La stratégie de « soft power » sportif du gouvernement congolais se retourne aujourd’hui contre ses promoteurs. Après une plainte déposée par deux citoyens congolais résidant en France, le parquet de Monaco a ouvert une enquête visant le partenariat conclu entre l’État congolais et l’AS Monaco. Au cœur de la controverse : un contrat de 4,8 millions d’euros sur trois ans, signé en 2025 dans le cadre de la campagne de promotion « RD Congo – Cœur de l’Afrique ».

Cette procédure judiciaire intervient dans un contexte déjà explosif à Kinshasa, où l’opposition parlementaire s’empare du dossier pour dénoncer une politique sportive jugée opaque et déconnectée des réalités du football congolais.

Une enquête ouverte à Monaco

La plainte, initialement déposée en septembre auprès du parquet national financier en France, a finalement été transmise à la justice monégasque. Le parquet de Monaco a décidé d’ouvrir une enquête en début de semaine afin d’examiner les conditions de ce partenariat entre le club de la Principauté et le gouvernement congolais.

Selon l’avocat des plaignants, Me Hervé Diakiésé, ce contrat n’apporterait aucun bénéfice réel au football en RDC. Pour lui, il s’agit avant tout d’une opération d’image coûteuse pour un pays dont les infrastructures sportives sont en crise.

« Si c’est pour promouvoir l’attractivité du Congo, la plupart des États européens dissuadent leurs citoyens de se rendre en RDC à cause de l’insécurité », déplore-t-il. « Cet argent sert peut-être à floquer les maillots d’entraînement de clubs européens, mais il aurait pu permettre au championnat local de se dérouler normalement. Nos stades ne sont même plus homologués. »

L’avocat pointe également des irrégularités présumées dans les mécanismes de déblocage des fonds, qui, selon ses clients, n’auraient pas respecté les procédures budgétaires habituelles.

Une stratégie de partenariats controversée

Le partenariat avec Monaco n’est pas un cas isolé. Le gouvernement congolais a multiplié ces dernières années les accords avec de grands clubs européens dans le cadre d’opérations de visibilité internationale. Des contrats ont également été signés avec le FC Barcelone et l’AC Milan, pour des montants encore plus élevés.

Officiellement, ces accords visent à renforcer l’image de la RDC sur la scène internationale et à attirer investissements et tourisme. Mais pour de nombreux observateurs, la stratégie ressemble davantage à une campagne de communication coûteuse, sans retombées tangibles pour le sport national.

Sur le terrain, le football congolais traverse une crise profonde : infrastructures délabrées, stades non homologués, compétitions nationales régulièrement perturbées et clubs en manque chronique de financement.

La colère monte au Parlement

L’affaire prend désormais une tournure politique. À l’Assemblée nationale, plusieurs députés ont décidé de passer à l’offensive contre le ministre des Sports, Didier Budimbu Ntubuanga.

Selon des documents consultés par RFI, une motion de défiance a été initiée par le député Alain Stallone Mavungu. Parmi les griefs : les partenariats avec les clubs européens, la lenteur dans la réhabilitation des stades, mais aussi le manque de transparence entourant l’envoi de 600 supporters congolais au Maroc lors de la dernière CAN.

Certains députés affirment que plusieurs de ces supporters seraient en réalité des personnes auxquelles le ministère aurait facilité les démarches pour s’installer à l’étranger.

Selon une source proche du dossier, le seuil des 50 signataires nécessaires a déjà été atteint, ouvrant la voie au dépôt officiel de la motion avant le 15 mars, date de la prochaine session plénière.

Une affaire révélatrice

Au-delà du football, cette affaire met en lumière un débat plus large sur l’utilisation des fonds publics en RDC. Pour les critiques du gouvernement, investir des millions d’euros dans la visibilité internationale alors que les infrastructures sportives nationales sont à l’abandon relève d’un choix politique difficilement défendable.

Entre enquête judiciaire à Monaco et bataille politique à Kinshasa, le dossier pourrait devenir l’un des symboles des tensions autour de la gouvernance et de la transparence dans la gestion des ressources publiques congolaises.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *