Une vive contestation secoue l’espace Lega au Sud-Kivu. Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, les notables regroupés au sein de la Synergie des notables de l’espace Lega ont exprimé un désaveu formel à l’endroit du deuxième vice-président du Sénat, Norbert Basengezi Kantitima, l’accusant de mener des actions susceptibles de fragiliser la cohésion sociale et politique dans la région.
Dans ce document daté du 20 avril 2026 et transmis à plusieurs institutions nationales, ces leaders communautaires disent agir « avec un sens aigu de la responsabilité patriotique », tout en affirmant leur attachement aux valeurs prônées par l’Union sacrée.
Un parcours jugé entaché de zones d’ombre
Dans leur correspondance, les notables dénoncent ce qu’ils qualifient de « politique occulte de division et de prédation » attribuée au sénateur Basengezi. Selon eux, son parcours serait marqué par des alliances controversées remontant à l’époque des rébellions jusqu’à ses fonctions exercées sous le régime précédent.
Ils évoquent notamment des liens présumés avec des intérêts miniers et sécuritaires jugés opaques, ainsi que des accointances avec certaines figures de l’ancien régime et des acteurs qu’ils qualifient de déstabilisateurs dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Accusations de prédation des ressources publiques
La lettre dresse également une liste de griefs graves liés à la gestion des ressources publiques et foncières.
Parmi les accusations formulées figurent notamment : le détournement présumé d’équipements agricoles appartenant au ministère de l’Agriculture en 2008, qui auraient été transférés vers des installations privées à Kaziba et Kamanyola, des pratiques foncières jugées illégales, notamment la vente présumée de parcelles et de maisons appartenant à l’État dans la ville de Bukavu et l’exploitation minière qualifiée de « sauvage », avec l’accaparement allégué de sites miniers dans les territoires de Mwenga et Shabunda au profit d’intérêts familiaux.
Contestation autour du cas Jacques Kabe Kankisingi
Un autre point majeur soulevé par les signataires concerne la tentative attribuée au sénateur Basengezi d’imposer la nomination de Jacques Kabe Kankisingi comme ministre au sein du gouvernement au nom de la communauté Balega.
Les notables rejettent catégoriquement cette démarche, estimant que l’intéressé ne disposerait ni d’une base électorale significative ni d’une légitimité populaire suffisante, rappelant qu’il n’aurait obtenu que 267 voix lors des législatives de 2023 à Shabunda.
Ils évoquent également un passif judiciaire lié à son passage au cabinet de l’ancien président de la Cour suprême de justice, Jérôme Kitoko, notamment lors des contentieux électoraux de 2011.
Un plaidoyer pour préserver la cohésion communautaire
Dans leur plaidoyer, les notables insistent sur la nécessité de préserver l’unité et l’identité de la communauté Lega. Ils affirment refuser toute instrumentalisation de leur identité à des fins claniques ou politiques.
À ce titre, ils formulent plusieurs recommandations au chef de l’État, parmi lesquelles : ne pas prêter attention aux propositions jugées unilatérales du sénateur Basengezi, privilégier des élus nationaux et provinciaux bénéficiant d’une réelle confiance populaire, et mettre fin à ce qu’ils qualifient d’utilisation abusive du nom du président à des fins de pression politique.
Un avertissement politique clair
Les signataires concluent leur correspondance en appelant à la consolidation de l’État de droit, estimant que celui-ci ne saurait se construire avec des personnalités dont le parcours serait, selon eux, porteur de dérives.
Cette lettre, signée à Kinshasa par le coordonnateur de la Synergie des notables de l’espace Lega, marque ainsi une nouvelle étape dans les tensions politiques et communautaires qui continuent d’agiter le Sud-Kivu, sur fond de rivalités d’influence et de représentativité au sein des structures politiques nationales.
