Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo prend une tournure de plus en plus tendue. Dans un communiqué rendu public ce vendredi 8 mai 2026, le mouvement citoyen LUCHA (Lutte pour le Changement) a vivement dénoncé les récentes déclarations du président Félix Tshisekedi concernant une possible révision constitutionnelle et l’organisation d’un référendum.

Le mouvement citoyen qualifie ces propos « d’anticonstitutionnels » et de « dangereux pour la paix et la stabilité du pays », accusant le chef de l’État de vouloir ouvrir la voie à un maintien au pouvoir au-delà des limites fixées par la Constitution actuelle.

Cette sortie intervient au lendemain de la conférence de presse tenue par Félix Tshisekedi à Kinshasa, au cours de laquelle il s’est dit prêt à accepter un troisième mandat « si le peuple le veut », tout en affirmant qu’une éventuelle révision constitutionnelle devrait passer par un référendum populaire.

La LUCHA brandit l’article 220

Au cœur de la polémique figure l’article 220 de la Constitution congolaise, considéré comme verrouillant certaines dispositions fondamentales, notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels. Selon la LUCHA, les déclarations du président et les initiatives engagées par certains cadres de l’Union sacrée constituent une tentative de contournement de cet article.

Le mouvement estime que le débat lancé autour d’une réforme constitutionnelle cache en réalité une stratégie politique destinée à prolonger le règne du président Tshisekedi au-delà de 2028.

Depuis plusieurs semaines, plusieurs figures de la majorité présidentielle multiplient les prises de position favorables à une réforme de la Constitution. Une commission de collecte des propositions de révision a même été annoncée par l’Union sacrée, alimentant davantage les soupçons d’un projet de modification institutionnelle.

Une contradiction dénoncée sur les élections et le référendum

Dans son communiqué, la LUCHA souligne également ce qu’elle considère comme une contradiction majeure dans le discours du chef de l’État.
Le président Tshisekedi a récemment laissé entendre que l’insécurité persistante dans l’Est du pays pourrait empêcher l’organisation des élections générales prévues en 2028, notamment à cause de l’occupation de plusieurs territoires par les rebelles de l’AFC/M23.

Pour la LUCHA, il est incohérent d’évoquer l’impossibilité d’organiser des élections sur toute l’étendue du territoire national tout en envisageant simultanément l’organisation d’un référendum constitutionnel dans les mêmes conditions sécuritaires.

Le mouvement citoyen estime qu’un tel processus risquerait de remettre en cause la légitimité des institutions et d’accentuer les tensions politiques dans un contexte déjà marqué par la guerre dans l’Est du pays.

Le spectre du « glissement » refait surface

Cette nouvelle controverse ravive les souvenirs de la crise politique survenue sous l’ancien président Joseph Kabila, lorsque les élections de 2016 avaient été reportées, provoquant de violentes manifestations et une profonde instabilité politique.

Plusieurs opposants et organisations citoyennes redoutent aujourd’hui un scénario similaire. Reuters rapporte que les propos de Félix Tshisekedi sur un éventuel troisième mandat et un possible report des élections ont déjà suscité une vague de critiques au sein de l’opposition congolaise.

La LUCHA affirme, de son côté, qu’ouvrir un chantier constitutionnel alors que le pays fait face à une grave crise sécuritaire relève d’une « erreur politique grave ». Le mouvement appelle plutôt les autorités à concentrer leurs efforts sur la restauration de la paix dans l’Est et sur l’amélioration des conditions sociales de la population.

Appel au respect de la Constitution

Face à cette situation, la LUCHA exige le respect strict de la Constitution actuelle, particulièrement des dispositions jugées non révisables. Elle appelle également à un dialogue national sincère centré sur les préoccupations réelles des Congolais, notamment la sécurité, la souveraineté nationale et les conditions de vie des populations.

Le mouvement insiste enfin sur la nécessité de trouver une solution durable à la crise sécuritaire dans l’Est du pays, où les affrontements impliquant les rebelles de l’AFC/M23 continuent d’alimenter une instabilité chronique.

Alors que le débat sur la réforme constitutionnelle prend de l’ampleur, la RDC semble entrer dans une nouvelle phase de tension politique où se mêlent questions institutionnelles, ambitions présidentielles et crise sécuritaire persistante.

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