La controverse autour du projet de changement de la Constitution en République démocratique du Congo prend une dimension de plus en plus inquiétante. Après la prise de position ferme de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) contre cette initiative, l’Union Sacrée de la Nation (USN), plateforme soutenant le président Félix Tshisekedi, a choisi la confrontation en accusant les évêques de « subversion ». Une réaction qui suscite des critiques jusque dans ses propres rangs.

Dans une déclaration rendue publique le mardi 23 juin 2026, l’Union Sacrée de la Nation a condamné la position exprimée par la CENCO sur la question constitutionnelle. La majorité présidentielle a estimé que la sortie des évêques constituait « un acte de subversion dirigé contre les institutions légitimes et démocratiquement établies ».

L’USN affirme reconnaître le droit de chaque Congolais de participer au débat démocratique, mais reproche aux responsables religieux d’avoir, selon elle, franchi les limites de leur rôle. Elle rappelle que la RDC est un État laïc et estime que certains membres de la CENCO ne peuvent se substituer aux institutions de la République ni au peuple souverain.

Dans son communiqué, la coalition présidentielle accuse également certains évêques d’agir « en accointance avec Joseph Kabila, Paul Kagame et leurs supplétifs du M23 », une accusation jugée grave par plusieurs observateurs qui y voient une tentative de discréditer une institution religieuse engagée depuis plusieurs années dans les débats nationaux.

Cette sortie n’a toutefois pas fait l’unanimité au sein même de l’Union Sacrée. Selon plusieurs sources internes, certains cadres et députés de la majorité ont quitté la réunion avant la lecture de la déclaration, estimant que le ton adopté contre la CENCO était disproportionné.

« Nous étions nombreux à trouver irresponsable cette déclaration, même si une réaction était nécessaire », a confié une source proche de la coalition. Pour certains membres, une réponse politique au débat constitutionnel aurait été préférable à une attaque frontale contre l’Église catholique.

La réponse de la CENCO ne s’est pas fait attendre. Le secrétaire général de la conférence épiscopale, Mgr Donatien Nshole, a dénoncé une démarche qu’il considère comme une diversion face aux véritables urgences du pays.

« Le pays va très mal. Le pays est en danger », a-t-il déclaré, rappelant que la RDC fait face à de graves défis sécuritaires, humanitaires et sanitaires. Pour lui, le débat sur la Constitution ne devrait pas occulter les préoccupations quotidiennes des Congolais, notamment l’insécurité persistante dans l’Est du pays et les crises qui frappent plusieurs provinces.

Mgr Nshole a rejeté l’idée selon laquelle la position de la CENCO serait celle de « quelques évêques ». Il affirme que la déclaration a été adoptée à l’unanimité par les évêques présents, dénonçant une « malhonnêteté intellectuelle » dans la manière dont la majorité présidentielle aurait présenté la position de l’Église.

« Accuser la CENCO de subversion, c’est une diversion », a-t-il martelé, rappelant que l’Église catholique avait déjà joué un rôle critique dans la vie politique congolaise lors des périodes précédentes.

Le prélat a également soulevé une question sensible en évoquant l’hypothèse d’un arrangement entre Kinshasa et Kigali. Selon lui, organiser un référendum dans le contexte actuel, alors qu’une partie du territoire national reste confrontée aux violences et aux occupations, pourrait accentuer les risques de fragmentation du pays.

Pour la CENCO, la priorité devrait être la restauration de la paix, la défense de l’intégrité territoriale et la cohésion nationale avant toute réforme institutionnelle majeure.

Cette confrontation entre l’Union Sacrée et la CENCO illustre une fracture profonde autour de l’avenir politique de la RDC. Derrière le débat constitutionnel se joue une question essentielle : celle de la gouvernance du pays, de la confiance entre dirigeants et citoyens, et de la capacité des institutions à répondre aux attentes d’une population confrontée à de multiples crises.

Alors que le pouvoir affirme vouloir donner la parole au peuple à travers un éventuel référendum, ses opposants et plusieurs voix de la société civile craignent qu’une telle démarche ne serve à prolonger le pouvoir en place. La CENCO, pour sa part, maintient sa position et appelle à privilégier la stabilité nationale avant toute modification des règles fondamentales de la République.

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