Lancée officiellement ce mardi à Kinshasa, la Coalition Article 64 promet d’utiliser toutes les dispositions prévues par l’article 64 de la Constitution pour empêcher toute révision constitutionnelle et faire barrage à un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi.

L’opposition congolaise a officiellement lancé, ce mardi à Kinshasa, la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), une nouvelle plateforme politique créée pour contrer toute tentative de modification de la Constitution en République démocratique du Congo.

La cérémonie s’est tenue dans une salle Boboto pleine à craquer, où militants, cadres politiques et sympathisants de l’opposition ont répondu massivement à l’appel des initiateurs de cette coalition.

Plusieurs grandes figures politiques de l’opposition étaient associées à cette sortie officielle, notamment Jean-Marc Kabund-A-Kabund, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Delly Sesanga.

À travers cette initiative, l’opposition entend afficher une opposition frontale à toute réforme constitutionnelle susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi ou à un glissement du calendrier électoral.

Dans leur déclaration politique, les membres de la coalition ont dressé un tableau alarmant de la situation du pays. Ils dénoncent « la dégradation continue de la situation sécuritaire, politique, économique, sociale et institutionnelle » de la RDC, marquée selon eux par l’insécurité persistante dans l’Est, les massacres de civils, les déplacements massifs des populations, l’affaiblissement des institutions de la République ainsi que les atteintes répétées aux libertés fondamentales.

Les signataires accusent également le pouvoir de détourner l’attention des priorités nationales au profit d’un agenda politique centré sur la modification de la Constitution. Selon eux, alors que le pays traverse une grave crise sécuritaire et sociale, le régime de Félix Tshisekedi chercherait à consolider son pouvoir à travers ce qu’ils qualifient de « coup d’État constitutionnel ».

La Coalition Article 64 s’est particulièrement attaquée au discours du pouvoir établissant un lien entre le projet de changement de Constitution et l’Accord de Washington conclu en décembre 2025. Ces derniers mois, certains responsables proches du pouvoir ont évoqué des impératifs économiques contenus dans cet accord pour défendre la nécessité d’une réforme constitutionnelle.

L’opposition rejette fermement cette justification. Pour les responsables de la C64, il s’agit d’une tentative de manipulation politique visant à donner une légitimité internationale à un projet déjà envisagé bien avant la signature de cet accord.

« Rejetons la manipulation de Félix Tshisekedi de lier son projet à l’Accord de Washington entériné en décembre 2025, alors que son projet de changement de Constitution date de 2024 », ont insisté les membres de la coalition lors de leur déclaration officielle.

Pour eux, l’argument économique avancé par le pouvoir ne saurait justifier une remise en cause des principes fondamentaux de la Constitution du 18 février 2006, notamment les dispositions verrouillées relatives au mandat présidentiel.

Les opposants rappellent que l’article 220 de la Constitution interdit toute révision portant sur le nombre et la durée des mandats du président de la République. Ils considèrent cette disposition comme une garantie essentielle contre toute dérive autoritaire.

« Le mandat présidentiel est une mission sacrée limitée dans la durée à cinq ans renouvelable une seule fois », ont-ils affirmé, ajoutant que l’article 220 est « contre toute tentative de profanation » de la Constitution.

La coalition s’appuie également sur l’article 64 de la Loi fondamentale, qui impose à tout Congolais le devoir de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir en violation de la Constitution. Les responsables de la plateforme annoncent ainsi qu’ils exploiteront « toutes les dispositions conférées par l’article 64 » pour défendre l’ordre constitutionnel.

Dans leur déclaration, les membres de la C64 dénoncent aussi ce qu’ils présentent comme une dérive autoritaire du régime actuel. Ils accusent le pouvoir de multiplier les arrestations arbitraires, de restreindre les libertés publiques et de s’appuyer sur des structures parallèles comme les « Forces du progrès », qualifiées de milice politique.

Les initiateurs de la coalition évoquent également l’existence d’une « police politique » à travers le Conseil national de cyberdéfense (CNC), qu’ils accusent d’être utilisé pour surveiller et intimider les opposants.

Au-delà du combat institutionnel, la Coalition Article 64 veut désormais mobiliser la population autour de la défense de la Constitution. Elle appelle les Congolais à une « vigilance citoyenne » permanente face à toute tentative de modification de l’ordre constitutionnel.

Les responsables de la plateforme ont aussi fixé clairement leur position sur l’élection présidentielle de 2028. Selon eux, Félix Tshisekedi effectue actuellement son second et dernier mandat à la tête du pays.
« Il n’y aura ni troisième mandat, ni glissement, ni changement de Constitution », ont martelé les opposants devant leurs militants.

La coalition affirme qu’à partir du 19 mai 2026, il reste exactement 852 jours avant la convocation constitutionnelle de l’élection présidentielle de 2028. Pour elle, « le compte à rebours démocratique est enclenché ».

Dans une déclaration particulièrement ferme, les membres de la C64 ont averti qu’aucun prétexte, qu’il soit sécuritaire, sanitaire ou diplomatique, ne pourra justifier le maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de 2028.

Par cette démonstration politique à Kinshasa, l’opposition congolaise entend désormais faire de la défense de la Constitution son principal cheval de bataille dans la perspective des prochaines échéances électorales.

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