Alors que la crise impliquant l’AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo concentre aujourd’hui l’essentiel de l’attention politique, militaire et diplomatique, une autre menace continue de frapper les populations civiles dans un relatif silence : celle des Allied Democratic Forces.
Actif depuis plusieurs années dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ce groupe armé est régulièrement accusé de mener des attaques meurtrières contre des villages isolés. Massacres de civils, enlèvements, incendies d’habitations et déplacements forcés continuent d’être signalés dans plusieurs territoires, alimentant un climat d’insécurité chronique.
Pour plusieurs observateurs, la focalisation actuelle des autorités de Kinshasa sur les affrontements avec l’AFC/M23 a progressivement relégué au second plan la lutte contre les Allied Democratic Forces, pourtant considérés comme l’un des groupes armés les plus violents opérant dans cette partie du pays.
Malgré les opérations militaires conjointes Shujaa, menées par les Forces armées de la République démocratique du Congo et l’Uganda People’s Defence Force, les attaques attribuées aux Allied Democratic Forces continuent d’être signalées dans plusieurs zones rurales.
La dernière incursion rapportée remonte à la nuit du 11 au 12 mars 2026 dans le groupement Enjewa, chefferie des Bombo, en territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri. Des hommes armés non encore formellement identifiés ont attaqué les zones minières de Muchacha ainsi que le centre de négoce de Mavuvu, provoquant la mort de deux civils et la fuite de nombreux habitants.
Les premières informations ont été relayées par Jospin Paluku Mbowa, coordonnateur de la Nouvelle Société Civile Congolaise en territoire de Mambasa. Selon lui, l’attaque aurait été lancée vers 20 heures contre les sites miniers de Muchacha et Mavuvu.
L’incursion a provoqué l’incendie de plusieurs habitations et semé la panique parmi les habitants et les exploitants miniers. Une partie de la population a passé la nuit à la belle étoile avant de fuir vers Badengaido, chef-lieu de la chefferie des Bombo.
Selon les mêmes sources locales, plusieurs civils seraient encore bloqués du côté de Muchacha, au-delà de la rivière Ituri, faute de moyens pour traverser et rejoindre des zones considérées comme plus sûres.
Dans de nombreuses localités du Nord-Kivu et de l’Ituri, les populations continuent ainsi de vivre sous la menace permanente d’attaques nocturnes et d’embuscades, malgré les opérations militaires en cours.
Pour plusieurs analystes sécuritaires, cette situation rappelle que la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo ne se limite pas aux affrontements impliquant l’AFC/M23. Elle met également en lumière le risque de voir certaines menaces, comme celle des Allied Democratic Forces, devenir progressivement des crises oubliées alors qu’elles continuent d’affecter durement les populations civiles.
