La coalition de l’opposition congolaise regrette de ne pas avoir été reçue par le ministre belge des Affaires étrangères. Maxime Prévot explique que la demande est arrivée trop tard et qu’il n’a plus eu de nouvelles.

À Bruxelles, la délégation de la C64, la coalition de l’opposition congolaise, est repartie avec un regret : elle n’a pas été reçue par le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot. L’information, relayée par la presse congolaise, notamment Top Congo FM, a vite fait réagir. Beaucoup se sont demandé si la Belgique avait voulu fermer la porte à l’opposition.

Nous avons posé la question au ministre. Sa réponse est plus simple.

« Nous avons effectivement reçu une demande pour une rencontre avec le Ministre une semaine seulement avant la date proposée, le Ministre étant indisponible à ce moment-là pour des raisons d’agenda, nous avons dû décliner la proposition. Nous n’avons pas reçu de suite à notre réponse ni de proposition de date alternative », nous a-t-il écrit.

Autrement dit, pas de porte claquée, mais un agenda déjà plein. La demande est arrivée une semaine avant la date voulue. Le ministre a dit non, faute de disponibilité. Ensuite, selon lui, plus rien : pas de relance, pas de nouvelle date.

Réponse transmise par le cabinet du ministre Maxime Prévot, 30 octobre 2026

Une coalition au cœur d’une crise politique

Pour comprendre l’enjeu de ce rendez-vous manqué, il faut regarder ce qui se joue à Kinshasa. La C64, pour Coalition Article 64, réunit plusieurs figures de l’opposition. Parmi les signataires de sa dernière déclaration : Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga.

Cette déclaration conclut un conclave tenu à Rome, du 25 au 27 octobre. La coalition y dénonce un « coup d’État constitutionnel ». Elle estime que l’article 220 de la Constitution a été contourné par la loi référendaire du 23 octobre. Elle rejette aussi un troisième mandat et tout report des élections de 2028.

La C64 plaide pour un dialogue national inclusif. Elle exige la libération de Marley Vuvu, Prince Epenge et Stéphane Shiso. Elle dit aussi vouloir rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et l’ancien président Joseph Kabila.

Cette ligne ne fait pas l’unanimité. Le 29 octobre, Corneille Nangaa a interpellé la coalition sur X. Il lui reproche d’être passée de la défense de la Constitution au dialogue, puis à la médiation. Il demande au nom de qui elle prétend arbitrer, et l’invite à venir à Goma, qu’il présente comme une « terre de résistance ».

Dans ce climat, chaque capitale qui reçoit ou non la coalition envoie un signal. Une audience à Bruxelles, ancienne puissance coloniale et partenaire important de la RDC en Europe, aurait pu donner à la C64 une visibilité diplomatique. D’où le poids pris par ce rendez-vous manqué.

Les leaders de la C64 à Rome , 27 octobre 2026

Deux versions qui ne se recoupent pas

Une semaine de préavis, c’est court pour rencontrer un ministre des Affaires étrangères. Son agenda se prépare longtemps à l’avance, entre réunions européennes, déplacements et dossiers urgents. L’explication du ministre est donc plausible sur la forme.

Mais elle ne dit pas tout. Le ministre ne précise pas s’il aurait accepté de recevoir la délégation avec plus de temps. Il ne dit pas non plus si une rencontre est envisageable plus tard. Il affirme seulement que la discussion s’est arrêtée là.

Pour l’instant, il y a donc deux récits. D’un côté, une opposition qui déplore une rencontre qui n’a pas eu lieu. De l’autre, un ministre qui assure qu’il n’a jamais fermé la porte, mais que personne n’est revenu frapper.

Reste toutefois une question essentielle : la C64 a-t-elle effectivement reçu cette réponse et entrepris des démarches pour obtenir un autre rendez-vous ? La coalition a publiquement exprimé son regret de ne pas avoir été reçue par le chef de la diplomatie belge, mais n’a pas encore apporté d’éclairage sur les échanges intervenus après le rejet de sa demande initiale.

Pourquoi, dès lors, la rencontre n’a-t-elle pas été reprogrammée ? S’agissait-il simplement d’un rendez-vous manqué en raison de contraintes d’agenda ou d’un défaut de suivi entre les deux parties ? Autant de questions qui restent sans réponse à ce stade.

En attendant, les explications de Maxime Prévot déplacent quelque peu le débat. La question n’est plus seulement de savoir pourquoi la délégation de la C64 n’a pas été reçue à Bruxelles, mais également de comprendre ce qui s’est passé après le refus opposé à sa demande.

Entre le regret exprimé par l’opposition congolaise et la version du ministre belge, les circonstances de cette rencontre manquée méritent encore quelques éclaircissements.

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