Révision constitutionnelle en RDC : Bahati s’excuse, ou la peur de parler dans l’Union Sacrée de la Nation
Dans un pays qui se réclame de la démocratie, exprimer un point de vue devrait relever du débat normal des idées. Pourtant, l’épisode qui secoue actuellement le Sénat autour de Modeste Bahati Lukwebo donne l’impression inverse : celui qui ose émettre une nuance est aussitôt sommé de rentrer dans le rang.
Tout est parti d’une conférence de presse tenue le 4 mars dernier par le deuxième vice-président du Sénat. Interrogé par un journaliste sur la question de la révision constitutionnelle, sujet hautement sensible dans le débat politique congolais, Bahati Lukwebo a simplement estimé qu’avant de modifier la Constitution, il faudrait d’abord changer les mentalités et surtout appliquer correctement les textes existants.
Une réflexion qui, en réalité, relève davantage du bon sens que de la provocation. Car la question fondamentale demeure : à quoi servirait de changer la Constitution si les lois en vigueur ne sont déjà pas respectées par ceux qui gouvernent ?
Mais au sein de l’Union sacrée, cette sortie a manifestement dérangé. Rapidement, une pétition initiée par le sénateur Dany Kabongo visant la destitution de Bahati Lukwebo de son poste de deuxième vice-président du Sénat a commencé à circuler. Selon ses initiateurs, elle aurait déjà recueilli 56 signatures et devrait être déposée le 15 mars, à la reprise de la session parlementaire.
Officiellement, les promoteurs de cette démarche affirment qu’elle ne vise pas la personne de Bahati Lukwebo, mais le respect des institutions. Pourtant, difficile de ne pas y voir une sanction politique déguisée contre une parole jugée dissonante.
Dans la même dynamique, le bureau du Sénat s’est empressé de se désolidariser de ses propos, précisant qu’ils avaient été tenus à titre strictement individuel.
Face à la pression, le sénateur a finalement choisi l’apaisement. Dans un message adressé au forum WhatsApp des sénateurs, Modeste Bahati Lukwebo affirme que ses propos ont été mal compris. Il explique qu’il ne s’opposait pas à une éventuelle modification de la Constitution, mais qu’il plaidait simplement pour un débat préalable au sein de l’Union sacrée.
« Certains se sont accrochés à quelques passages, les sortant de leur contexte. Pour cette incompréhension, je présente mes excuses », écrit-il, tout en réaffirmant sa loyauté au chef de l’État Félix Tshisekedi.
Ces excuses soulèvent toutefois une question plus profonde sur l’état du débat démocratique au sein de la majorité au pouvoir. Faut-il désormais tout approuver lorsqu’on est membre de l’Union sacrée ? La loyauté politique doit-elle signifier le silence ou l’alignement systématique ?
Dans toute démocratie vivante, le débat contradictoire n’est pas une menace : il est une richesse. Les institutions se renforcent lorsque les responsables politiques peuvent exprimer librement leurs analyses, même lorsqu’elles dérangent.
En rappelant que le problème de la RDC n’est pas toujours celui des textes mais souvent celui de leur application, Bahati Lukwebo n’a peut-être fait que dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Et si cette affaire devait finalement servir de leçon, ce serait peut-être celle-ci : avant de changer la Constitution, il serait utile de s’assurer que l’esprit démocratique, lui, est bien respecté.
