Le climat politique se tend un peu plus à Kinshasa. Ce mercredi 27 mai, l’Assemblée nationale examinait la très controversée proposition de loi sur l’organisation du référendum en République démocratique du Congo. Mais au-delà du texte lui-même, c’est surtout la réaction du président de la chambre basse, Aimé Boji, face au boycott de l’opposition qui a marqué les esprits.
« Si l’opposition ne veut pas que le peuple s’exprime, elle est libre de sortir de la plénière. »
Une phrase brève, mais lourde de conséquences politiques. Dans une RDC où toute discussion autour du référendum ou de la Constitution provoque immédiatement tensions et soupçons, cette sortie a été perçue comme une nouvelle provocation par une partie de l’opposition.
Le boycott venait du groupe parlementaire « Ensemble », proche de Moïse Katumbi. Ses députés refusent de participer aux débats autour de cette proposition de loi portée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy. Officiellement, le texte vise simplement à moderniser le cadre légal du référendum, encore basé sur des dispositions héritées de 2005. Les défenseurs du projet parlent d’un ajustement technique destiné à harmoniser les mécanismes référendaires avec la Constitution actuelle.
Mais dans l’opinion publique, peu de Congolais semblent croire à une simple réforme administrative.
Depuis plusieurs semaines, les réseaux sociaux congolais sont en ébullition. Chaque prise de parole sur ce dossier est interprétée comme le signe d’un projet beaucoup plus ambitieux, une éventuelle révision constitutionnelle. Et derrière cette peur se profile une question explosive : celle d’un possible troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Même si la majorité présidentielle rejette officiellement cette hypothèse, la méfiance continue de grandir. Pour plusieurs figures de l’opposition, cette proposition de loi constituerait une première étape destinée à préparer discrètement une modification future de certains verrous constitutionnels.
C’est précisément cette suspicion qui pousse les proches de Moïse Katumbi à dénoncer un « forcing politique ».
Le timing du débat aggrave encore les tensions. L’Est du pays reste marqué par l’insécurité et les affrontements avec la rébellion AFC/M23. Plusieurs provinces vivent toujours sous état de siège. Dans ce contexte, une partie de l’opposition estime qu’ouvrir un débat sur le référendum apparaît totalement déconnecté des priorités nationales.
Pour les adversaires du pouvoir, la majorité cherche surtout à imposer son agenda politique malgré un climat national extrêmement fragile.
Mais la réaction d’Aimé Boji traduit aussi la volonté du camp présidentiel d’afficher sa fermeté. Le pouvoir refuse de donner l’impression qu’il recule face à la pression politique ou médiatique. En invoquant « l’expression du peuple », le président de l’Assemblée nationale tente de placer le débat sur le terrain démocratique.
Le problème, c’est que cette posture risque surtout d’alimenter davantage la méfiance.
Car dans le contexte congolais, la forme compte autant que le fond. En répondant sèchement à l’opposition, Aimé Boji a donné le sentiment que les inquiétudes exprimées par une partie de la population étaient balayées sans véritable débat. Or, c’est précisément l’absence de pédagogie autour de cette réforme qui nourrit aujourd’hui toutes les spéculations.
Pourquoi cette question devient-elle soudainement prioritaire ? Pourquoi engager un débat aussi sensible dans un climat déjà tendu ? Et surtout, pourquoi la majorité peine-t-elle autant à rassurer l’opinion publique ?
Ces interrogations occupent désormais le cœur du débat politique.
Sur les réseaux sociaux, le mot « référendum » est presque automatiquement associé à l’idée de changement constitutionnel. Plusieurs opposants parlent ouvertement de « dérive autoritaire » ou de « coup d’État constitutionnel ». Des acteurs de la société civile alertent eux aussi sur les risques d’une crise politique majeure si le pouvoir continue d’avancer sans consensus.
Même les clarifications de Paul-Gaspard Ngondankoy peinent à calmer les tensions. Le député affirme pourtant que sa proposition « n’ouvre ni référendum immédiat ni troisième mandat ». Selon lui, il s’agit uniquement d’actualiser un dispositif juridique devenu obsolète.
Mais en RDC, les débats liés à la Constitution réveillent des traumatismes politiques encore très présents.
Les souvenirs des tensions sous Joseph Kabila restent vivaces. À l’époque, les soupçons autour du « glissement » du calendrier électoral avaient profondément fracturé le pays. Depuis, une partie de la population voit derrière chaque réforme institutionnelle une possible stratégie de conservation du pouvoir.
Résultat : même une réforme présentée comme technique devient rapidement un sujet explosif.
Le plus inquiétant dans cette séquence politique reste sans doute l’absence de dialogue réel entre majorité et opposition. Chacun campe sur ses positions. L’opposition dramatise le projet et accuse le pouvoir de préparer une révision cachée de la Constitution. De son côté, la majorité minimise les inquiétudes et accuse ses adversaires de manipulation politique.
Entre les deux, la population assiste à un dialogue de sourds.
Pourtant, la question du référendum dépasse largement les intérêts des camps politiques. Elle touche directement au contrat démocratique entre les citoyens et les institutions. Dans un pays fragilisé par la guerre, la crise sociale et une profonde méfiance envers la classe politique, toute initiative liée à la Constitution devrait normalement faire l’objet d’un large consensus national.
À défaut, le risque est réel de voir ce débat devenir une nouvelle source de fracture politique.
En voulant afficher son autorité face au boycott de l’opposition, Aimé Boji a peut-être marqué des points au sein de la majorité présidentielle. Mais sa sortie risque surtout d’avoir renforcé l’idée que le débat sur le référendum avance dans un climat de tension, de suspicion et de méfiance généralisée.
Et dans la RDC actuelle, cela suffit déjà à rendre la situation particulièrement explosive.
