Invité d’un Space X organisé par le journaliste Magloire Valentino Mwembo, Me Justin Kiela, président national du parti Vent d’Avenir et membre de la délégation ayant accompagné Mzee Raphaël Katebe Katoto lors de ses consultations à Lubumbashi, a défendu la légitimité de cette mission. Répondant aux critiques formulées par Me Hervé Diakiese, il a soutenu que le patriarche katangais agissait dans le cadre d’un mandat spécial confié par le président Félix Tshisekedi. Il a également justifié le choix du Katanga, qu’il considère comme une province marquée par une histoire de tensions communautaires et par un contexte politique particulier.
Au cours de ce débat consacré aux consultations de Raphaël Katebe Katoto, Me Justin Kiela s’est attaché à répondre point par point aux réserves exprimées par Me Diakiese et Professeur Momat quant à la légitimité de cette initiative. Pour lui, la mission confiée au patriarche katangais ne souffre d’aucune ambiguïté sur le plan juridique.
Selon le président de Vent d’Avenir, le chef de l’État dispose, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, de la faculté de confier un mandat spécifique à toute personnalité qu’il juge apte à remplir une mission d’intérêt public.
Me Justin Kiela
« Le mandat est spécial. C’est cela sa nature juridique. Le président de la République, dans ses prérogatives, a le pouvoir d’accorder un mandat à qui il veut pour une mission bien déterminée. Cela a été le cas du patriarche Raphaël Katebe Katoto »
À ses yeux, les critiques contestant la désignation de Raphaël Katebe Katoto reposent sur une mauvaise appréciation de la nature même de la mission qui lui a été confiée.
Pourquoi le Katanga ?
Me Justin Kiela s’est ensuite attardé sur la question qui a alimenté une grande partie des échanges : pourquoi le président Félix Tshisekedi a-t-il choisi de lancer des consultations uniquement au Katanga ?
Pour l’avocat, la réponse réside dans l’histoire particulière de cette région.
Il rappelle que, depuis les premières années de l’indépendance, le Katanga a été marqué par plusieurs épisodes de violences communautaires ayant laissé des séquelles profondes dans la mémoire collective.
Il cite notamment l’expulsion de populations zambiennes au début des années 1960, les affrontements intercommunautaires de 1993 ainsi que les violences ayant visé des Congolais d’origine rwandaise au moment du déclenchement de la deuxième guerre du Congo en 1998.
Selon lui, ces événements continuent d’influencer les rapports entre communautés.
« Chaque peuple a toujours raconté aux générations présentes ce qu’a été le passé. Le Katanga est porteur de ces stigmates-là. Le Katanga a besoin d’un accompagnement de ce genre »
a expliqué Me Justin Kiela
Pour le président de Vent d’Avenir, les consultations menées par Raphaël Katebe Katoto s’inscrivent précisément dans cette logique d’écoute et de prévention des tensions.
Le Katanga, nouvel épicentre de l’opposition
Au-delà des considérations historiques, Justin Kiela estime que le contexte politique actuel renforce encore davantage la pertinence de cette initiative.
Selon lui, le Katanga constitue aujourd’hui le principal bastion de l’opposition congolaise. Mais il considère que cette situation résulte aussi des choix opérés au fil des années par plusieurs figures majeures de la politique katangaise.
L’avocat rappelle que Joseph Kabila avait soutenu l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir lors de la première alternance politique, avant que leurs chemins ne se séparent.
Il évoque également le parcours de Moïse Katumbi, rappelant que le président d’Ensemble pour la République avait rejoint l’Union sacrée avec une partie importante de ses alliés katangais avant de quitter la majorité présidentielle.
Pour Me Justin Kiela, les difficultés politiques actuelles trouvent en partie leur origine dans ces repositionnements successifs.
« Kabila est parti avec une partie des Katangais dans ce pacte avec Félix Tshisekedi. Moïse Katumbi aussi a rejoint l’Union sacrée avec une partie des Katangais. Aujourd’hui qu’ils ne sont plus avec Tshisekedi, certains Katangais sont restés là-bas, tandis que d’autres subissent les conséquences de leurs choix. Ceux qui ont conduit le Katanga dans ces alliances doivent aussi des explications aux Katangais »
a-t-il affirmé.
« Le peuple katangais n’est pas balloté »
En conclusion de son intervention, le président de Vent d’Avenir a insisté sur la nécessité de respecter la capacité de discernement des populations katangaises.
Selon lui, les habitants du Katanga ne doivent pas être considérés comme un électorat que les leaders politiques déplaceraient au gré de leurs alliances ou de leurs ruptures.
« Le peuple katangais n’est pas un peuple balloté au gré des humeurs, des intérêts et de la volonté des individus »
a-t-il conclu
À travers cette intervention, Me Justin Kiela a défendu une lecture diamétralement opposée à celle développée par Me Hervé Diakiese. Là où ce dernier voit dans les consultations de Raphaël Katebe Katoto une initiative aux motivations essentiellement politiques, le président de Vent d’Avenir estime qu’elles relèvent d’un mandat spécial régulièrement confié par le chef de l’État et répondent à la nécessité d’accompagner une province dont l’histoire et les réalités politiques, selon lui, justifient une attention particulière.
