Ce qui devait être une célébration du football congolais s’est finalement transformé en meeting politique. À Houston, après le match nul historique des Léopards face au Portugal, Félix Tshisekedi a choisi de quitter le terrain du sport pour investir celui de la confrontation politique. Et le moins que l’on puisse dire est que le chef de l’État a laissé derrière lui l’image d’un président rassembleur pour endosser celle d’un homme en campagne permanente.

Le football avait pourtant offert à la RDC un rare moment d’unité nationale. Face à une des plus grandes nations du football mondial, les Léopards ont démontré du courage, de la discipline et un esprit collectif dont le pays aurait bien besoin dans d’autres domaines. Mais au lieu de prolonger cet instant de fierté nationale, le président a rapidement transformé la tribune en plateforme politique, multipliant les promesses militaires, les accusations et les attaques personnelles.

En affirmant que « l’armée congolaise est en train d’écraser l’ennemi » et que Goma ainsi que Bukavu seront bientôt libérées, Félix Tshisekedi a pris un engagement lourd devant l’opinion. Les Congolais ne demandent plus des annonces spectaculaires ; ils demandent des résultats. Depuis plusieurs années, les populations de l’Est vivent au rythme des déplacements forcés, des massacres, des occupations de territoires et des humiliations quotidiennes. Chaque promesse de victoire nourrit l’espoir, mais chaque promesse non tenue alimente davantage la désillusion.

Cependant, le passage le plus préoccupant de son intervention reste sans conteste son attaque contre Joseph Kabila. En qualifiant son prédécesseur de « chien » placé par des forces étrangères pour servir leurs intérêts, le président de la République a franchi une limite que sa fonction lui imposait pourtant de respecter.

La question n’est pas de défendre Joseph Kabila. Son bilan, ses choix politiques et son héritage continueront d’être débattus par les historiens et par les Congolais eux-mêmes. La véritable question est ailleurs : peut-on accepter qu’un chef d’État utilise un langage aussi injurieux envers un ancien président de la République ?

La réponse est non.

Un président n’est pas un militant. Il n’est pas un chroniqueur de télévision ni un influenceur politique. Il incarne la nation tout entière. Lorsqu’il insulte publiquement un ancien chef de l’État, il affaiblit la dignité de l’institution qu’il représente. Il banalise la violence verbale au sommet de l’État et contribue à la dégradation du débat public.

Plus troublant encore, cette sortie révèle une contradiction politique difficile à ignorer. Car celui qui est aujourd’hui présenté comme un traître manipulé par des intérêts étrangers est aussi celui sous le régime duquel Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir lors de la première alternance pacifique de l’histoire du pays. Pendant plusieurs années, les deux hommes ont partagé les leviers du pouvoir dans le cadre d’une coalition politique. À l’époque, les accusations de « chien » ou de « marionnette » n’étaient pas à l’ordre du jour.

Cette réécriture permanente de l’histoire pose un problème de crédibilité. Lorsqu’un dirigeant explique tous les échecs du présent par les fautes du passé, il finit par donner l’impression de fuir sa propre responsabilité.

À Houston, Félix Tshisekedi a également évoqué des « sorciers » présents au sein même du pays. Une formule qui peut faire applaudir une foule acquise à sa cause, mais qui ne répond à aucune des grandes questions que se posent aujourd’hui les Congolais : pourquoi l’insécurité persiste-t-elle ? Pourquoi les groupes armés continuent-ils de gagner du terrain ? Pourquoi les réformes promises tardent-elles à produire des résultats visibles ?

La RDC traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente. À l’Est, la guerre continue. À Kinshasa, la pression sociale monte. Dans plusieurs provinces, la population réclame des réponses concrètes. C’est précisément dans un tel contexte que la parole présidentielle devrait être un facteur d’apaisement, de cohésion et de mobilisation nationale.

Au lieu de cela, Houston aura offert le spectacle d’un président davantage préoccupé par ses adversaires politiques que par la nécessaire unité du pays. Les Congolais ont besoin d’un chef d’État qui rassemble. Pas d’un dirigeant qui gouverne par l’invective. Car lorsqu’un pouvoir commence à remplacer les résultats par les insultes, il révèle souvent ses propres fragilités.

Et ce ne sont ni les tribunes de football ni les applaudissements de circonstance qui changeront cette réalité.

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