L’affaire n’est pas née d’un communiqué officiel. Elle s’est imposée à l’opinion publique bien avant, à travers une image, un témoignage et des questions restées sans réponse.
Il y a deux jours, dans nos colonnes, nous revenions déjà sur le cas de Monsieur ILEMO Mosengo Nzuzi, habitant de Mokali, dans la commune de Kimbanseke, conducteur de moto à trois roues, dont l’état physique et les déclarations avaient profondément interpellé. Nous évoquions alors ce que beaucoup découvraient à peine : un citoyen affirmant avoir été détenu pendant sept mois dans un cachot pour avoir dépassé l’escorte d’un général.
Ce traitement, s’il est avéré, pose une question fondamentale sur le respect des libertés individuelles et la proportionnalité de l’action publique. C’est précisément ce questionnement qui avait motivé notre précédente publication, bien avant toute réaction institutionnelle, dans un contexte où le silence officiel demeurait total.
Ce n’est qu’après un tollé manifeste dans l’opinion publique, provoqué par la large diffusion des images et de la vidéo sur les réseaux sociaux, que le ministère des Droits humains a finalement réagi.
Le communiqué publié par la suite affirme que le dossier serait « suivi et documenté » depuis le 20 décembre 2025. Cette déclaration appelle cependant des précisions essentielles. Car si un suivi existait déjà, comment expliquer que l’opinion découvre aujourd’hui un homme dans un état de dégradation physique aussi avancé ?
La vidéo et les images diffusées montrent un corps éprouvé, marqué par la privation et l’absence manifeste de soins. Un tel état ne peut être dissocié du temps long. Il interroge la réalité des conditions dans lesquelles l’intéressé aurait été maintenu, ainsi que les responsabilités engagées.
Le rappel, dans le communiqué, des principes constitutionnels — liberté comme règle, détention comme exception — est juridiquement exact. Mais l’enjeu n’est pas leur formulation. Il est leur application concrète, surtout lorsqu’un citoyen ordinaire affirme avoir été privé de liberté durant plusieurs mois pour un fait de circulation impliquant l’escorte d’un officier supérieur.
À ce stade, l’opinion attend moins des généralités que des éléments vérifiables :
où se trouve Monsieur ILEMO aujourd’hui ?
sous quelle autorité a-t-il été placé ?
a-t-il bénéficié d’un encadrement judiciaire et médical conforme à la loi ?
Ces questions existaient avant le communiqué. Elles demeurent après.
Notre rôle n’est pas d’entretenir l’émotion, mais d’exiger de la clarté. Car dans une démocratie, la parole publique ne devrait pas être dictée par l’indignation populaire, mais par la vigilance constante sur le respect des droits et de la dignité humaine.
L’affaire ILEMO dépasse désormais le cas individuel. Elle renvoie à une exigence simple : la cohérence entre le discours de l’État et la réalité vécue par les citoyens.
