À Kinshasa, le vernis du débat participatif craque déjà. Derrière l’appel aux contributions lancé par l’Union sacrée de la Nation (USN), une réalité politique s’impose : le pouvoir enclenche une nouvelle étape vers la révision de la Constitution du 18 février 2006. Et à la manœuvre, une figure clé : André Mbata.

Le communiqué signé par le secrétaire permanent de l’USN n’a rien d’anodin. Sous couvert de consultation nationale, il organise en réalité la montée en puissance d’un agenda politique longtemps resté implicite. En invitant partis, associations, universitaires et diaspora à soumettre leurs propositions, la majorité ne cherche pas seulement à écouter, elle cherche à encadrer, canaliser et, surtout, légitimer une réforme déjà en gestation.

Une offensive politique maquillée en consultation

Le procédé est rodé. On invoque des « manifestations de soutien », on évoque des « mémorandums venus de partout », et l’on ouvre une fenêtre d’expression. Mais qui fixe les termes du débat ? Qui sélectionne les propositions ? Qui tranche ?

La réponse tient en une ligne du communiqué : une commission technique sera mise en place pour faire le tri avant transmission au président Félix Tshisekedi.

Autrement dit, le cœur du processus échappe au public. La réforme se construit en circuit fermé, sous pilotage politique, avec un habillage participatif.

André Mbata, chef d’orchestre d’une séquence assumée

Juriste de son état devenu stratège politique, André Mbata ne se contente plus de défendre la majorité : il en structure désormais les offensives. Ce communiqué marque une accélération. Le temps des signaux faibles est révolu ; place à l’organisation méthodique du débat.

Mais un débat orienté.

Car dans l’histoire récente de la RDC, toucher à la Constitution n’est jamais neutre. Derrière les mots « réforme » ou « adaptation », une question domine toutes les autres : celle de la limitation des mandats présidentiels.

Le verrou des mandats dans la ligne de mire

La Constitution de 2006 est claire : deux mandats, pas un de plus. C’est l’un des piliers encore debout d’un équilibre institutionnel fragile.

Et pourtant, chaque tentative de « réforme » réveille le soupçon d’un contournement. Le communiqué de l’USN, en restant volontairement vague, entretient cette ambiguïté. Rien n’est dit, mais tout est suggéré.

Dans un pays où les précédents ont laissé des traces, ce silence pèse lourd.

Une méthode qui inquiète

Ce n’est pas seulement le fond qui interroge, c’est aussi la méthode. Confier à une commission technique le soin de filtrer les propositions revient à dépolitiser artificiellement un enjeu profondément politique.

Modifier la Constitution, ce n’est pas compiler des idées : c’est redéfinir les règles du pouvoir.

En procédant ainsi, la majorité prend le risque de transformer une question nationale en exercice contrôlé, où l’issue pourrait apparaître décidée à l’avance.

Une ligne rouge pour l’opinion

Dans les rues de Kinshasa comme dans la diaspora, le sujet reste explosif. La Constitution de 2006, malgré ses limites, demeure pour beaucoup une protection contre les dérives du pouvoir.

S’y attaquer sans clarté ni consensus, c’est rouvrir une fracture politique que le pays peine encore à refermer.

Le moment de vérité

Avec ce communiqué, André Mbata et l’Union sacrée ne testent plus seulement le terrain : ils avancent. La question n’est désormais plus de savoir si le débat aura lieu, mais jusqu’où il ira.

Et surtout, si la réforme annoncée sera celle d’un système à améliorer… ou celle d’un verrou à faire sauter.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *