Réunis le samedi 17 janvier au Club Press Brussel, la Diaspora plurielle congolaise et la communauté banyamulenge ont rendu publiques les conclusions d’une mission d’enquête humanitaire indépendante menée dans l’est de la République démocratique du Congo, principalement dans la province du Sud-Kivu.
Les organisateurs affirment que cette enquête documente des violations graves du droit international humanitaire, susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, commis contre des populations civiles, en particulier dans les territoires de Walungu, Uvira, Minembwe et les Hauts Plateaux.
Une mission d’enquête structurée et documentée
La mission s’est déroulée du 9 au 15 décembre 2025. Elle a été conduite par une équipe composée de Jean Paul Ngahangondi (Convention pour le respect des droits humains, CRDH), Pitchou Roland Shomongo Mbey (Action pour les droits humains, APDH et Diaspora plurielle congolaise) et Moïse Komayombi, journaliste et reporter indépendant.
Selon les organisateurs, l’objectif était de produire une base factuelle solide, documentée et vérifiable, destinée à orienter les décisions des acteurs humanitaires, des autorités locales et des partenaires nationaux et internationaux, mais aussi à fonder des actions judiciaires et de plaidoyer.
Bombardements, exactions et déplacements massifs
L’enquête s’est concentrée sur des bombardements indiscriminés, des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des pillages, ainsi que des violences sexuelles et ciblées contre des civils. Les témoignages recueillis concernent des hommes, des femmes et des enfants, principalement dans le territoire de Walungu, mais aussi dans d’autres zones du Sud-Kivu.
Le bilan humanitaire provisoire, présenté lors du point de presse, fait état de :
• 199 civils tués
• 203 civils blessés
• environ 500 000 personnes déplacées
• 391 000 élèves privés d’accès à l’éducation
Les organisateurs soulignent que ce bilan est largement sous-estimé, en raison de l’insécurité persistante, de l’accès limité à certaines zones et de la peur des victimes de témoigner.
Crimes internationaux et responsabilités étatiques
Selon la Diaspora plurielle et la communauté banyamulenge, les faits documentés constituent :
• des violations graves du droit international humanitaire,
• des crimes de guerre,
• et, par leur caractère systématique, ciblé et persécutif, des crimes contre l’humanité.
Ils engagent, selon eux, à la fois la responsabilité pénale individuelle des auteurs et la responsabilité internationale des États congolais et burundais, au regard du droit international.
Acteurs armés et exécutants directs désignés
Les organisateurs affirment que les éléments de preuve recueillis établissent l’implication directe de plusieurs acteurs armés, notamment :
• les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC),
• des milices Wazalendo,
• les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR),
• les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB).
Ils attribuent aux FARDC et à leurs alliés des bombardements indiscriminés de zones civiles, des exécutions sommaires, des violences sexuelles, ainsi que des actes de pillage et de répression ciblée.
Responsabilités politiques et militaires nommément citées
Lors du point de presse, les organisateurs ont identifié comme auteurs ou co-auteurs intellectuels présumés, au titre du principe de responsabilité du supérieur hiérarchique (article 28 du Statut de Rome), les personnalités suivantes :
• Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de la République démocratique du Congo et commandant suprême des FARDC ;
• Évariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi ;
• Général Prime Niyongabo, chef d’état-major des Forces de défense nationale du Burundi ;
• Général Jules Banza Mwilambwe, chef d’état-major des FARDC ;
• Général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC.
Sont également cités pour leur rôle présumé dans l’encadrement politique, militaire ou idéologique des violences :
• Willy Mishiki, député national, présenté comme dirigeant de la coalition Wazalendo ;
• Justin Bitakwira, ancien ministre et député, revendiquant un leadership politique des milices Wazalendo ;
• Muhindo Nzangi Butondo, ministre, se présentant publiquement comme « grand Muzalendo » ;
• Chrispin Mbindule, ancien chef Maï-Maï, décrit comme facilitateur politique entre milices, présidence et état-major.
Les organisateurs citent également plusieurs chefs de groupes armés, dont William Yakutumba, Guido Shimirai Muyisa, Janvier Karairi, Dominique Ndaruhutse, René Itogwa et John Makanaki.
Incitation à la haine ethnique et responsabilité pénale
Trois proches du président congolais, Jean-Claude Mubenga, Kalonji Kabamba et Vanessa Sanga, tous citoyens américains, sont également accusés par les organisateurs d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux des messages d’incitation à la haine ethnique, à la violence ciblée et à des appels au meurtre contre les populations Banyamulenge, Barundi et Tutsi en RDC.
Selon les organisations, ces faits relèvent d’une participation à une entreprise criminelle commune, par incitation, aide et encouragement, au sens du droit pénal international.
Vers des actions judiciaires nationales et internationales
Les conclusions de l’enquête serviront de base à :
• un rapport d’enquête humanitaire indépendante,
• une note de plaidoyer,
• des recommandations opérationnelles,
• et un document audiovisuel.
La Diaspora plurielle et la communauté banyamulenge annoncent leur intention de saisir les juridictions nationales et internationales compétentes, affirmant qu’aucune immunité politique, militaire ou étatique ne saurait faire obstacle à la poursuite des crimes internationaux.
Les investigations se poursuivent actuellement dans d’autres zones du Nord-Kivu, notamment à Masisi, Rutshuru, Lubero, Beni, Goma et Butembo, au nom du droit imprescriptible des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation.
