Invité de l’émission Décrypta sur Télé Shaba, l’ancien ministre belge André Flahaut s’est exprimé sur la crise sécuritaire et politique qui secoue l’est de la République démocratique du Congo. Ses déclarations, notamment sur la question du dialogue inclusif, suscitent toutefois des interrogations, tant l’homme politique belge est considéré comme proche du président congolais Félix Tshisekedi.
Interrogé sur la possibilité d’une solution à la crise par un dialogue inclusif, option soutenue par plusieurs partenaires internationaux, Flahaut a pris ses distances avec cette approche.
« Le seul dialogue vrai, c’est le dialogue avec la population de base », a-t-il affirmé, estimant que les solutions doivent venir directement des Congolais et non d’injonctions extérieures.
Une position qui, en apparence, semble défendre la souveraineté congolaise. Mais dans le contexte politique actuel, certains observateurs y voient surtout un argument qui rejoint la ligne défendue par le pouvoir de Kinshasa, souvent réticent face aux initiatives de dialogue politique élargi.
Une critique de l’Occident… venue d’un responsable occidental
Dans son intervention, André Flahaut s’est interrogé sur la légitimité de plusieurs puissances occidentales, notamment la Belgique, la France ou encore les États-Unis, à exiger un dialogue inclusif entre acteurs congolais.
« La Belgique a exigé un dialogue inclusif, la France, même le Congrès américain », a-t-il rappelé, avant de s’interroger :
« En quoi ces pays peuvent-ils imposer aux Congolais ce qu’ils doivent faire ? »
L’argument n’est pas nouveau dans le débat congolais. Mais il peut surprendre venant d’un ancien ministre belge, issu d’un pays dont l’histoire et l’influence restent profondément liées à celle de la RDC.
Pour certains analystes, cette posture critique à l’égard de la communauté internationale masque mal un positionnement politique aligné sur le pouvoir en place à Kinshasa.
Un discours qui évite la question du dialogue politique
Dans sa réponse, Flahaut insiste sur la nécessité d’écouter les populations locales et de tenir compte des réalités diverses d’un pays continent comme la RDC.
Il évoque les différences entre Lubumbashi, Kisangani, Goma ou encore Boma, pour illustrer la complexité du territoire congolais.
Mais ses propos éludent une question centrale : celle du dialogue entre acteurs politiques, souvent réclamé par l’opposition et plusieurs partenaires internationaux pour désamorcer les tensions politiques et sécuritaires.
En privilégiant un dialogue direct avec « la population de base », l’ancien ministre belge semble ainsi écarter la nécessité d’un cadre politique structuré, pourtant considéré par beaucoup comme indispensable à une sortie de crise.
Une proximité politique assumée
La prise de position d’André Flahaut ne peut être analysée sans tenir compte de ses relations connues avec le président Félix Tshisekedi, avec lequel il entretient depuis plusieurs années des rapports politiques cordiaux.
Cette proximité alimente les critiques de ceux qui estiment que certaines voix européennes soutenant Kinshasa tendent à relayer les arguments du pouvoir, plutôt qu’à encourager un dialogue politique réellement inclusif.
Dans un pays où les tensions politiques restent vives et où la guerre à l’est continue de fragiliser les institutions, la question demeure entière : le refus d’un dialogue inclusif peut-il réellement contribuer à construire une paix durable ?
