Présentée au public ce samedi à l’initiative de la Banque Centrale du Congo (BCC), la nouvelle version de « Franc Congolais Nkolo Mabele » ravive un débat délicat : fallait-il moderniser un titre dont la première mouture, portée par des icônes de la rumba congolaise, demeure profondément ancrée dans la mémoire collective ?

À sa sortie, la version originale s’était imposée comme un véritable événement culturel. Réunissant des figures majeures de la rumba, elle avait transcendé le simple registre musical pour devenir un symbole, presque un hymne dédié à la monnaie nationale. Son refrain, immédiatement identifiable, continue de susciter une forte charge émotionnelle auprès du public.

La nouvelle adaptation mise, elle aussi, sur un casting prestigieux et intergénérationnel : Karmapa, Félix Wazekwa, Adolphe Dominguez, Gally Garvey, Ferré Gola, Koffi Olomide, Cindy Le Coeur, Héritier Wata, Fally Ipupa, JB Mpiana, Lokua Kanza et Céline Banza. Cette large palette d’artistes traduit une volonté d’actualisation et d’ouverture à de nouveaux publics, tout en maintenant un lien avec l’héritage musical congolais.

Reste une interrogation de fond : moderniser revient-il nécessairement à renforcer ? Lorsque l’œuvre initiale continue de rassembler et de séduire, une relecture peut être perçue davantage comme une opération de communication que comme une nécessité artistique.

Au-delà de l’aspect musical, l’enjeu est aussi économique. Dans un contexte marqué par une forte dollarisation, la consolidation de la souveraineté monétaire repose-t-elle sur un nouvel habillage sonore ou sur des réformes structurelles plus profondes ?

En revisitant un titre toujours vivant dans l’imaginaire collectif, la BCC avance sur une ligne étroite, entre hommage assumé et risque de redondance. Face à un classique encore célébré, toute nouvelle version s’expose inévitablement au verdict de la comparaison.

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