La Cour constitutionnelle a tranché. En déclarant conforme à la Constitution la loi portant organisation du référendum, elle offre au président Félix Tshisekedi une victoire juridique qui ouvre désormais la voie à la promulgation du texte et, à terme, à l’organisation d’une consultation populaire. Mais si la bataille judiciaire semble provisoirement close, la bataille politique, elle, ne fait que commencer.
Depuis plusieurs mois, le chef de l’État multiplie les critiques contre la Constitution de 2006, qu’il juge inadaptée aux réalités actuelles de la République démocratique du Congo. À plusieurs reprises, il a plaidé en faveur d’une nouvelle Constitution, estimant que l’actuelle loi fondamentale comporte des faiblesses qu’il conviendrait de corriger. Des déclarations qui ont renforcé les soupçons de l’opposition, persuadée que ce projet dépasse le simple cadre d’une réforme institutionnelle.
Pour plusieurs partis politiques, mouvements citoyens et organisations de la société civile, la décision de la Cour constitutionnelle s’apparente désormais à un « chèque en blanc » donné au pouvoir. Juridiquement, le principal verrou vient d’être levé. Politiquement, les interrogations demeurent nombreuses sur les véritables intentions du régime et sur le contenu du futur projet qui pourrait être soumis au peuple congolais.
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement tendu. La guerre se poursuit dans l’Est du pays, des millions de Congolais vivent toujours dans la précarité ou le déplacement forcé, tandis que les difficultés économiques continuent de peser lourdement sur les ménages. Pour de nombreux opposants, les priorités devraient être la restauration de la paix, la lutte contre la corruption, le redressement économique et le renforcement de l’autorité de l’État, plutôt que l’ouverture d’un chantier constitutionnel susceptible de diviser davantage le pays.
Il convient de rappeler que la Coalition C64 avait reporté la marche prévue le 22 juillet, en accordant au président Félix Tshisekedi un ultimatum de quinze jours pour convoquer un véritable dialogue national inclusif et abandonner son projet de changement de la Constitution. La plateforme avait présenté cette décision comme un ultime geste d’apaisement destiné à privilégier une solution politique à la crise avant toute mobilisation populaire.
Mais cette initiative n’avait pas fait l’unanimité.
L’AFC/M23, engagée dans le processus de Doha, avait rejeté l’idée d’un nouveau dialogue national inclusif, estimant que le véritable problème ne résidait pas dans l’absence de nouvelles concertations, mais dans le non-respect des engagements déjà pris par le président Félix Tshisekedi. Pour le mouvement, il ne sert à rien de multiplier les dialogues si les accords précédemment conclus ne sont pas appliqués.
Le mouvement Sauvons la RDC avait adopté une position similaire. Selon cette plateforme, un nouveau dialogue risquerait de reproduire les erreurs du passé tant que le pouvoir n’aura pas démontré sa volonté de respecter les engagements déjà souscrits. Pour ses responsables, la crise actuelle est avant tout une crise de confiance entre le pouvoir et une grande partie de la classe politique.
Cette divergence met en lumière les profondes fractures qui traversent aujourd’hui l’opposition congolaise. Si certains continuent de croire qu’un dialogue national inclusif peut encore permettre de sortir de l’impasse, d’autres considèrent que les discussions ont perdu toute crédibilité tant que les accords existants restent lettre morte.
Les mises en garde du professeur Bob Kabamba résonnent d’ailleurs avec une acuité particulière. Invité de l’émission Décrypta, le politologue avait averti qu’un changement de Constitution dans un pays dont une partie du territoire échappe toujours au contrôle effectif de l’État pourrait créer une dangereuse dualité institutionnelle, avec le risque de voir émerger deux légitimités concurrentes. Une telle évolution, selon lui, constituerait une menace pour l’unité nationale.
Au fond, la controverse dépasse largement le cadre juridique. Elle pose une question essentielle : celle de la confiance. Une Constitution est censée constituer le socle du consensus national, non devenir l’objet d’une confrontation permanente entre majorité et opposition.
En validant la loi sur le référendum, la Cour constitutionnelle n’a donc pas refermé le débat ; elle en ouvre une nouvelle séquence. Les prochaines semaines seront déterminantes. Entre un pouvoir qui affirme vouloir consulter souverainement le peuple et une opposition qui redoute une remise en cause des équilibres institutionnels, le risque est réel de voir la crise politique s’intensifier. Plus que jamais, l’avenir du pays dépendra de la capacité de ses dirigeants à privilégier l’intérêt supérieur de la Nation plutôt que les calculs de conquête ou de conservation du pouvoir.
