La tenue d’un dialogue national véritablement inclusif en République démocratique du Congo (RDC), destiné à répondre à la crise sécuritaire et aux autres tensions qui secouent le pays, tarde encore à se concrétiser. Cela intervient malgré l’adoption d’une feuille de route commune par les principales confessions religieuses, notamment la CENCO et l’ECC, en coordination avec les services de la Présidence.
Du côté de l’exécutif, on assure que ce moment finira par se matérialiser, le Président Félix Tshisekedi devant l’inscrire officiellement à son agenda. Les forces politiques et sociales, de leur côté, multiplient les appels pour la convocation rapide de ces assises. Dans ce contexte, la France s’est imposée comme un acteur diplomatique déterminant, rappelant publiquement l’urgence de ce dialogue national afin de préserver l’unité du pays.
« Pour renforcer la paix et prolonger les consultations menées par les Églises congolaises, la France appelle à la tenue d’un dialogue national en RDC, condition essentielle à la stabilité politique et à l’unité nationale », a déclaré Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, dans un communiqué du lundi 19 janvier 2026. Paris suit également de près les discussions menées à Luanda et à Lomé, insistant pour que toutes les parties s’engagent rapidement dans ce processus.
La diplomatie autour de la crise sécuritaire dans l’Est du pays s’intensifie ces dernières semaines entre Luanda et Lomé. Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait de la médiation congolaise, l’Angola reprend progressivement un rôle discret mais actif dans le dossier, tandis que la France maintient un dialogue constant avec Kinshasa pour encourager l’ouverture du processus national. Luanda relance ainsi des consultations et multiplie les contacts avec presque toutes les parties prenantes impliquées dans la crise, en coordination indirecte avec les recommandations françaises.
Sous la houlette de João Manuel Gonçalves Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, ces démarches préparent le terrain pour un dialogue congolais à venir. Mercredi 14 janvier 2026, des délégations de la CENCO et de l’Église du Christ au Congo (ECC) ont été reçues à Luanda, respectivement dirigées par Fulgence Muteba Mugalu et André Bokundoa Bo-Likabe.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts africains pour soutenir la résolution de la crise politique et sécuritaire en RDC. Les discussions ont également porté sur les décisions concertées avec le président Tshisekedi, mettant l’accent sur la nécessité d’un dialogue national ouvert et inclusif, impliquant toutes les forces politiques, sociales et religieuses. L’objectif est de créer un cadre capable de mettre fin aux conflits armés qui persistent dans l’Est du pays.
Les chefs religieux présents ont exprimé leur entière disponibilité à soutenir ce processus, soulignant que les Églises sont prêtes à mobiliser toutes leurs ressources au service de la paix, de la réconciliation nationale et de la stabilité institutionnelle. Leur priorité demeure la recherche d’un consensus permettant de restaurer la confiance entre les différents acteurs.
Pour l’instant, l’initiative angolaise n’est pas perçue comme un nouveau projet diplomatique, ni à Luanda ni à Kinshasa. Elle est plutôt considérée comme un prolongement des efforts africains visant à appuyer les démarches déjà en cours, notamment les processus de Washington entre Kinshasa et Kigali, et celui de Doha, mené par le Qatar entre Kinshasa et le mouvement rebelle AFC/M23.
Cette approche suscite toutefois des divergences au sein du paysage socio-politique congolais. L’AFC/M23, acteur central de la crise, réclame davantage de précisions de la part de l’Angola, alors qu’il est déjà engagé avec Kinshasa dans le processus de Doha. Le mouvement « Sauvons la RDC », proche de l’ancien président Joseph Kabila, se montre quant à lui prudent et préfère que les initiatives en cours — en particulier celle de Doha — soient menées à terme avant d’envisager un dialogue plus large impliquant toutes les forces socio-politiques du pays.
Par ailleurs, sur le plan humanitaire et infrastructurel, la France a confirmé la réouverture prochaine de l’aéroport de Goma, situé dans l’Est du pays, un point crucial pour le transport de l’aide humanitaire. Cette annonce intervient alors que les financements humanitaires d’urgence en RDC, sur un total de 1,5 milliard d’euros promis lors de la conférence de Paris, ont déjà été partiellement décaissés, avec 850 millions d’euros déjà disponibles. La France a ainsi précisé que les fonds sont désormais mobilisables pour soutenir les populations affectées par les crises dans la région, notamment à travers l’acheminement sécurisé de vivres et de matériel médical via Goma.
