L’exploitation minière artisanale en République Démocratique du Congo (RDC) traverse une période de turbulences majeures. Réunis le 8 octobre 2026 à l’hôtel Moon Palace de Kolwezi à l’initiative de l’ONG Action Sans Frontière (ASF), les acteurs de la filière artisanal cuprocobaltifère ont dressé un bilan sans concession de la gestion du cobalt par l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) et l’Autorité de Régulation et de Contrôle des Marchés des Substances Minérales Stratégiques (ARECOMS).

Malgré l’absence déplorée des responsables de l’ARECOMS et de l’EGC, les coopératives minières, les organisations de la société civile et les médias locaux ont débattu des blocages qui fragilisent les moyens de subsistance de milliers de creuseurs artisanaux.

Les griefs des coopératives minières face au modèle EGC
Sept ans après sa création, l’EGC est accusée par la base de ne pas remplir ses promesses initiales d’émergence d’une classe moyenne congolaise. Lors des échanges, plusieurs critiques acerbes ont été formulées à l’encontre de l’entreprise publique :

  • Opacité des sources d’approvisionnement : La seule Zone d’Exploitation Artisanale (ZEA) officielle de Kasulo ne fournissant pas de cobalt à l’EGC, les sources réelles d’approvisionnement demeurent floues.
  • Contrats controversés avec les entités de traitement : L’EGC est soupçonnée de jouer le rôle d’agent acheteur pour le compte d’unités de traitement asiatiques (notamment CCR), auprès desquelles les coopératives dénonçaient auparavant le trucage des poids, des prix et des teneurs.
  • Refus d’achat des stocks artisanaux : Des volumes importants de cobalt s’accumulent sur les sites artisanaux sans être rachetés, plongeant les exploitants dans la précarité financière à l’approche des fêtes de fin d’année.
  • Déficit de communication : Un manque de cadre formel de concertation et de critères de sélection clairs pour les coopératives agréées.

L’ARECOMS sous le feu des critiques : manque d’ancrage local et quotas inadaptés
L’autorité de régulation (ARECOMS) est également pointée du doigt pour sa gestion unilatérale des quotas d’exportation.

La société civile déplore notamment :

  • L’absence de bureau de représentation à Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba et épicentre du cobalt mondial, empêchant tout suivi de terrain.
  • Un calcul de quota déconnecté des réalités, qui ne tient pas compte des capacités réelles de production des sites artisanaux.
  • Une priorité accordée au secteur industriel, au détriment des acteurs artisanaux nationaux.

Recommandations de la société civile et plan d’action d’ASF

Afin de résorber ce fossé grandissant, le rapport signé par Me Mica Ntenga , Coordonnateur national d’Action Sans Frontière (ASF), formule un ensemble de recommandations urgentes

À l’attention de l’EGC :

  • Instaurer un cadre d’échange permanent avec les coopératives minières.
  • Définir et publier des critères de sélection transparents pour les partenaires artisanaux.
  • Évaluer et racheter les stocks de cobalt actuellement bloqués sur les sites de production.
  • solliciter une revue à la hausse de ses quotas d’exportation.

À l’attention de l’ARECOMS :

  • Mettre en place un cadre de dialogue inclusif sous la facilitation de la société civile.
  • Intégrer les statistiques de production réelles dans la fixation des quotas.
  • Renforcer le contrôle sur l’utilisation effective des quotas attribués à l’EGC.

Une délégation en route pour Lubumbashi et Kinshasa

Pour transformer ces recommandations en actes, l’ONG ASF a annoncé la constitution d’une délégation mixte composée de 7 responsables de coopératives et 3 représentants d’ONG. Une rencontre est sollicitée à Lubumbashi auprès de l’ARECOMS dès le 20 octobre 2026, avant une mission auprès de la Direction générale de l’EGC à Kinshasa à la fin du mois

L’objectif affiché reste d’obtenir des garanties fermes d’achat pour sécuriser les conditions socio-économiques des exploitants artisanaux.

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