne jamais en avoir d’autre.

Il y a aussi l’enjeu économique. Pour les fédérations les plus modestes, la CAN est un moment de visibilité, de revenus et de reconnaissance. Espacer les éditions, c’est aussi espacer ces retombées.

Ce que cela change pour les sélections et les supporters

Le retour au rythme biennal rétablit une habitude ancrée depuis des décennies. Pour les sélections, cela veut dire plus d’occasions de se qualifier, de se confronter au plus haut niveau continental et de progresser. Pour les « petites » nations, c’est une chance supplémentaire de s’inviter à la table des grands.

Pour les supporters, c’est un retour à un calendrier familier. Tous les deux ans, le continent s’arrête pour suivre ses équipes. La CAN reste ainsi un rendez-vous régulier, et non un événement rare.

Pour les pays hôtes, la question est plus complexe. Organiser une CAN demande des stades, des routes, des hôtels, des moyens de sécurité. Un rythme plus soutenu peut stimuler l’investissement dans les infrastructures, mais il peut aussi peser sur des budgets limités.

Les clubs et le calendrier : le point de friction

Le principal obstacle reste le calendrier. Une CAN tous les deux ans oblige régulièrement les clubs, notamment européens, à libérer leurs joueurs africains en plein milieu de saison. C’est une source de tensions récurrentes entre clubs et sélections, et elle ne disparaîtra pas.

Tout changement de rythme touche à la fois les sélections, les clubs, les calendriers internationaux et les supporters, et le calendrier international est déjà très chargé. La CAF devra donc trouver des solutions, avec la FIFA et les clubs, pour que le retour au rythme biennal ne se fasse pas dans le conflit.

Beaucoup de questions encore ouvertes

Si le principe est tranché, les modalités le sont moins. À ce stade, les informations disponibles ne permettent pas de dire quel sera le calendrier précis des prochaines éditions, ni comment la CAF articulera cette décision avec ses autres compétitions. Ces points devront être précisés par l’instance dans les semaines et les mois à venir.

Reste aussi la question de la crédibilité. En revenant sur une décision prise il y a moins d’un an, la CAF s’expose à une critique : celle d’une gouvernance qui change de cap au gré des pressions. Ses dirigeants répondront qu’ils ont écouté le terrain. Les observateurs, eux, noteront qu’une réforme aussi structurante aurait mérité d’être mieux préparée avant d’être annoncée.

Une décision populaire, un test pour la CAF

À court terme, cette décision sera accueillie avec soulagement par de nombreux supporters, joueurs et fédérations. Elle remet la CAN là où beaucoup estiment qu’elle doit être : au cœur du calendrier du football africain, tous les deux ans.

À moyen terme, elle constitue un test pour Patrice Motsepe et son Comité exécutif. Il faudra montrer que ce retour au rythme biennal n’est pas un simple geste de popularité, mais s’inscrit dans une vision claire : un calendrier lisible, des compétitions bien organisées, des revenus mieux répartis, et un football africain qui pèse davantage dans le concert mondial.

Pour l’instant, une chose est sûre : la CAN reviendra bien tous les deux ans.

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