Alors que la question d’une réforme de la Constitution continue de diviser la classe politique congolaise, les mises en garde du professeur de sciences politiques Bob Kabamba trouvent un écho particulier. Invité de l’émission Décrypta, dont les extraits ont été largement relayés par plusieurs médias et sur les réseaux sociaux, l’universitaire a livré une analyse sans concession sur les conséquences que pourrait avoir un changement de la Constitution dans le contexte actuel de la République démocratique du Congo.

Pour le professeur Bob Kabamba, engager un processus de remplacement de la Constitution de 2006 alors qu’une partie du territoire national reste sous l’emprise de la rébellion de l’AFC/M23 constituerait une erreur aux conséquences potentiellement irréversibles.

« Imaginez qu’ils font ça et que Corneille Nangaa se proclame président de la République à Goma et Bukavu en s’appuyant sur la Constitution de 2006. Que va-t-il se passer ? C’est la balkanisation, tout simplement. On aura deux ordres constitutionnels différents », a-t-il déclaré.

À travers cet exemple, le politologue met en garde contre le risque de voir coexister deux références constitutionnelles sur le territoire national : une nouvelle Constitution appliquée dans les zones contrôlées par Kinshasa et la Constitution de 2006 invoquée dans les territoires échappant encore à l’autorité de l’État. Une telle situation, selon lui, fragiliserait davantage les institutions d’un pays déjà confronté à une crise sécuritaire majeure dans sa partie orientale.

Au-delà des considérations juridiques, Bob Kabamba estime que le débat constitutionnel répond avant tout à une logique politique.

« Le véritable enjeu de Tshisekedi est la volonté de rester au pouvoir coûte que coûte », affirme-t-il.

Cette lecture rejoint les critiques formulées depuis plusieurs mois par plusieurs partis d’opposition, qui soupçonnent le pouvoir de vouloir modifier les règles institutionnelles à l’approche des prochaines échéances politiques. Le camp présidentiel rejette, de son côté, ces accusations et soutient que toute évolution institutionnelle s’inscrirait dans le strict respect des procédures prévues par la Constitution.

Une actualité qui ravive le débat

Prononcées avant la décision de la Cour constitutionnelle, ces déclarations résonnent aujourd’hui avec une acuité particulière. En effet, la haute juridiction a déclaré conforme à la Constitution la loi portant organisation du référendum, ouvrant la voie à sa promulgation.

Cette décision constitue une étape importante dans le processus voulu par le pouvoir. Si le gouvernement présente cette loi comme un simple cadre juridique destiné à organiser un éventuel référendum, l’opposition y voit au contraire un instrument pouvant conduire à une révision, voire à un troisième mandat de Félix Tshisekedi.

Pour plusieurs acteurs politiques opposés au régime, cette évolution nourrit les craintes d’une réforme susceptible de modifier les équilibres institutionnels actuels et, à terme, de favoriser le maintien du président Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de ce que permettrait le cadre constitutionnel actuel. Ces inquiétudes sont toutefois contestées par le pouvoir, qui affirme qu’aucun projet officiel n’a été présenté en ce sens.

Au-delà de la bataille politique, la séquence actuelle soulève une interrogation de fond : la RDC peut-elle engager un chantier constitutionnel alors qu’elle fait face à une guerre dans l’Est, à une crise humanitaire persistante et à de fortes tensions politiques internes ?

Pour Bob Kabamba, la réponse est clairement négative. Selon lui, les priorités devraient être la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, la sécurisation des populations et le renforcement de la cohésion nationale. À ses yeux, ouvrir un débat sur une nouvelle Constitution dans un pays partiellement occupé reviendrait à créer les conditions d’une crise institutionnelle encore plus profonde.

L’intervention du professeur dans Décrypta intervient ainsi à un moment où le débat sur les institutions s’intensifie. Entre les assurances du pouvoir, qui invoque le respect des mécanismes démocratiques, et les mises en garde de l’opposition, des juristes et d’une partie du monde universitaire, la question constitutionnelle s’impose désormais comme l’un des principaux fronts de la confrontation politique en République démocratique du Congo.

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