Dans une interview exclusive accordée à la Télévision Shaba, l’avocat belge Bernard Maingain revient sur la perquisition menée dans les villas de proches du président congolais Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, sur les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Bruxelles, et sur les menaces qui pèsent sur sa personne. Il dénonce les pressions et réaffirme sa détermination à aller jusqu’au bout du processus judiciaire.
Par Pius Romain Rolland
Interrogé par notre confrère Magloire Valentino Mwembo sur les menaces qui planent sur lui depuis le déclenchement de cette affaire, Maître Bernard Maingain a été sans détour. « Les gens qui me menacent ou laissent planer quelque chose, je viens d’une famille où on ne lâche jamais. Aucune menace, aucun chantage ne me fera plier sur mes conventions profondes », a-t-il déclaré. Pour lui, l’enjeu dépasse sa personne : « Ce qui est en jeu ici, c’est l’indépendance de la Justice. L’indépendance même par rapport au monde politique. C’est l’indépendance de la Justice par rapport aux activités que nous estimons historiquement criminelles et pour lesquelles il faut rendre des comptes. »
L’avocat dit avoir été surpris par l’ampleur des soutiens reçus. « Je suis surpris du nombre considérable d’hommes et de femmes de bonne volonté congolais, rwandais, burundais, d’Afrique et d’Europe qui viennent me parler pour me dire : vous savez, il y a encore ceci… Nous ne lâcherons pas tant que nous n’irons pas au bout du processus de justice. »
Tensions diplomatiques entre Kinshasa et Bruxelles
L’affaire a provoqué une crise diplomatique entre la République démocratique du Congo et la Belgique. La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba, a convoqué l’ambassadrice de Belgique pour lui signifier le mécontentement de Kinshasa quant à la manière dont la perquisition a été menée en Belgique. La présidence est même allée jusqu’à interdire à tout son personnel d’entrer en contact avec l’ambassade belge.
Interrogé sur cette réaction, Me Maingain rappelle un principe fondamental du droit belge : « À Kinshasa, certaines personnes, à la présidence, au gouvernement, dans les banques, à la Banque centrale du Congo, connaissent des choses. J’aimerais bien à un moment donné faire une confidence à un membre de cette ambassade de Belgique désormais interdite de contacts. Vous savez, nous, en Belgique, c’est simple : un fonctionnaire qui a connaissance d’une infraction doit transmettre les faits au procureur. »
Et d’ajouter : « La question que ce dossier pose, c’est aussi celle des entraves à la manifestation de la vérité. Nous, les parties plaignantes, sachez-le : nous allons traquer tous ceux qui font pression sur la justice belge ou qui essaient de l’entraver. Nous ne lâcherons rien. Nous ne demandons pas que la justice nous fasse de concessions ; qu’elle ne fasse pas de faveur à Bernard Maingain et ses clients. » Il précise que le dossier implique trois avocats : « Quand je parle de Bernard Maingain, c’est Bruno Maingain, Hervé Diakesse et leurs clients. Les trois avocats qui sont dans ce dossier. »
Me Maingain annonce une stratégie claire : « Nous allons repérer systématiquement tous les éléments de pression, nous les transmettrons au bureau du procureur, au juge d’instruction. » Il critique également l’attitude de certains responsables politiques : « Peut-être que le gouvernement, par la voie de sa Première ministre et de sa ministre des Affaires étrangères, pensait que tout allait pour le mieux avec la Belgique. Et peut-être que des hommes politiques belges ou des dirigeants d’entreprises belges ont créé l’illusion qu’il suffit d’une diplomatie, d’une amitié, pour oublier la loi. Mais personne n’est au-dessus de la loi, ni en Belgique, ni pour les Belges vivant en République démocratique du Congo. Tous les Belges. »
« Un dossier historique sur la probité dans la gestion des deniers publics »
Quant à savoir si la justice belge ira jusqu’aux inculpations et à une saisine importante, Me Maingain reste prudent. « Aujourd’hui, toute personne bénéficie de la présomption d’innocence. C’est un acquis du système judiciaire belge. Tout le monde est innocent. Mais l’enquête est en cours. Une enquête, c’est partir d’un indice pour voir s’il y a des charges à raison d’éléments de preuve qui constituent un dossier. On peut parfaitement avoir des coupables sans preuves ; mais on peut avoir des coupables et ce qui n’était que des indices au départ devenir des preuves solides à l’arrivée. C’est la fonction de l’instruction, c’est le magistrat instructeur qui a la totale maîtrise de ce débat, avec pouvoir d’initiative de demander des actes de dossier, des analyses, etc., que toutes les parties peuvent solliciter. »
Il dit avoir « confiance dans ce dossier de cette envergure, qui est d’une envergure mondiale, dans la justice de son pays. Je pense qu’il y a des hommes et des femmes qui ne se laissent impressionner par rien, et qui ne font qu’humblement leur travail. Nous serons là dans notre fonction d’auxiliaire de justice. Le travail de construction de la justice, c’est un travail comme celui du bâtisseur de cathédrale. On fait les choses patiemment, presque dans l’anonymat. Ce n’est pas Bernard Maingain qui, à lui seul, fait ce travail. Il y a Bernard Maingain, les équipes d’enquête, il y a des procureurs, il y a une hiérarchie de parquet, il y a des juges d’instruction, il y a une chambre du conseil qui apprécie. C’est tout ce travail collectif, avec les plaidoiries des uns et des autres, qui peut aboutir à un moment donné à des résultats judiciaires. »
Et de conclure : « Nous serons les acteurs de cette procédure et nous le ferons parce que nous sommes dans un dossier historique qui pose la question majeure de la probité dans la gestion des deniers publics. Nous le serons sans concession. C’est notre devoir vis-à-vis de ceux qui nous ont donné mandat. Pas Kagame et autres. Ceux qui nous ont donné mandat : ce sont les travailleurs et les citoyens du Katanga. »
Faudrait-il rappeler que la perquisition menée en Belgique dans le cadre d’une enquête judiciaire visant l’entourage du Président Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi continue de faire des vagues.
Maitre Bernard Maingain insiste sur les faits que la justice Belge poursuit ses citoyens pour des faits graves, d’une envergure mondiale dans le détournement de deniers publics par ses citoyens dans un territoire donnée, dont les éléments constitutifs d’inculpation sont en Belgique.
De se demander : comment a-t-on acheminé ces butins à la Pablo Escobard dans son pays ?
L’avocat belge fixe en plus l’opinion sur l’immunité du Chef de l’Etat. Il affirme que la résidence ou les résidences qui font objet de perquisition ne sont pas protégées par la Convention de Vienne. Il s’agit des résidences privées des citoyens ayant commis des dégâts en République démocratique du Congo. Il conseille cependant aux concernés de coopérer avec la justice Belge pour atténuer la gravité des faits infractionnels commis, avant qu’il ne soit trop tard.
L’étape qui restre est l’instruction du dossier, le contenu du butin perquisitionné et éventuellement l’inculpation des concernés.
