Il y a un an, la République démocratique du Congo vivait un séisme politique et militaire notamment la chute de Goma et de Bukavu aux mains de l’AFC/M23. Depuis, la mémoire de ces deux capitales provinciales perdues hante la classe politique congolaise, révélant une vérité que l’on ne peut plus masquer : Kinshasa a failli. Militairement, politiquement et stratégiquement.
Avant la chute : un État fragile et un terrain propice aux crises
L’Est congolais était depuis longtemps un territoire semi-autonome. Entre FARDC était un véritable polygone de tensions. Les populations, privées de services publics, délaissées par l’État central, étaient exposées à l’emprise de groupes armés capables d’assurer une forme de gouvernance alternative.
“On savait que tout pouvait basculer”, confiait un ancien diplomate occidental basé à Kinshasa. “Mais l’ampleur et la rapidité de la chute ont surpris même les plus pessimistes.”
Pendant la chute : la rapidité et la coordination de l’AFC/M23
Entre le 26 janvier et le 14 février 2025, les forces de l’AFC/M23 ont pris le contrôle de Goma, puis de Bukavu, quelques jours après, avec une efficacité militaire et une coordination stratégique déconcertantes. Les forces gouvernementales ont été incapables de défendre les infrastructures essentielles et de contenir l’offensive.
Des rapports de l’ONU et d’ONG locales ont documenté un soutien logistique rwandais, confirmant la dimension régionale du conflit. La chute simultanée de deux capitales provinciales n’était pas un accident : elle a résulté de l’échec cumulé de l’État et de la coordination régionale de l’opposition armée.
Après la chute : un État en crise et l’impasse militaire
Un an après, le constat est clair : Kinshasa a perdu l’initiative stratégique. L’autorité étatique est contestée, les services publics paralysés et la souveraineté de l’État reste nominale dans l’Est. L’AFC/M23, avec le soutien de réseaux régionaux, s’est imposée comme un acteur incontournable.
Les analystes parlent désormais de “privatisation régionale de la sécurité” : la RDC n’est plus seule maîtresse de son territoire, et les mécanismes de sécurité régionale montrent leurs limites. “Poursuivre une approche militaire seule serait une erreur stratégique majeure”, explique un expert de la région des Grands Lacs. “Chaque offensive ne fait que renforcer la légitimité locale du M23 et aggraver la radicalisation.”
Le dialogue : la seule issue crédible
Face à cette impasse, la CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont appelé à un dialogue national inclusif, loin des postures politiques et des annonces militaires. Ce dialogue ne représente pas une capitulation : c’est l’outil stratégique pour recomposer les rapports de force, réintégrer les périphéries marginalisées et restaurer la légitimité étatique.
L’histoire récente de l’Est congolais le montre : tous les processus de stabilisation durable sont passés par des accords politiques, et non par la force seule. La voie du dialogue reste donc le seul chemin vers la paix et la souveraineté réelle.
Un an après la chute Goma et Bukavu la RDC, reste à un carrefour : continuer dans une logique militaire inefficace, au risque de prolonger la guerre et la fragmentation, ou ouvrir un dialogue inclusif permettant de reconstruire un pacte national et de restaurer la souveraineté sur son territoire.
