À Kinshasa, une partie de la société civile entend changer de stratégie face au pouvoir. Portée par la Coalition Citoyenne Urgence DRC, une campagne de mobilisation et de désobéissance civile est désormais revendiquée ouvertement. Son deuxième coordinateur, Victor Tesongo, appelle à rompre avec les logiques de compromis et à installer un nouveau rapport de force avec le régime de Félix Tshisekedi. Une offensive dont les contours restent à préciser, mais qui témoigne du durcissement du climat politique congolais.

Le vocabulaire n’est plus celui de la simple contestation. À travers un appel présenté comme un tournant, Victor Tesongo veut refermer la parenthèse des compromis et ouvrir celle de la confrontation politique. Le deuxième coordinateur de la Coalition Citoyenne Urgence DRC exhorte les Congolais à se mobiliser contre ce qu’il décrit comme un système politique verrouillé, marqué par la concentration du pouvoir et une répression croissante de la contestation.

Avec le soutien annoncé de 33 organisations de la société civile, le militant des droits humains défend une stratégie de « rupture radicale ». Un changement de ton qui intervient dans un contexte congolais déjà traversé par les débats sur l’avenir institutionnel, les tensions politiques et les appels concurrents au dialogue.

Le dialogue désormais dans le viseur

Pour Urgence DRC, le temps des discussions à répétition serait révolu. Le collectif estime que les différents mécanismes de dialogue expérimentés ces dernières années n’ont pas permis, selon lui, de résoudre les crises politiques et institutionnelles du pays.

Victor Tesongo récuse notamment toute négociation organisée selon les termes du pouvoir. Dans sa vision, un éventuel processus de sortie de crise ne pourrait être crédible que s’il débouchait sur une transition politique excluant Félix Tshisekedi de sa conduite.

La revendication est lourde de conséquences. Elle revient à contester non seulement certaines décisions du pouvoir, mais également sa capacité à piloter lui-même une éventuelle séquence de transition.

Pour ses promoteurs, la rue doit donc reprendre une place centrale dans l’équation politique congolaise.

La désobéissance civile comme levier

C’est le premier pilier de la stratégie annoncée par la coalition. Urgence DRC appelle à une mobilisation citoyenne susceptible de se traduire par des formes de désobéissance civile.

Le collectif présente cette démarche comme une réponse politique à ce qu’il considère comme un affaiblissement des contre-pouvoirs. Son objectif est de faire peser sur les autorités une pression suffisamment forte pour les contraindre à revoir leur méthode de gouvernance.

Mais la réussite d’une telle stratégie dépendra de sa capacité à dépasser le cercle des organisations militantes et à toucher une population largement préoccupée par les questions économiques, sécuritaires et sociales.

Dans un pays de plus de cent millions d’habitants, la rue n’est jamais un acteur politique neutre. Elle peut devenir une force de pression considérable, mais également exposer les mobilisations à des risques de répression et de récupération politique.

Le front des ressources naturelles

Dans son offensive, Urgence DRC entend également s’attaquer à la gestion des ressources du pays. La coalition dénonce ce qu’elle présente comme un système de prédation économique et accuse des proches du pouvoir de tirer profit des richesses nationales.

Ces accusations, qui doivent être étayées par des éléments vérifiables, rejoignent néanmoins une préoccupation ancienne du débat public congolais : comment transformer l’abondance des ressources naturelles en amélioration concrète des conditions de vie ?

Pour Tesongo, la réponse passe par une mobilisation populaire destinée à empêcher ce qu’il qualifie de « pillage » des ressources publiques et naturelles.

La question est d’autant plus sensible que le secteur minier demeure au centre des intérêts économiques et géopolitiques de la RDC.

La peur comme instrument de contrôle

Autre cible de l’activiste : les appareils sécuritaires et les mécanismes de surveillance de l’espace numérique.

Victor Tesongo affirme que les Congolais doivent cesser de céder à la peur et accuse plusieurs structures de participer à un système de répression. Il cite notamment le Conseil national de cyberdéfense et l’Agence nationale de renseignements.

La coalition avance par ailleurs le chiffre de plus de 1 500 victimes qu’elle associe à cette politique. Ce bilan, présenté par ses responsables, demande à être confronté à des sources indépendantes avant de pouvoir être considéré comme établi.

Au-delà des chiffres, le message politique est limpide : faire de la peur non plus un instrument de contrôle, mais un motif supplémentaire de mobilisation.

« Nous ne plierons pas devant les bourreaux », affirme ainsi Victor Tesongo.

Internationaliser la pression

L’offensive ne se limite pas au territoire congolais. Urgence DRC affirme avoir saisi ou engagé des démarches auprès de juridictions étrangères, notamment au Canada et en Europe.

La coalition entend ainsi donner une dimension internationale à ses accusations contre certains responsables et obtenir des réponses judiciaires en dehors du cadre national.

Mais ses dirigeants ne semblent pas compter uniquement sur les tribunaux étrangers. Pour eux, la pression internationale ne pourra produire des résultats qu’en présence d’une mobilisation populaire suffisamment forte à l’intérieur du pays.

Cette stratégie à deux niveaux — pression juridique à l’étranger et mobilisation citoyenne en RDC — constitue désormais l’un des axes revendiqués par le collectif.

Aux partenaires étrangers : « choisissez votre camp »

Victor Tesongo adresse également un message aux partenaires internationaux de Kinshasa.

Urgence DRC réclame la fin de tout soutien financier, militaire ou diplomatique susceptible, selon elle, de contribuer au maintien du pouvoir actuel. La coalition accuse les partenaires de la RDC de fermer les yeux sur les dérives qu’elle dénonce.

Une revendication qui intervient dans un environnement diplomatique particulièrement complexe. La RDC demeure un acteur stratégique de l’Afrique centrale, confronté à une guerre persistante dans l’Est et engagé dans plusieurs processus diplomatiques régionaux et internationaux.

Pour les partenaires de Kinshasa, le dilemme est donc délicat : accompagner l’État congolais dans la recherche de stabilité tout en répondant aux critiques concernant la gouvernance et le respect des libertés publiques.

Une contestation qui cherche son second souffle

L’appel de Victor Tesongo intervient à un moment où le débat politique congolais semble se déplacer progressivement vers la question du rapport de force.

Après les mobilisations, les prises de position et les appels au dialogue, une partie de l’opposition et de la société civile cherche désormais à imposer une autre méthode : celle de la pression citoyenne permanente.

Mais entre l’appel à la désobéissance et sa traduction concrète, le fossé peut être considérable. Pour devenir une véritable force politique, le mouvement devra démontrer sa capacité à fédérer au-delà des organisations signataires, à structurer ses revendications et surtout à préserver le caractère pacifique de ses mobilisations.

Car c’est là tout l’enjeu de cette nouvelle séquence. Dans une RDC profondément fragmentée politiquement, transformer la colère en mouvement collectif constitue une entreprise autrement plus complexe que de lancer un appel.

Pour Victor Tesongo et Urgence DRC, le choix semble pourtant arrêté : ne plus attendre une issue négociée à huis clos, mais provoquer un changement de rapport de force depuis la société.

La rue, désormais, est appelée à devenir le principal terrain de cette bataille.

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