À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Professeur Freddy Kaniki, chercheur de renom et acteur politique, signe une tribune d’une rare intensité publiée le 30 juin 2026 dans La Libre Belgique. Dans un texte à la fois personnel, lucide et résolument tourné vers l’avenir, l’homme de Kamombo invite les Congolais à dépasser les replis identitaires pour reconstruire une nation fondée sur la tolérance, la justice et une citoyenneté partagée.
À rebours des discours convenus qui accompagnent souvent les célébrations de l’indépendance, le Professeur Kaniki choisit d’affronter les vérités qui dérangent. Son analyse met en lumière les blessures profondes qui continuent de fragiliser la cohésion nationale depuis plus de six décennies. Selon lui, les conflits présentés comme de simples affrontements communautaires cachent bien souvent des logiques politiques, entretenues ou instrumentalisées par certains gouvernements et acteurs du pouvoir.
Pour étayer son propos, l’universitaire livre un témoignage d’une profonde émotion. Il révèle avoir perdu son père ainsi que trois de ses frères, victimes de violences liées à leur appartenance identitaire. Un drame familial qui aurait pu nourrir le ressentiment. Pourtant, loin de toute logique de vengeance, Freddy Kaniki transforme cette douleur en un plaidoyer puissant pour la paix, la réconciliation et la responsabilité collective.
À ses yeux, aucune communauté n’est épargnée lorsque l’identité devient un instrument de conquête ou de conservation du pouvoir. Les tragédies qui ont opposé Banyamulenge, Babembe, Bafuliro, Babuyu, Hema, Lendu, Teke, Yaka et bien d’autres communautés rappellent que la violence identitaire constitue une menace pour l’ensemble de la nation congolaise. Plus préoccupant encore, souligne-t-il, ces drames se sont parfois déroulés sous le regard impuissant de l’État, voire avec l’implication de certaines autorités appelées pourtant à protéger tous les citoyens sans distinction.
Mais le message du Professeur Kaniki ne s’arrête pas au constat. Sa tribune porte également une note d’espérance. Il met en avant ces nombreuses femmes et ces nombreux hommes qui, malgré les atrocités subies, refusent de transmettre la haine aux générations futures. Ces témoignages, écrit-il, démontrent qu’il est encore possible de rompre le cycle de la violence à condition d’affronter lucidement les erreurs du passé et d’en tirer les leçons.
Chercheur autant qu’homme politique, Freddy Kaniki estime que la paix ne peut être laissée au hasard. Elle doit être pensée, construite et entretenue par des politiques publiques courageuses. Il plaide pour une tolérance assumée, consciente et intentionnelle, capable de neutraliser les discours de stigmatisation avant qu’ils ne deviennent des programmes politiques ou des stratégies électorales.
Selon lui, la banalisation des discours de haine représente aujourd’hui l’un des plus grands dangers pour l’avenir du Congo. Lorsque les appartenances identitaires prennent le pas sur la citoyenneté, c’est la République elle-même qui vacille. C’est pourquoi il appelle les responsables politiques, les leaders communautaires, les intellectuels et l’ensemble de la société à rompre définitivement avec les logiques d’exclusion.
En guise de perspective, le Professeur Freddy Kaniki propose une véritable refondation du pacte national. Il invite les Congolais à repenser l’identité nationale non comme une juxtaposition d’ethnies ou de communautés, mais comme une appartenance commune à une même République. Le vivre-ensemble, affirme-t-il, ne peut être un simple slogan. Il doit devenir un projet politique, éducatif et culturel porté par toutes les institutions du pays.
Par cette tribune publiée au lendemain de la célébration de l’indépendance, Freddy Kaniki ne se contente pas de revisiter le passé. Il ouvre un débat essentiel sur l’avenir de la République démocratique du Congo. Son message résonne comme un appel à la conscience nationale : faire de la diversité congolaise non plus un facteur de division, mais une richesse capable de consolider l’unité, de restaurer la confiance entre les citoyens et de bâtir un Congo plus juste, plus fort et véritablement réconcilié avec lui-même.
