Si l’information se confirme, elle sera d’une gravité inédite : Robert Agenong’a, député national élu en 2023 à Mahagi, serait également élu député en Ouganda en 2026. Autrement dit, un parlementaire congolais siégerait ou aurait siégé dans deux Assemblées nationales différentes.
Rien que l’énoncé du fait suffit à ébranler la crédibilité de l’institution
Peut-on représenter le peuple congolais tout en représentant un autre État ? Peut-on prêter serment à deux souverainetés sans trahir l’une d’elles ? Si cela est avéré, ce ne serait pas seulement une irrégularité administrative, mais une atteinte directe à l’esprit de la Constitution.
Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas l’élu en question. Le plus inquiétant, c’est l’État.
Une Assemblée fragilisée
L’Assemblée nationale est le cœur de la souveraineté populaire. Elle est censée être un sanctuaire institutionnel, un lieu où siègent des représentants dûment identifiés, validés et conformes aux exigences constitutionnelles.
Comment une telle situation aurait-elle pu passer inaperçue ?
L’institution ne peut pas se réfugier dans le silence. Car ce ne serait pas une première faille. Il y a un an, un certain Israël Bongo avait réussi à participer aux plénières en se faisant passer pour un député national. Il avait siégé, pris part aux travaux, avant d’être arrêté, puis relâché.
Déjà à l’époque, l’opinion publique s’était interrogée : comment un imposteur peut-il accéder aussi facilement au cœur du pouvoir législatif ?
Aujourd’hui, si un double mandat international venait s’ajouter à cet épisode, le problème ne serait plus ponctuel. Il deviendrait structurel.
La CENI sous question
La Commission électorale nationale indépendante est garante de la régularité du processus électoral. Elle valide les candidatures sur base de critères stricts, notamment la nationalité et les incompatibilités.
Si un député peut être soupçonné d’exercer un mandat parlementaire étranger, cela interroge la profondeur des vérifications effectuées.
Depuis les élections de 2023, certains acteurs politiques parlaient de “simulacre”. Le pouvoir rejetait ces accusations comme excessives. Mais lorsque des imposteurs siègent à l’Assemblée et que surgit aujourd’hui l’hypothèse d’un double mandat, ces critiques prennent une résonance particulière.
Un régime interpellé
Le régime Tshisekedi a placé la consolidation des institutions au cœur de son discours. Pourtant, ces scandales successifs donnent l’image d’un appareil institutionnel vulnérable.
Un imposteur hier.
Un député potentiellement élu dans deux pays aujourd’hui.
Des réactions tardives ou hésitantes.
La souveraineté ne se décrète pas. Elle se protège par la rigueur
Si cette affaire est confirmée, elle marquera un tournant. Non pas parce qu’un élu aurait fauté, mais parce qu’elle révélerait les failles d’un système censé garantir l’intégrité de la représentation nationale.
À force d’accumuler les zones d’ombre, c’est la confiance du peuple qui s’effrite.
Et une Assemblée nationale qui inspire le doute affaiblit toute la République.
