Le 17 janvier reste une date de deuil et de mémoire pour la République démocratique du Congo. Ce samedi marque l’anniversaire de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, figure tutélaire du panafricanisme et héros national dont la parole et le combat continuent de traverser les générations.

Un homme né avec l’indépendance

Né le 2 juillet 1925 à Onalua, au cœur du Congo belge (situé actuellement dans le territoire de Katako-kombe faisant partie de la province du Sankuru) , Patrice Lumumba incarne très tôt une rupture avec l’ordre colonial. Autodidacte brillant, lecteur assidu et orateur redoutable, il comprend avant beaucoup d’autres que l’émancipation politique n’a de sens que si elle s’accompagne de la dignité, de la souveraineté et de la justice pour le peuple congolais.

Fondateur du Mouvement national congolais (MNC), Lumumba se distingue par un discours résolument unitaire dans un pays que les puissances coloniales cherchent à fragmenter selon des lignes ethniques et régionales. Son ambition est claire : bâtir un Congo libre, fort et maître de ses ressources.

Le discours qui dérange

Le 30 juin 1960, jour de la proclamation de l’indépendance, Lumumba entre dans l’histoire par un discours resté gravé dans la mémoire collective africaine. Face au roi Baudouin, il brise le protocole et rappelle les souffrances du peuple congolais sous la colonisation. Ce discours, salué par les peuples africains, scelle aussi son sort : Lumumba devient, aux yeux de certains intérêts étrangers et locaux, un homme à abattre.

De Premier ministre à prisonnier

À peine quelques mois après l’indépendance, le jeune État congolais est plongé dans une crise profonde : sécessions, ingérences étrangères, rivalités politiques internes. Lumumba, isolé, trahi et combattu, est arrêté, humilié, puis transféré au Katanga sécessionniste.

Le 17 janvier 1961, Patrice Emery Lumumba est assassiné, aux côtés de Maurice Mpolo et Joseph Okito. Son corps est effacé, dissous, comme pour tenter de faire disparaître à jamais son rêve et son héritage.

Une mort, une naissance éternelle

Mais Lumumba n’est pas mort ce jour-là. Il est devenu une idée, un symbole, une conscience. De Kinshasa à Accra, de Bamako à La Havane, son nom est invoqué comme celui d’un homme qui a osé dire non, qui a cru en l’Afrique et qui a payé le prix ultime de sa liberté de parole.

Héros national, Lumumba reste une boussole morale pour le Congo d’aujourd’hui, confronté aux défis de la souveraineté, de la paix et de la gouvernance. Son combat rappelle que l’indépendance n’est jamais acquise une fois pour toutes, et que la dignité d’un peuple se défend chaque jour.

En ce 17 janvier 2026, soit 65 ans après, se souvenir de Patrice Emery Lumumba n’est pas seulement un devoir de mémoire. C’est une interpellation. Une invitation à relire son message, à mesurer le chemin parcouru et à se demander, en conscience, ce que nous avons fait de son sacrifice.

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