Invité d’un Space X organisé par le journaliste Magloire Valentino Mwembo, Jean-Pierre Muteba, ancien vice-président de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-RDC), a dressé un réquisitoire contre la gestion du secteur minier au Katanga. Sans remettre en cause la démarche de Raphaël Katebe Katoto, il a estimé que les consultations n’auront de sens que si elles débouchent sur des solutions concrètes aux nombreuses frustrations exprimées par les populations. Emplois, sous-traitance, gouvernance des mines et arrestations de personnalités figurent parmi les préoccupations qu’il affirme avoir été transmises au patriarche.

Pour Jean-Pierre Muteba, les consultations conduites par Raphaël Katebe Katoto ne peuvent être réduites à un simple exercice politique. Elles doivent avant tout permettre de faire remonter au président de la République les préoccupations profondes qui traversent aujourd’hui le Katanga.

Selon lui, ces frustrations sont anciennes, nombreuses et concernent principalement la gestion des ressources minières, moteur de l’économie congolaise.

Des mines au cœur des frustrations

L’ancien vice-président de l’ITIE-RDC affirme que l’un des principaux griefs exprimés lors des consultations concerne l’exploitation des mines artisanales.

Selon lui, plusieurs sites miniers seraient aujourd’hui occupés par des membres de la famille présidentielle ou des personnes qui leur seraient proches, avec l’appui de militaires de la Garde républicaine.

« Nous avons un problème d’envahissement des mines, notamment par des membres de la famille Tshisekedi qui sont encadrés par la Garde républicaine. Ces militaires, qui devraient être engagés dans la défense du pays, se retrouvent dans les mines du Katanga. Cela pose un véritable problème »

Jean pierre Muteba

Jean-Pierre Muteba dénonce également la création de coopératives minières qui, selon lui, auraient remplacé les détenteurs historiques de certains droits d’exploitation, alimentant un profond sentiment d’injustice au sein des communautés locales.

L’emploi et le contenu local en question

L’ancien responsable de l’ITIE estime que les frustrations dépassent largement le seul secteur artisanal.

Il affirme que de nombreux Katangais dénoncent un accès de plus en plus limité aux emplois créés dans leur propre province.

Il cite notamment le cas d’une entreprise de Kasumbalesa où, selon lui, près de 380 travailleurs katangais auraient été remplacés par des personnes venues de Kinshasa.

Il évoque également des recrutements à la Gécamines qui auraient privilégié des candidats extérieurs à la province malgré la présence d’universités formant des spécialistes à Lubumbashi.

Pour Jean-Pierre Muteba, cette situation est incompréhensible dans une région qui concentre l’essentiel de l’activité minière du pays.

« Au Katanga, il n’y aurait plus d’ingénieurs des mines ni de métallurgistes ? Pourtant, c’est ici que se trouvent les principales mines du pays »

s’est-il interrogé

Ayant grandi à Kolwezi, il rappelle avoir passé toute sa vie au contact de l’industrie minière et estime que l’expertise locale est aujourd’hui insuffisamment valorisée.

Une sous-traitance qui échappe aux populations locales

Jean-Pierre Muteba s’est également longuement arrêté sur la question de la sous-traitance dans le secteur cuivre-cobalt.

Selon lui, ce marché représenterait près de 10 milliards de dollars par an, mais les entreprises locales n’en bénéficieraient que très marginalement.

Il estime que le principe du contenu local, censé favoriser les populations vivant à proximité des sites miniers, est aujourd’hui largement vidé de sa substance.

Selon son analyse, de nombreuses sociétés seraient créées en dehors du Katanga avant d’obtenir des contrats dans la région, au détriment des entrepreneurs locaux.

Pour l’ancien responsable de l’ITIE, cette situation nourrit un sentiment croissant de marginalisation économique.

Les parts sociales des entreprises minières inquiètent

Jean-Pierre Muteba s’est également montré critique à l’égard du projet visant à céder une partie des participations des sociétés minières à des investisseurs congolais.

Il redoute que cette opération ne bénéficie essentiellement à des personnalités proches du pouvoir.

L’ancien vice-président de l’ITIE établit un parallèle avec la zaïrianisation lancée sous le président Mobutu au début des années 1970.

Selon lui, le risque serait de reproduire un mécanisme consistant à transférer des actifs stratégiques à un cercle restreint de bénéficiaires sans que les populations locales n’en retirent un véritable avantage.

Des frustrations qui dépassent les seules questions économiques

Au-delà des enjeux miniers, Jean-Pierre Muteba affirme que plusieurs mémorandums remis à Raphaël Katebe Katoto évoquent également des arrestations de personnalités katangaises.

Il cite notamment les cas de Raphaël Mututa, du pasteur Ngoy Mulunda ainsi que de Prince Numbi, secrétaire provincial de la société civile du Haut-Katanga.

Selon lui, ces situations renforcent le sentiment de frustration dans la province.

L’ancien vice-président de l’ITIE affirme avoir reçu lui-même plusieurs mémorandums transmis aux membres de la délégation de Raphaël Katebe Katoto, preuve, selon lui, de l’ampleur des préoccupations exprimées lors des consultations.

En conclusion, Jean-Pierre Muteba estime que le véritable enjeu ne réside plus dans la tenue des consultations, mais dans les suites qui leur seront données.

« Il y a des frustrations sérieuses. La vraie question est de savoir si le patriarche Raphaël Katebe Katoto pourra les transmettre telles quelles au chef de l’État et, surtout, si le pouvoir aura la volonté d’y apporter des réponses concrètes »

a-t-il conclu

Par cette intervention, Jean-Pierre Muteba place ainsi le débat sur le terrain des politiques publiques. Pour lui, les consultations n’auront de portée que si elles se traduisent par des mesures capables de répondre aux attentes exprimées par les acteurs politiques, économiques et sociaux du Katanga.

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