Le conflit entre Moïse Katumbi et son frère aîné Raphaël Katebe Katoto prend une nouvelle tournure judiciaire. Accusé de spoliation sur plusieurs biens, Moïse Katumbi voit aujourd’hui ressurgir des transactions vieilles de plusieurs années. Pourtant, les documents présentés autour de Lofoï, Kashobwe et Futuka font apparaître des ventes, des paiements et des actes signés. Le contexte politique, lui, soulève une autre interrogation : la justice traite-t-elle un simple contentieux patrimonial ou assiste-t-on à une nouvelle instrumentalisation judiciaire contre un opposant politique ?

Lofoï : une transaction à 1,25 million de dollars

À 22, avenue Lofoï, dans le quartier Golf à Lubumbashi, se trouve une villa au cœur du dossier.

En 2001, la maison est inachevée et les travaux sont arrêtés. Raphaël Katebe Katoto cherche à la vendre. Il la propose d’abord à Laurent-Désiré Kabila, qui refuse, puis à Nazem Nazembe, pour 450 000 dollars.

Moïse Katumbi, alors installé en Afrique du Sud et actif dans les affaires en Zambie et en Afrique australe, apprend que son frère veut vendre cette dernière maison familiale de Lubumbashi. Il propose de l’acquérir.

Le prix passe à 1,5 million de dollars, avant d’être négocié à 1,25 million. Katumbi verse 1 million de dollars.

Le 11 juillet 2003, Katebe lui adresse depuis Bruges une lettre manuscrite réclamant le solde. Il accorde trois mois pour régler la situation, faute de quoi la vente est annulée et le million déjà versé considéré comme une indemnité forfaitaire d’occupation.

Un montant de 50 000 dollars est ensuite payé afin de permettre à Katebe d’honorer un crédit auprès de Trust Merchant Bank. Reste alors 200 000 dollars.

À la BCDC Lubumbashi, la banque contacte Katebe avant le transfert afin de confirmer que ces 200 000 dollars correspondent bien au solde de la vente. Il confirme et reçoit le paiement.

Un acte manuscrit signé par Katebe reconnaît la vente de la villa à Moïse Katumbi. Une quittance du 28 avril 2005 confirme la réception des 200 000 dollars. Un autre document daté du 11 décembre 2006, établi sur le papier à en-tête de Katebe Holding, confirme encore l’opération.

Le total est précis : 1 000 000 + 50 000 + 200 000 = 1 250 000 dollars.

Selon les éléments rapportés, le bâtonnier Jean-Claude Muyambo, qui assistait Katebe à cette époque, intervient également dans cette opération.

Kashobwe : un acte signé en 2006

À Kashobwe, le bien concerné représente 60 mètres sur 40, soit 2 400 m², sur les rives de la Luapula.

Katebe explique alors avoir récupéré ce bien familial et Moïse Katumbi l’acquiert dans le cadre de ses achats de terrains le long de la rivière.

Un acte signé à Bruxelles le 28 décembre 2006 établit la vente des bâtiments de Kashobwe à Katumbi pour des usages commerciaux et privés. Une autre vente, concernant un bâtiment à Kalemie, intervient le même jour.

Un élément chronologique est capital : Moïse Katumbi ne devient gouverneur du Katanga qu’en janvier 2007. L’acte de Kashobwe est donc antérieur à son entrée en fonction.

Futuka : 21 hectares, pas 6 000

Le cas de Futuka donne lieu à une autre confusion.

Le terrain concerné par l’ancienne propriété de Katebe représente 21 hectares, et non 6 000.

Après l’entrée de l’AFDL, Katebe vend ces 21 hectares à Longo Longo pour environ 30 000 dollars.

Après son retour au pays en 2003, Moïse Katumbi acquiert progressivement plusieurs terrains voisins : 100 hectares, 200 hectares, 300 hectares, auprès de différents propriétaires.

Il achète ensuite à Longo Longo les 21 hectares de Futuka pour 80 000 dollars. Les premiers investissements commencent en 2006.

