Le territoire de Mambasa continue de s’enfoncer dans une spirale de violence. En l’espace d’une semaine, au moins cinq villages ont été ciblés par des attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF). Le bilan provisoire fait état de 16 civils tués, tandis que plusieurs personnes, dont des enfants, ont été enlevées. Une nouvelle série d’attaques qui ravive les inquiétudes sur la protection des populations civiles dans cette partie de l’Ituri.
Les faits ont été rapportés le jeudi 27 août 2026 par des sources locales. Les assaillants présumés ont multiplié les incursions dans plusieurs localités du territoire de Mambasa, profitant notamment de zones rurales et forestières où les populations restent particulièrement vulnérables.
Derrière le chiffre de 16 morts se trouve surtout une réalité devenue récurrente : celle de villages exposés à des attaques meurtrières malgré les opérations militaires menées contre les groupes armés actifs dans la région.
Cinq villages frappés en quelques jours
La succession des attaques est particulièrement préoccupante. En seulement quelques jours, plusieurs communautés ont été touchées, faisant plusieurs victimes civiles et provoquant de nouveaux enlèvements.
Le mode opératoire attribué aux ADF est désormais bien connu dans cette partie de l’Ituri : incursions rapides, exécutions de civils, enlèvements et déplacements dans les zones forestières.
Pour les habitants, cette situation transforme progressivement les activités quotidiennes en sources de danger. Les agriculteurs doivent parfois s’éloigner de leurs villages pour rejoindre leurs champs, alors que ces déplacements les exposent aux groupes armés.
Cette insécurité a également des conséquences économiques. Lorsqu’une population abandonne ses terres par peur des attaques, les récoltes diminuent, les marchés locaux sont perturbés et les familles perdent une partie de leurs moyens de subsistance.
Mambasa, encore et toujours dans le viseur
Cette nouvelle série d’attaques intervient alors que le territoire de Mambasa avait déjà enregistré plusieurs épisodes meurtriers au cours du mois d’août.
Le 7 août, une attaque attribuée aux ADF avait fait au moins 13 morts à Banana École, sur l’axe reliant Mambasa à Kisangani. Plusieurs biens avaient également été incendiés et des habitants étaient portés disparus.
Quelques jours plus tard, le 15 août, une autre attaque à Bandisende avait coûté la vie à cinq civils et entraîné l’enlèvement d’une cinquantaine d’agriculteurs, selon des sources locales.
La répétition de ces attaques soulève donc une question difficile pour les autorités : pourquoi les populations continuent-elles d’être frappées dans les mêmes zones malgré les opérations de sécurisation annoncées ?
Une population prise entre peur et abandon
À Mambasa, l’insécurité ne se mesure pas uniquement au nombre de morts. Elle se traduit aussi par des familles déplacées, des agriculteurs qui ne peuvent plus accéder librement à leurs champs et des enfants exposés aux enlèvements.
Les villages situés dans les zones forestières sont particulièrement vulnérables. L’éloignement des centres urbains et la difficulté d’y maintenir une présence sécuritaire permanente offrent aux groupes armés des espaces favorables à leurs mouvements.
Pour les populations, le problème est donc double : elles doivent survivre à la menace des ADF tout en faisant face aux conséquences économiques et sociales des violences.
Chaque nouvelle attaque nourrit également un sentiment d’impuissance. Les habitants peuvent être informés de la présence d’hommes armés dans les environs, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’une intervention rapide permettra d’empêcher le drame.
Des opérations militaires qui peinent à rassurer
Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), avec l’appui de l’armée ougandaise dans le cadre des opérations conjointes, mènent depuis plusieurs mois des actions contre les ADF dans cette partie du pays.
Mais l’activisme du groupe armé persiste. Une analyse publiée en mai par le Groupe d’étude sur le Congo (Ebuteli) relevait déjà que les ADF demeuraient particulièrement meurtriers pour les civils à Mambasa malgré les opérations militaires.
Le problème n’est donc plus seulement celui de la capacité à lancer des opérations offensives. Il concerne aussi la capacité à protéger durablement les populations une fois les opérations terminées.
Les autorités doivent notamment répondre à la question de la sécurisation des villages éloignés, des axes agricoles et des zones forestières où les civils sont régulièrement pris pour cibles.
Le lourd prix payé par les civils
Avec ces 16 morts enregistrés en une semaine, Mambasa apparaît une nouvelle fois comme l’un des points les plus préoccupants de la crise sécuritaire en Ituri.
Le danger dépasse désormais les seules attaques ponctuelles. La répétition des violences menace directement la capacité des populations à rester dans leurs villages et à poursuivre leurs activités économiques.
Pour les familles touchées, les annonces militaires et les opérations de ratissage ne suffisent plus. Ce qui est attendu, c’est une protection concrète et permanente.
Car derrière chaque attaque, il y a des familles endeuillées, des enfants séparés de leurs parents, des agriculteurs privés de leurs champs et des communautés entières contraintes de vivre dans la peur.
Seize morts en une semaine dans cinq villages : le chiffre est suffisamment lourd pour rappeler que, dans certaines zones de l’Ituri, la guerre contre les ADF reste loin d’être gagnée. Et tant que les civils continueront d’être attaqués dans leurs propres villages, la question de l’efficacité de la réponse sécuritaire restera entière.
