La réponse de la Coalition Article 64 (C64) à l’annonce du dialogue national de Félix Tshisekedi ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué publié ce 28 août 2026, signé notamment par Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata et Delly Sesanga, la plateforme rejette catégoriquement les consultations annoncées par le chef de l’État et réaffirme son appel à une mobilisation nationale le 15 septembre. Une réaction qui vise directement plusieurs des garanties et « lignes rouges » avancées par Félix Tshisekedi dans son adresse à la Nation.

La « consultation populaire » plutôt que le dialogue : premier point de friction

Félix Tshisekedi a présenté son initiative comme un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, avec une première phase de consultations dans les 26 provinces avant des assises nationales à Kinshasa. Il assure vouloir éviter un processus confisqué par les acteurs politiques et faire remonter la parole des différentes composantes de la société.

Mais pour la C64, cette méthode ne répond pas au problème politique posé.

La coalition « oppose un non catégorique » à ce qu’elle qualifie de « prétendues consultations populaires » initiées par le président « en lieu et place du dialogue national inclusif ».

C’est l’un des principaux verrous que la C64 entend faire sauter : pour l’opposition, multiplier les consultations ne saurait remplacer un véritable dialogue politique inclusif.

La coalition estime que ces consultations ne répondent ni à la guerre, ni à l’insécurité, ni aux crises sanitaires, ni à la détresse sociale. Elle accuse ainsi le pouvoir de détourner l’attention des urgences nationales vers ce qu’elle considère comme un agenda politique.

« Non confisqué » : la C64 met en doute la démarche présidentielle

Félix Tshisekedi a pourtant insisté sur le caractère non partisan du futur dialogue. Dans son adresse, il a promis un processus qui ne serait la propriété « d’aucun parti, d’aucune institution » ou personnalité, et qui garantirait une parole libre et contradictoire.

C’est précisément sur ce terrain que la C64 oppose une lecture radicalement différente.

Dans son communiqué, elle affirme que derrière les consultations et les « états généraux » se profile, selon elle, « la poursuite de ses manœuvres en vue de changement de Constitution et ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi ».

La coalition ne considère donc pas le dialogue comme un simple mécanisme de résolution des crises. Elle y voit le risque d’un processus susceptible d’être utilisé pour modifier l’ordre constitutionnel.

Cette accusation constitue le cœur du bras de fer entre les deux camps. Le président affirme vouloir « refonder l’État » et s’attaquer aux causes structurelles des crises ; ses adversaires soupçonnent, eux, une manœuvre destinée à préparer l’après-2028.

Le troisième mandat, la ligne rouge de la C64

La coalition ne laisse d’ailleurs aucune ambiguïté sur sa position.

« NON AU CHANGEMENT DE CONSTITUTION ; NON AU TROISIÈME MANDAT », martèle son communiqué.

La C64 affirme que la République ne sera pas « sacrifiée pour un troisième mandat après 2028 ». Elle accuse même Félix Tshisekedi d’être préoccupé par « un seul projet : comment se maintenir au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles ».

Le pouvoir présidentiel rejette cette lecture. Selon le compte rendu de la DW, Félix Tshisekedi a affirmé qu’il n’y aurait ni transition ni partage du pouvoir et que les institutions resteraient en place jusqu’aux échéances constitutionnelles.

Mais cette assurance ne convainc visiblement pas la C64.

Pour la coalition, le véritable test ne se situe donc pas dans les déclarations du chef de l’État, mais dans les actes qui suivront.

Guerre à l’Est : deux lectures inconciliables

Un autre point sensible concerne la guerre dans l’Est.

Félix Tshisekedi a établi une distinction nette entre le dialogue national et le processus de Doha. Selon lui, Doha doit continuer à traiter avec l’AFC/M23 des questions liées à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement et au désarmement. Le dialogue national, lui, doit porter sur les questions politiques et institutionnelles internes.

Le président a également refusé que les groupes armés prennent part au dialogue tant qu’ils combattent l’ordre constitutionnel, tout en affirmant que les personnes qui renoncent individuellement à la lutte armée pourront retrouver leur place dans la communauté nationale.

La C64, dans son communiqué, ne s’attarde pas sur les modalités de participation de l’AFC/M23. Elle déplace plutôt le débat sur une autre question : pourquoi organiser de nouvelles consultations alors que le pays reste confronté à la guerre, à l’insécurité et à une profonde crise sociale ?

Elle accuse ainsi le pouvoir d’exploiter « comme fonds de commerce la guerre et la détresse dans l’Est du pays ».

Cette formulation est particulièrement politique. Elle revient à contester le récit présidentiel selon lequel la priorité du moment est de reconstruire la cohésion nationale autour des institutions existantes.

La C64 refuse de tourner la page

Dans son communiqué, la coalition ne se contente donc pas de rejeter l’initiative présidentielle. Elle annonce la poursuite de son bras de fer.

Elle réaffirme son appel au peuple congolais pour une marche nationale le 15 septembre 2026 contre le changement de Constitution.

Cette date avait déjà été annoncée par la C64 après sa réunion du 15 août. La coalition avait alors maintenu sa mobilisation, estimant que le renvoi au Parlement du projet de loi sur le référendum ne constituait pas un abandon du projet de changement constitutionnel.

Le choix du 15 septembre n’est donc pas anodin : il marque la volonté de la coalition de maintenir la pression dans la rue alors que le pouvoir cherche désormais à installer le dialogue comme nouveau cadre de discussion politique.

Un dialogue qui commence déjà sous tension

Au fond, le communiqué de la C64 met en lumière une contradiction centrale du nouveau processus : Félix Tshisekedi présente le dialogue comme un instrument de dépassement des crises, tandis que ses opposants soupçonnent ce même dialogue de pouvoir devenir un instrument de consolidation du pouvoir.

Le chef de l’État promet un processus représentatif, territorial, indépendant et non confisqué.

La C64 répond que les consultations ne peuvent se substituer à un dialogue réellement inclusif et voit derrière l’initiative présidentielle une possible stratégie de maintien au pouvoir.

Le débat ne porte donc déjà plus uniquement sur la nécessité de dialoguer. Il porte sur qui doit en fixer les règles, qui doit en contrôler le processus et surtout ce qui pourra réellement être négocié.

En refusant le format proposé et en maintenant la mobilisation du 15 septembre, la C64 montre ainsi qu’elle n’entend pas laisser le pouvoir imposer seul le calendrier et les contours de la séquence politique qui s’ouvre.

Le dialogue national est officiellement lancé. Mais, à en croire la réaction de la C64, le consensus, lui, est encore loin d’être acquis.

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