La chaîne de propriété présentée est donc : Katebe → Longo Longo → Katumbi.

Et surtout, Futuka ne correspond pas à Mashamba : Futuka représente 21 hectares, tandis que Mashamba en représente 6 000.

2016 : Katebe défendait Katumbi

Le précédent de 2016 est particulièrement important.

Le 21 juin 2016, le tribunal de paix de Kamalondo condamne Moïse Katumbi à trois ans de prison et 1 million de dollars de dommages et intérêts dans une affaire immobilière l’opposant à Alexandros Stoupis.

Le dossier disparaît ensuite après la fuite de deux greffiers.

En avril 2019, la Cour de cassation annule la condamnation, notamment parce que le tribunal avait statué malgré une demande de renvoi pour suspicion légitime, portant atteinte aux droits de la défense.

Mais en 2016, Raphaël Katebe Katoto prend publiquement la défense de son frère. Le 26 juin, il dénonce Stoupis comme un imposteur et parle d’un « propriétaire fabriqué de toutes pièces par les services de sécurité ». Le 12 juillet, il dépose lui-même une plainte pour faux et usage de faux.

En 2017, les deux frères rompent politiquement. Katebe se rapproche du camp de Joseph Kabila et participe à la campagne d’Emmanuel Ramazani Shadary.

2022 : le précédent judiciaire

Le 9 décembre 2022, le juge Laurent Batubenga Ilunga, président du tribunal de commerce de Lubumbashi, démissionne et adresse une lettre au président de la République.

Il y dénonce des pressions qu’il attribue notamment à Peter Kazadi, alors cadre de l’UDPS, devenu ensuite vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur. Le magistrat affirme qu’un intermédiaire voulait l’amener à agir afin de « priver un adversaire politique des ressources financières » nécessaires pour affronter le pouvoir aux élections.

L’affaire concernait notamment le conflit entre Katumbi et Pascal Beveraggi, autour de MCK, avec des saisies impliquant Octavia Limited et NB Mining Africa.

La lettre devient publique le 12 décembre 2022. Peter Kazadi nie les accusations et affirme n’avoir jamais parlé au juge.

2026 : une nouvelle procédure dans un contexte politique tendu

En juillet 2026, Katebe mène des consultations dans le Haut-Katanga auprès des forces vives et affirme agir sous mandat du chef de l’État.

Quelques semaines plus tard, il saisit la Cour de cassation contre son frère. Le parquet général près cette juridiction demande l’ouverture d’une procédure.

Cette séquence intervient alors que le président de la République appelle à la cohésion et organise un dialogue national.

Le nom de Peter Kazadi circule à nouveau, mais aucun élément établi ne démontre son intervention personnelle dans la procédure actuelle.

C’est précisément pourquoi la justice doit travailler sur les pièces et non sur les rapports de force politiques.

Des documents qui imposent un véritable examen

Les éléments présentés ne permettent pas de transformer automatiquement les accusations en vérité judiciaire.

Ils imposent au contraire de vérifier les actes, les paiements, les dates et les chaînes de propriété.

Pour Lofoï, les montants atteignent 1,25 million de dollars et plusieurs documents retracent la transaction. Pour Kashobwe, un acte de vente est daté du 28 décembre 2006. Pour Futuka, les 21 hectares passent de Katebe à Longo Longo avant leur acquisition par Katumbi.

Face à cela, une procédure judiciaire doit rester indépendante, contradictoire et rigoureuse.

Moïse Katumbi doit être jugé sur les preuves, pas sur son statut d’opposant. Et si les documents produits établissent effectivement des ventes régulièrement conclues et payées, aucune recomposition politique ne peut suffire à transformer ces transactions en spoliation.

L’enjeu dépasse donc le conflit entre deux frères : il concerne la capacité de la justice congolaise à traiter un dossier politiquement sensible sans devenir un prolongement du combat politique.

Dans cette affaire, les accusations doivent être confrontées aux actes. Et les actes, eux, doivent parler avant les intérêts politiques.

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