La scène politique congolaise continue de se transformer à bas bruit, mais avec des secousses de plus en plus visibles. Le ralliement de Claude Ibalanky à l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) s’inscrit dans cette dynamique de ruptures successives entre le pouvoir central et certains de ses anciens piliers.
Ancien haut responsable de l’appareil présidentiel, Ibalanky appartenait au cercle des personnalités chargées de missions sensibles pour le chef de l’État. Sa décision de tourner le dos au régime en place pour rejoindre un mouvement armé devenu acteur politique revendiqué marque une étape supplémentaire dans l’effritement de l’architecture de l’Union sacrée.
Un acteur clé de l’ombre politique
Originaire du Kwilu, dans l’ancienne province du Bandundu, aujourd’hui associée à l’héritage politique de Pierre Mulele, Claude Ibalanky dirige une plateforme politique intégrée à la majorité présidentielle. Cette dernière conserve d’ailleurs une représentation au sein du gouvernement dirigé par Judith Suminwa, ce qui confère à ce départ une portée hautement symbolique.
Sur le plan institutionnel, Ibalanky a dirigé le Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, avant d’être nommé ambassadeur itinérant. À ces fonctions, il s’est imposé comme un intermédiaire discret mais influent dans les relations régionales de la RDC, notamment avec plusieurs États d’Afrique de l’Est et australe.
Il est également cité parmi les figures ayant contribué aux discussions ayant débouché sur l’alliance politique FCC-CACH, qui a structuré le pouvoir congolais après les élections de 2018.
Une mise à l’écart progressive
Depuis près de deux ans, Claude Ibalanky avait disparu des cercles décisionnels, sans communication officielle sur les raisons de cette marginalisation. Toutefois, certains observateurs rappellent qu’il s’était illustré en engageant des démarches judiciaires visant à suspendre des poursuites contre des responsables du M23, au nom du Mécanisme national de suivi. Un épisode alors perçu comme atypique, aujourd’hui relu comme un acte politiquement cohérent.
Des sources locales indiquent que l’ancien diplomate se trouverait actuellement à Goma, devenue un point de convergence pour plusieurs figures politiques en rupture avec Kinshasa, où son adhésion à l’AFC/M23 devrait être officialisée.
Une thèse politique qui gagne du terrain
Ce ralliement renforce une idée défendue publiquement par le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, qui soutenait en 2025 que l’AFC dépassait le cadre d’un simple mouvement armé pour incarner une adhésion politique plus large, étouffée par un climat de peur et de répression.
Si ces propos avaient suscité de vives critiques, les faits récents tendent à leur donner une certaine consistance. La présence à Goma d’anciens ministres, de cadres de l’Union sacrée et désormais d’un ex-collaborateur direct du président suggère un réalignement silencieux mais profond.
L’adhésion de Claude Ibalanky apparaît ainsi comme un signal fort : celui d’un basculement progressif d’une partie de l’élite politique vers un nouveau centre de gravité, dans un pays où la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés semble désormais atteindre les sommets de l’État.
